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L'APPROCHE DE L'HIVER

Un pays nouveau naissait (p. 199).

Le 29 septembre, l’état de l'atmosphère se modifia sensiblement. Le thermomètre tomba à quarante et un degrés Fahrenheit (5° centig. audessus de zéro). Le ciel était couvert de brumes qui ne tardèrent pas à se résoudre en pluie. La mauvaise saison arrivait.

Mrs. Joliffe, avant que la neige couvrit le sol, s’occupa de ses semailles. On pouvait espérer que les graines vivaces d'oseille et de cochléarias, abritées sous les couches neigeuses, résisteraient à l’âpreté du climat et lèveraient au printemps. Un terrain de plusieurs acres, caché derrière la falaise du cap, avait été préparé d'avance, et il fut ensemencé pendant les derniers jours de septembre. 18

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Jasper Hobson ne voulut pas attendre l’arrivée des grands froids pour faire revêtir à ses compagnons leurs habits d'hiver. Aussi, tous ne tardèrent-ils pas à être convenablement vêtus, portant de la laine sur tout le corps, des capotes de peau de daim, des pantalons de cuir de phoque, des bonnets de fourrure et des bottes imperméables. On peut dire que l’on fit également la toilette des chambres. Les murs de bois furent tapissés de pelleteries, afin d'empêcher, par certains abaissements de la température, les couches de glace de se former à leur surface. Maître Raë établit, vers ce temps-lÀ, les condensateurs destinés à recueillir la vapeur d’eau suspendue dans l'air, et qui durent être vidés deux fois par semaine. Quant au feu du poële, il fut réglé suivant les variations de la température extérieure, de manière à maintenir le thermomètre des chambres à cinquante degrés Fahrenheit (10° centig. au-dessus de zéro). D'ailleurs, la maison allait être bientôt recouverte d’une épaisse couche de neige, qui empêcherait toute déperdition de la chaleur interne. Par ces divers moyens, on espérait combattre victorieusement ces deux redoutables ennemis des hiverneurs, le froid et l'humidité,

Le 2 octobre, la colonne thermométrique s'étant encore abaissée, les premières neiges envahirent tout le territoire du cap Bathurst. La brise était molle, et ne forma point un de ces tourbillons si communs dans les régions polaires, auxquels les Anglais ont donné le nom de « drifts ». Un vaste tapis blanc, uniformément disposé, confondit bientôt dans une même blancheur le cap, l'enceinte du fort et la longue lisière du littoral. Seules, les eaux du lac et de la mer, qui n'étaient pas encore prises, contrastèrent par leur teinte grisâtre, terne et sale. Cependant, à l'horizon du nord, on apercevait les premiers icebergs qui se profilaient sur le ciel brumeux. Ce n'était pas encore la banquise, mais la nature amassait les matériaux que le froid allait bientôt cimenter pour former cette impénétrable barrière.

D'ailleurs, « la jeune glace » ne tarda pas à solidifier les surfaces liquides de la mer et du lac. Le lagon se prit le premier. De larges taches d’un blanc gris apparurent cà et là, indice d’une gelée prochaine que favorisait le calme de l’atmosphère. Et en effet, le thermomètre s'étant maintenu pendant une nuit à quinze degrés Fahrenheit au-dessus de zéro (9° centig. au-dessous de glace), le lac présenta le lendemain une surface unie qui eût satisfait les plus difficiles patineurs de la Serpentine (1). Puis, à l'horizon, le ciel revêtit une couleur particulière que les baleiniers désignent sous le nom de «blink», qui était produite par la réverbération des champs de glace. La mer gela bientôt sur un espace immense, un vaste ice-

(4) Pette rivière de Hyde-Park, à Londres.

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