ACTE V, SCÈNE V
JULIETTE, passant à gauche.
Qu’eSt-Ce que ça VOUS fait ? (Elle va déposer le bouquet sur la margelle de la feuètre.)
STÉVENS, à part *.
Ah! j'en suis foü !.. (Haut et suppliant.) Juliette 1 JULIETTE, s'emportant.
Encore ? ah çà ! mais...
STÉVÈNS.
Votls vous fâchez! voulez-vous me battre? tenez, voilà ma Canne, (il la lui présente.)
JULIETTE, souriant.
Je la reconnais !
STÉVENS, d’un ton suppliant.
Juliette I vous ne regrettez donc rien ?
JULIETTE
Demandez aux oiseaux envolés s’ils regrettent leur cage ! Qu’est-ce que je regretterais, moi, de la mienne? est-ce vous, qui me mesuriez ma graine et mon biscuit ! vous, un baron Slévens, qui en étiez venu à porter vos lettres, à casser votre sucre, à brûler votre café vous-méme I mais vous en seriez arrivé à me faire fendre du bois, vous, avec votre autorité conjugale! et vous voulez que je regrette une baronnie qui a le nez fait comme une prison!.. Vous vous fichez un peu joliment du monde, mon petit ami !
STÉV ENS.
Mais je vous rc-aime, Juliette !... mais je solifffe mille martyres sans vous !
JULIETTE
Mais j’en souffrais cent mille avec vous, moi 1 et si je récapitulais... Non ! bien le bonjour 1 (Elle se dirige vers le fond, il lui barre le passage.)
STÉVENS.
Juliette, je Vous adore véritablement !
JULIETTE, redescendant.
Qu’entendez-vous par véritablement ?
sté'vens.
11 y a un notaire à Sceaux, rendons-nous chez lui. Là, puisqu’il en est encore temps, vous signerez comme moi votre désistement à notre demande en divorce, et je dicterai les dispositions d’un
* Jul. Stév.
nouveau contrat par lequel tout vous appartiendra, et vous serez maîtresse absolue chez moi... chez vous!..
JULIETTE
Eh bien!... soitt... (Mouvement de joie de Stévens.) Mais Cet 3Cte
de divorce, je le garderai pour en'faire usage la première
fois que Je m’ennuierai !..
STÉVENS.
Oui ! oui ! mais vous n’en ferez jamais usage! car vous n’aurez pas d’esclave plus soumis que moi! plus d’ennui, plus de jalousie, de tyrannie, d’économie!... Voulez-vous toutes mes clefs?., voulez-vous mon portefeuille?., voulez-vous...
JULI ETT E.
Donnez-moi votre canne.
STÉVENS, la lui donnant.
La voilà !
J ULIETTE, avec autorité et élevant la canne en moutrant la droite.
Chez le notaire, Baron, chez le notaire !
STÉVENS.
Ah 1 (il passe devant elle d’un air heureux et soumis. — Elle sort derrière lui triomphante. — Iis s’éloignent par le premier plan h droite. — Théo, Valentin et Jonas sortent de la maison.)