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sion et à la misère qui dégradent l’aborigène, exploité honteusement par le blanc et par le métis civilisés.
Quand on lit les rapports officiels des présidents qui se sont succédé dans [administration de cette province; lorsque l’on parcourt les récits des voyageurs qui ont vécu dans les sertões de l'Amazone, on se sent pénétré d'amour et de pitié envers le pauvre Indien bafoué, . maltraité, exploité par de prétendus civilisés qui ne le valent pas.
L'indien est bon. C'est un grand enfant qu'il faut savoir prendre.Ses
mœæurs errantes et ses goûts excessifs pour l'indépendance lui sont imposés par la nécessité de fuir l'oppression, bien plutôt que par la nature.
Nous ne croyons pas qu'il soit difficile d'élever nos pauvres Indiens. à l’état de propriétaires. Il suffirait peut-être de leur distribuer des. terres convenables, quelques outils, quelques capitaux et de les | initier à l’agriculture.
L'Indien est le médiateur plastique entre les habitants d'hier et. ceux d'aujourd'hui, dans ce coin de notre globe. Son sang forme la | base la plus importante de la population dans presque toute "Amérique latine, et celle-ci, plus humaine que sa sœur anglo-saxonne, selon l’heureuse expression de M. E. Reclus, sembla comprendre, à une. certaine époque, le devoir d'appeler les indigènes à prendre part à son“ développement progressif.
On ne peut étudier l’Indien sans être frappé de la grandeur de son rôle philologique et ethnique, aussi bien que de l’importance de son | rôle social et économique dans l'Amérique ibérique.
On a dit que l’Indien est un être grossier, au cerveau étroit, à peine émergé de l'enfance. — Et l’Indien possède une langue comme l’abañeenga ou tupi-guarani, riche, sonore, expressive, parlée depuis les hautes sources du Marañon jusqu'aux confins de la Plata (1), une.
(1) « Aucune langue primitive du monde, pas même le sanscrit, n'a occupé une auss grande étendue géographique que le tupi et ses dialectes ». Couto de Magalhães: o Selvagem, Introduction, p. xxxv. Rio-de-Janeiro, 1876.
* de persécutions impitoyables ou de vexations mesquines ; après quatre
[SNJ
“langue embrassant dans son domaine plus de mille tribus éteintes ou
“encore représentées de nos jours.
On a prétendu que, la plupart du temps, l’Indien est un nomade, que son existence au jour le jour est éphémère et inconsistante, qu'il na pas de présent, qu'il a encore moins d’avenir et que son passé ne
présente guère qu'un intérêt de curiosité. — Or, après quatre siècles
cents ans d'oppression ouverte ou d'esclavage déguisé; malgré la
tyrannie des conquérants, venus de l’autre côté de l'Océan — pará
amboipir igua: malgré l'indifférence des philanthropes, tout occupés
à protéger l’Africain, — l’Indien n’a pas disparu. Il subsiste en dépit
de tout. Tantôt, il vit retiré dans ses forêts, dont il lui est bien per- — mis de défendre l'accès. Tantôt, il sort de sa retraite, de gré ou de
“force; il pénètre au milieu de ses « maîtres », dont il renouvelle le
sang appauvri.
Dans maints pays, au Brésil, dans l'Uruguay, au Paraguay, en Bolivie, au Pérou, dans l’Équateur, au Vénézuela, en Colombie, dans l'Amérique centrale, au Mexique, ailleurs encore, les métis de cette race prennent leur place au soleil, et, dans les lettres, dans les sciences, dans les arts, dans la guerre, dans la vie politique, ils rivalisent avec les blancs purs.
Si des centaines de tribus ont incontestablement disparu depuis Pépoque de la découverte, d’autres n’ont fait que se déplacer, et leurs migrations peu connues ont fait croire qu’elles étaient éteintes.
Quoi qu'il en soit, dès les premiers jours de la conquête, l'Indien prouva qu'il est apte aux grandes choses, et que, dans l’œuvre de civilisation que l'Europe entreprenait dans le Nouveau Monde avec tous
ses préjugés, il peut être un élément toujours utile et parfois indis-
pensable.
Au Brésil, dès le xviº siècle, c'est-à-dire dès le premier siècle de la
découverte, nous trouvons une Tupinambá, Catherine Alvares Para-
* tugais à évincer les Français de la baie de Rio-de-Janeiro (1565), et,
* Ce métis de Blanc et d'Indienne, après avoir gouverné le Rio-Grande-
guassu (1531-1583), contribuant à consolider la domination de métropole à Bahia, et y laissant une illustre descendance. E
Une autre Indienne pure, la fille du grand chef Tebyriçá, épousait Jean Ramalho, le fondateur de tant de centres de population dans |
région de S. Paulo (1532-1553). “Aa
boia, chef des Tupiminós, aidait puissamment les colonisateurs por
comblé d'honneurs par le roi Dom Sébastien, avant que celui-ci allãt s'égarer au Maroc, à la bataille d'Alcazar-Quivir (4 août 1578), d’où
Au xvir siècle, deux noms se détachent, entourés d'une auréole méritée. q C’est, d'abord, celui de Jérôme d'Albuquerque-Maranhão. Il était le fils naturel du Portugais Jérôme d'Albuquerque, — lui-même appa-: renté au terrible Albuquerque, l'un des héros chantés dans les Lusiades, — et d'une Indienne, fille d'un chefnommé «l’Arc-Vert » (1548-1618)
do-Norte, qu'il avait conquis, devint, en juin 1614, « capitaine dela conquête et de la découverte des terres du Maranhão », d’où il réus= sit à expulser les Français (1). C'est après cette victoire, qu'il ajouta
(1) Vers 1605, Charles des Vaux, un Tourangeau qui avait vécu une huitaine d'années | parmi les Indiens du Brésil, persuada Henri IV que les gens de ce pays étaient préts à) se donner aux Francais. Justement, Daniel de La Touche, seigneur de La Ravardière, arriveit, en compagnie de Jean Moquet, d'une expédition dans la Guyane, d'où il avait ramené le cacique Zapoco. Le roi le chargea d'aller au Maranhão, avec des Vaux, pour étudier l’affaire. A leur retour, Henri IV n’était plus de ce monde, et ce fut Marie des Médicis qui confia Vexpédition (1612) à un groupe de gentilshommes, ayant à leur têtes François de Razilli, seigneur des Aumels, Claude de Razilli, seigneur de Launay, La] Ravardière, de Chabannes, cousin de ce dernier, Nicolas de Harlay-de-Sancy, baron “de, La Motte et de Gros-Bois, de Pézieux, cousin de Marguerite de Montmorency, princesse de Condé, du Prat, de Saint-Gilles, de Rochefort, d'Ambreville, de Saint-Vincent, de Logeville, de La Roche du Puy, etc. Le 19 novembre 1614, après plus de deux ans de séjour dans le pays, les Français souffrirent un échec qui les obligea à signer un armis
tice. La trève fut dénoncée par Jérôme d'Albuquerque à la fin de l’année suivante. Des
Lis E LE PAYS DES AMAZONES
- aunom de son père (d'Albuquerque), le nom du pays qu'il venait
4 de reconquérir (Maranhão). Il fut nommé gentilhomme de la maison royale, et mourut en Portugal, chargé d honneurs, en laissant trois fils, anoblis à leur tour par le souverain de la métropole (1).
C'est, ensuite, Clara Camarão, issue de pauvres tapuyas de Cearà ou de Rio-Grande-do-Norte, et mariée à un Indien comme elle, Poty. Ce mot signifie crevette; de là leur nom de Camarão, qui, en langue portugaise, a la même signification que le mot tupi-guarani. Claire et Antoine-Philippe Camaräo forment un couple héroïque. L'un et l’autre se distinguèrent dans la guerre contre les Hollan- | dais (1637), et ils furent anoblis par Philippe IV (2).
Au xvin siècle, nous trouvons encore au moins trois Indiens purs, qui ont pris rang parmi les plus grands des maîtres étrangers.
Ce sont Dom José de Souza-e-Castro et son fils, Dom Philippe, l'un et l’autre chevaliers de Saint-Jacques, et le maître de camp Jean Doy. Les deux premiers étaient des Tupis de la montagne d'Ibyapába, dans le Ceará; le dernier appartenait à la tribu des Potiguares.
Nous pourrions faire une nomenclature beaucoup plus longue des
renforts lui étaient arrivés, tandis que les Francais se voyaient abandonnés de la mére- patrie. La Ravardière dut capituler. De cette magnifique tentative pour établir la
« France équinoxiale », il ne reste que la ville de Saint-Louis-de-Maranhäo, capitale de
l'État du même nom. En y arrivant, le 6 août 1612, La Ravardiére et ses compagnons,
nommés «lieutenants généraux du roi aux Indes occidentales et terres du Brésil », y
avaient bâti le village de Saint-Louis, qui seul perpétue leur malheureuse aventure.
(1) Une lettre de La Ravardière à Jérôme d'Albuquerque-Maranhão, datée du 23 novembre 1614 et citée par le baron de Rio-Branco (Le Brésil en 1899, Paris, 1889), donne une idée de l'esprit chevaleresque de d'Albuquerque: « La clémence du grand capitaine d’Albuquerque, qui fut vice-roi de Sa Majesté Dom Emmanuel aux Indes orientales, se montre en vous par la courtoisie que vous témoignez à mes soldats français et par le soin que vous avez eu de donner une sépulture aux morts, parmi lesquels il en est un (sans doute son cousin, M. de Chabannes) que j'aimais comme un frère, car il était brave et de bonne maison. » À son tour, un jeune chirurgien parisien, de Lastre, qui donna ses soins aux blessés des deux camps, écrivait; « Jamais je n’ai vu de si honnêtes gens, »
(2) Philippe IV d’Espagne, Philippe III de Portugal. On sait que le Portugal demeura sous la domination espagnole depuis 1580 jusqu’à 1640. Les Espagnols essayérent encore, après 1640, de se maintenir dans le pays, et la première bataille de Vindépendance portugaise (Montijo, 26 mai 1644) fut encore gagnée sur les Espagnols par Mathias d’Albuquerque, Brésilien, récompensé par l'octroi du titre de comte d'Alegrette,
Indiens qui forcèrent l’admiration de la métropole, et y conquirent par leur vaillance, soit des lettres de nobiesse, soit de hautes” dignités.
A mesure que nous nous rapprochons des temps modernes, l’époque héroïque étant passée, le rôle de l’Indien se modifie. Les conquérants avaient voulu, d’abord, le refouler. Ils n’y ont pas réussi. Décontenancé un instant, l'Indien s’est ressaisi et s’est défendu, soit seul, soit appuyé sur des alliés, en s'unissant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là, selon l'intérêt du moment. Mais, qu'il fasse la guerre ou qu'il négocie des alliances, il fait montre constamment de deux qualités maîtresses : la bravoure et la diplomatie.
Sa bravoure, le mot rapporté par Michel de Montaigne (1533-1592) la définit. Au Havre-de-Grâce, l'auteur des Essais se trouve en présence d’un chef indien emmené en Europe, et il lui demande quels sont les privilèges dont jouissent les chefs dans sa tribu. — « Ils n’en ont qu’un, lui répond le sauvage : c'est de marcher les premiers à la guerre! »
Sa diplomatie, le récit de Hans Stade nous en donne un exemple. — Les marins français n'avaient jamais cessé de faire le commerce avec les Indiens de la côte du Brésil, malgré la jalousie des Portugais qui, par leurs vexations, s'étaient aliéné bon nombre de tribus du littoral. L'une de ces tribus, celle des Tamoyos, dans les environs de Rio-de-Janeiro, était alliée aux Francais. Elle avait pour chef Cunhambebe, « le grand et puissant roi Quoniambeck. », dont nous parle André Thevet (1), qui nous a laissé son portrait dans deux de ses ouvrages. — Hans Stade, un Hessois, tombe prisonnier des Tamoyos, qui s'apprêtent à le dévorer selon la formule. Le pauvre homme se désole, invoque le ciel, récite des psaumes, chante des
hymnes religieuses. Rien n'y fait : le feu du sacrifice flambe, et il va
- (1) Histome DE THever, de deux voyages par lui faits aux Indes australes et occidentales (Manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds français, 15454, cité par le baron de Rio-Branco dans Le Brésil en 1889, de F. de Santa-Anna Nery).
mourir. Dans sa détresse, il se souvient que ces sauvages sont les fidèles alliés des Français: — « Je suis Français », déclare-t-il au chef tamoyo. Mais le grand et puissant roi Quoniambeck est habitué, paraît-il, à de semblables stratagèmes, car il répond au prisonnier : — «Depuis quelque temps, on ne peut plus manger un blanc. Tous ceux qui tombent entre nos mains se disent Français. » Hans Stade, ne perd pas la tête : — « Voyez, dit-il, mes cheveux roux, ma barbe rousse, ma peau blanche ; les Portugais ne sont pas ainsi faits. » Cunhambebe hésite, mais il ne veut pas se tromper et manger la chair d'un ami. Il relâche l’Allemand, qui nous a conté lui-même son aventure.
Ne pouvant pas refouler l’Indien, on Vexploite. On l’exploite même si durement que le Saint-Siège et les Jésuites interviennent en sa faveur.
Dans deux instruments pontificaux, Paul III (1534-1549) avait déjà proclamé (1) que les Indiens d'Amérique sont des hommes libres et doués de raison. Deux siècles après, le 20 décembre 1741, un autre pape, Benoit XIV (1740 1758), dans un bref adressé à l’épiscopat du Brésil proteste de nouveau contre l'esclavage des Indiens et contre les violences dont ils sont l’objet, en menaçant les oppresseurs des foudres de l'Église.
Mais déjà les Indiens ont trouvé un éloquent et courageux défenseur dans la personne d'un homme vraiment exceptionnel. Je veux parler du Père Antonio Vieira (1608-1697). Grand orateur, le premier de notre langue portugaise; grand écrivain, ses ouvrages sont classiques chez nous; diplomate, missionnaire, colonisateur, ce Jésuite fut extraordinaire en toute chose.
Missionnaire au Maranhão et au Pará, il harcèle la Cour de plaintes
contre les gouverneurs, dont il dénonce les tyrannies envers les
(1) Bref Pastorale officium ergà oves nobis cælitus creditas, donné à Rome le 23 mai 1537, et adressé au cardinal D. Jean de Tavera, archevêque de Tolède. — Bulle ue quæ nec falli, donnée à Rome le 2 juin 1537.
Indiens. Voici l'un de ces plaidoyers (1), adressé au roi Dom Jean IV. de Portugal (1640-1656) : — « Sire, je n'ai jamais rien compris aux raisons politiques, et aujourd’hui, je les entends moins que jamais. Mais, pour vous obéir, je dirai naïvement ce que je pense. — Je crois qu'il vaut mieux subir un voleur que d'en subir deux, et qu'il est" plus difficile de trouver deux hommes de bien que d'en trouver un seul.» Le roi venait de diviser l’État de Maranhão-Pará en deux capitai- . neries, avec deux gouverneurs. A Il continue : — « On proposa, un jour, à Caton, deux citoyens romains pour occuper deux places vacantes ; il répondit que ni lun ni l’autre ne lui agréait : l’un, parce qu'il n'avait rien; l’autre, parce que rien ne lui suffisait. Il en est de même des deux capitaines géné- 4 raux entre lesquels on a réparti le gouvernement du Pará: Balthazar de Souza n’a rien; rien ne suffit à Ignace do Rego. Or, je ne sais quelle est la plus grande tentation, si c'est celle du besoin ou celle” de l’avidité. — Tout ce qui existe dans la capitainerie du Pará, si l'or en excepte les terres, ne vaut pas dix mille cruzades, comme tout Jem monde le sait. Cependant, Ignace do Rego veut en tirer plus de cent | mille en trois ans... Tout cela doit sortir de la sueur et du sang des tristes Indiens, qu'il traite comme ses esclaves, sans qu'aucun d'eux | ait la faculté de se soustraire à son service ou de servir autrui, ce : qui, outre l'injustice commise contre les Indiens eux-mêmes, fait que. les Portugais n’ont personne pour les servir, tandis que les pauvres.
Indiens périssent... »
C'est après toutes ces protestations, appuyées, à Rio-de-Janeiro par. l’évêque Lourenço de Mendonça (1632), à S.-Paulo par les Jésuites, qu'intervinrent, d'abord, l’alvara royal du 1° avril 1680, puis celui du 6 juin 1755 et, enfin, les Instructions du 17 octobre 1758, au sujet |
du gouvernement des Indiens (2). se
(1) Cartas selectas do P. Antonio Vieira, Paris, 1862. : (2) Archivo do districto federal, sous la direction de M. le Dr Mello-Moraes fils, Riode-Janeiro, 1896.
» Ces Instructions, três minutieusement et très prétentieusement | rédigées, sont fort curieuses à étudier. En effet, elles nous donnent la note juste : d'un côté, sur la situation des Indiens du Brésil dans la seconde moitié du siècle dernier ; de l’autre, sur l'état d'esprit du o jarquis de Pombal (1699-1782) et de ses collaborateurs. Le « grand marquis » était alors en pleine lutte avec les Jésuites. En attendant qu'ils les chassât du Portugal (3 septembre 1750), il venait de leur a Les Instructions se plaignent, tout d'abord, de ce que les Jésuites,
endre le ministère de la chaire (mai 1758).
ieu d'enseigner aux vaincus — les Indiens — la langue des vainurs — les Portugais, — aient, au contraire, généralisé les deux incipaux dialectes des Indiens, en uniformisant le tupi-guarani, à | point qu’ils composent en cette langue, dénommée par eux langue nérale, leurs catéchismes et des Mystères interprétés par les néoytes. — Naturellement, l'enseignement de la langue portugaise
devait se faire aux frais des Indiens, qui, sous aucun prétexte, ne
vaient se servir de leurs dialectes.
- Nous dirons, en passant, que, de nos jours, on a adopté, au grand “détriment des études américanistes, le système du marquis de Pombal. Pendant notre enfance, le séminaire de Para avait une chaire de @langue générale ». Depuis une vingtaine d'années, elle a été malheu-
Re . »
! Rent supprimée.
es Instructions ordonnent qu'on n'offense les Indiens d'aucune manière. Il sera défendu de les appeler nègres : — « Au nombre isent-elles, des tristes principes et des abus pernicieux qui ont amené l’avilissement des Indiens, se trouve l'injuste et scandaleuse habitude de les appeler Nègres. On voulait sans doute, par Vinfamie bla bassesse de ce nom, leur persuader que la Nature les avait tinés à être les esclaves des blancs, comme on le suppose avec rai-
quand il s'agit des noirs de la côte d'Afrique. »
F q — Ils devront, en outre, s'habiller d'une manière décente et avoir des
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noms de famille et non plus des prénoms simplement, en prenant comme noms de famille les mêmes en usage en Portugal.
La plupart des autres indications contenues dans ce curieux document officiel sont des plus utiles, quoique présentées sous la forme sentimentale et un peu sotte qui régnait alors.
Ces mesures, édictées avec un grand luxe de rhétorique, ne produi- à sirent aucun bien. Il manquait, pour les exécuter, des hommes rompus au dur métier de civilisateurs. On peut même dire que l'oppression des Indiens revêtit un caractère plus cynique. C'est alors que le directeur de la royale bourgade d'Arronches (1) retira de l’école.et vendit 3 comme esclaves quarante-un petits Indiens des deux sexes. C’est alors que les Indiens de la bourgade de Vianna, dans le Ceara, sont exploités à tel point que l’on sépare les époux et que l’on viole les | jeunes filles...
Depuis lors, la « catéchèse » des Indiens n’a guère fait de progrès.
Sans doute, dans la plupart des régions où existaient encore des tribus entièrement sauvages ou domestiquées, on a établi des « directeurs des Indiens », chargés de veiller à leur bien-être. Mais ces essais,
faits sans plan et sans méthode, n’on pas abouti.
Aujourd'hui le problème devient plus urgent, car tout le monde se préocupe du peuplement de l'Amérique chaude.
D'aucuns croient que si l’individu de race blanche peut s’y acclimater sans trop de difficulté, la race elle-même ne saurait s’y repro- | duire ou que, tout au moins, elle y perdrait une grande partie de ses qualités.
. Si l’onen croit les partisans de cette opinion fort répandue dans les milieux européens, ces régions, — les plus étendues, les plus riches et les plus fécondes assurément de l'Amérique latine, — ne pourront . être mises en valeur, sur une large échelle, que par le trop-plein des
(1) Notas para a Historia do Ceará, pelo D' Guilherme Studart, Lisbôa, 1892, p. 183 et suivantes. £
E régions tempérées, qui s’y déversera dans un avenir plus ou moins - Jointain. a
| Le gouvernants de ces pays semblent eux-mêmes partager prati- “ quement cette opinion, car, tout en soutenant théoriquement que même la plaine équatoriale de " Amazone peut être habitée et colonisée par des blancs, — et c’est là notre opinion personnelle bien raisonnée, — ils appellent à la rescousse les jaunes d'Asie, après avoir tout fait pour y attirer les blancs d'Europe.
Le peuplement de l'Amérique chaude est un grave problème. Il se trouve compliqué par l'intervention des géographes, des économistes et des hommes politiques d'Europe.
Les géographes et les économistes qui n’ont Jamais pris la peine d’aller étudier sur place cette question complexe, de même que les voyageurs ayant traversé ces régions à la hâte sans en connaître ni la langue, ni les mœurs, ni les conditions de travail, déclarent carrément, fidèles à la tradition, que le blanc ne peut pas s’acclimater sous cette latitude. |
“Les hommes politiques, au lieu de dire, ce qui serait compréhensible : — « Vous voulez emmener nos hommes valides, alors que nous avons besoin d'eux pour nos armées permanentes ou pour garder, par l’abondance des bras, une main d'œuvre bon marché », — disent hypocritement : « Vos pays chauds sont empestés et inhabitables ; nous ne permettons pas que nos compatriotes y aillent mourir. » Or, aux premiers nous répondons : — « Des millions et des millions de blancs vivent, prospèrent et font souche dans les régions chaudes de l'Amérique. Tous ceux qui y ont habité, tous ceux qui ont étudié sur place ces régions, depuis Humboldt jusqu'à Agassiz, depuis Wallace et Bates jusqu'à Wiéner, croient à la possibilité de l’acclimatation de la race blanche sous cette zone. Vos belles théories ne valent rien devant la brutalité des faits. »
- Aux seconds nous disons : « Théoriquement, la liberté d'émigrer
fait partie de la liberté de locomotion : vous n'avez pas le droit d'em-
pêcher qui que ce soit des'expatrier. Pratiquement, vous êtes incapables de rendre effectives vos prohibitions : tous les ans, il y a en Europe un surcroit d'un million d'hommes qui doit forcément s’en aller, et qui s'en va en réalité, malgré toutes vos mesures restrictives. »
C'est ainsi que le Brésil seul a recu, depuis dix ans, plus d'un million d'émigrants d'Europe. Il trouve que cela n'est pas suffisant pour ses besoins, et il cherche à introduire dans le pays des travailleurs chinois et japonais.
Le Trésor brésilien fait d'énormes sacrifices pour l'introduction des immigrants. Ordinairement, on leur donne le passage gratuit, le logement, la nourriture et Passistance médicale pendant les preiniers jours de leur arrivée; on leur cède des terres à crédit(ou, pour mieux dire, gratis, car, bien que leur acquisition à titre onéreux soit stipulée, la plupart du temps on ne leur en réclame jamais le remboursement) ; dans certains cas, on leur fait même des avances, sous forme de graines, de semences et d'instruments agricoles, etc.
Certes, aucun de nous au Brésil ne se plaint de ce concours de travailleurs étrangers ; au contraire. Mais il est certain que le peuplement rationnel du pays aurait tout à gagner en appelant les Indiens à contribuer à cet accroissement de bras civilisés.
D'après un document officiel (1), neuf provinces du Brésil — nous disons aujourd’hui États — ont encore des Indiens. Ce sont les suivantes: Amazonas, Para, Maranhão, Espirito-Santo, Paraná, Rio- Grande-do-Sul, Minas-Geraes, Matto-Grosso et Goyaz.
Ces neufs Etats ont, ensemble, 6.711 144 kilomètres carrés
Brésil, qui est de 8.337.218 kilomètres carrés. Une partie des Etats de Goyaz et de Matto-Grosso, une peti
de Para et de Maranhão sont situées sous la zone tropicale.
La partie orientale de l'État de Minas-Geraes et l’État d'Espirito
(1) Relatorio do Ministro da Agricultura, Rio, 1880.