ACTE IV, SCÈjNE IV
JU L1ETTE
Ahl Valentin! quelle différence avec vous!.., si gentil, si généreux! pas crédule, et bien gouailleur, oui!., mais franc, brave, et... plein d'amour, enfin I.... ah! je vous ai bien aimé, * mon enfant!
VALENTIN
Et moi donc !
JULIETTE
Te rappelles-tu nos petits soupers d’hiver? te rappelles-tu nos parties dans les bois les jours de soleil? te rappelles-tu...
VALENTIN, l’arrêtant.
Tu tu tu tu... le soleil est couché, Juliette! les lauriers sont coupés, les petits papillons du tu et du toi se sont envolés de nos lèvres... 11 faut se dire vous, baronne, selon la grammaire du respect !
JULIETTE
En voilà des bêtises!.. Eh bien! vous. Monsieur, vous, soit! vous! la! es-tu content?
' VALENTIN
Parfait !.. (Juliette l’entraîne aur le canapé sur lequel ils s’assoient.)
JULIETTE
Dis donc, te souviens-tu d’Anna... leï yeux verts, qui était si méchante et qui, au moment du terme, mettait toujours son portrait en loterie... Son propriétaire l’augmentait; elle augmentait le nombre des numéros, et jamais elle n’était en retard.
VALENTIN
Et toi, te rappelles-tu... (s’arrêtant avec colère.) Sacrebleu!., ça ne peut pas continuer comme ça !.. (Appuyant en reprenant d’un autre ton.) vous rappelez-uous cette pauvre Elisa de l’Opéra?
JULIETTE
Votre premier amour, Faublas!.. celle qu’on appelait la mangeuse de millions!
VALENTIN
Qu’est-elle devenue?
JULIETTE
Elle tient un bureau de tabac ! .. (changeant de ton.) Te souvienstu de ce jour à Enghien... le cerisier... l’orage... le hangar?..
VA LENTIN, souriant.
Ah çà! Juliette... ce n’était pas moi... rappelez-vous bien...
J UL 1 ETTE, un peu confuse.
'Vous croyez?.. (Se lésant et passant à gauche'.) N’importe! c’était le bon temps!., le temps où nous chantions ma bacchanale
favorite ! (Valentin s’est levé aussi.)
Air nouveau de M. J. Nàrgeot.
A pleins verres buvons Le vin de la jeunesse.
Savourons son ivresse,
Nous tous qui le pouvons !
Désaltérons les fièvres Qui consument nos lèvres,
Et puisque nous avons L’âge où la vie enivre.
Aimons, aimons pour vivre.
Et pour aimer vivons!
De tous les pédants du vieux monde Délivrons-nous, cœurs palpitants;
Parmi nous que l’amour abonde Tout le temps de notre printemps !
A travers l’ennui de la vie,
Que nos bataillons de désirs
Conquièrent à notre folie
Des nouveaux mondes de plaisirs!
En carnavals pleins d’allégresses Transformons nos pâles destins.
Et nos jeûnes pleins de tristesses En d’interminables festins.