‹ Le pays des fourrures [microforme]Chapitre 41 sur 87 · LES · texte numérisé non relu

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traire. Après avoir prolongé la cote américaine de l'est à l’ouest et à cent milles au plus du littoral, il va, pour ainsi dire, heurter le courant du Kamtchatka, à l’ouvert du détroit, puis, descendant au sud et se rapprochant des rivages de l'Amérique russe, il finit par se briser à travers la mer de Bebring sur cette espèce de digue circulaire des îles Aléoutiennes.

Cette carte donnait fort exactement le résumé des observations nautiques les plus récentes. On pouvait donc s’y fier.

Jasper Hobson l'examina aiteutivement avant de se prononcer, Puis, après avoir passé la main sur son front, comme s'il eût voulu chasser quelque fâcheux pressentiment :

« ] faut espérer, mes amis, dit-il, que la fatalité ne nous entrainera pas jusqu’à ces lointains parages. Notre ile errante courrait le risque de n’en plus jamais sortir.

— Et pourquoi, monsieur Hobson ? demanda vivement Mrs, Paulina Barnett.

— Pourquoi, madame ? réponditle lieutenant. Regardezbien cette portion de l'océan Arctique, et vous allez facilement le comprendre. Deux courants, dangereux pour nous, y coulent en sens inverse. Au point où ils se rencontrent, l’île serait forcément immobilisée, et À une grande distance de toute terre. En ce point précis, elle hivernerait pendant la mauvaise saison, et quand la débâcle des glaces se produirait, ou elle suivrait le courant du Kamtchatka jusqu’au milieu des contrées perdues du nordouest, ou elle subirait l'influence du courant de Bebring et irait s'abimer dans les profondeurs du Pacifique.

— Cela n’arrivera pas, monsieur le lieutenant, dit Madge avec l'accent d'une foi sincère, Dieu ne le permettra pas.

— Mais, reprit Mrs. Paulina Barnett, je ne puis imaginer sur quellepartie de la mer polaire nous flottons en ce moment, car je ne vois au large du cap Bathurst que ce dangereux courant du Kamtchatka qui porte directement vers le nord-ouest. N’est-il pas à craindre qu’il ne nous ait saisis dans sun cours, et que nous ne fassions route vers les terres de la Géorgie septentrionale ? |

— Je ne le pense pas, répondit Jasper Hobson, après un moment de réflexion. é

— Pourquoi n’en serait-il pas ainsi ?

— Parce que ce courant est rapide, madame, et que depuis trois mois, si nous l'avions suivi, nous aurions quelque côte en vue, — ce qui n'est pas.

— Où supposez-vous que nous nous trouvions alors? demanda la voyageuse.

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— Mais sans doute, répondit Jasper Hobson, entre ce courant du . Kamtchatka et le littoral, probablement dans une sorte de vaste remous qui doit exister sur la côte.

— Cela ne peut être, monsieur Hobson, répondit vivement Mrs. Paulina Barneit.

— Cela ne peut être? répéta le lieutenant. Et pour quelle raison, madame ?

— Parce que l'ile Victoria, prise dans un remous, et, par conséquent, sans direction fixe, eût certainement obéi à un mouvement de rotation quelconque. Or, puisque son orientation n'a pas changé depuis trois mois, c'est que cela n’est pas.

— Vous avez raison, madame, répondit Jasper Hobson, Vous comprenez parfaitement ces choses ei je n’ai rien à répondre à votre observation, — à moins toutefois qu'il n'existe quelque courant inconnu qui ne soit point encore porté sur cette carte. Vraiment, celte incertitude est affreuse. Je voudrais être à demain pour être définitivement fixé sur la situation de l'ile,

—- Demain arrivera, » répondit Madge.

Il n’y avait donc plus qu'à attendre. On se sépare. Chacun reprit ses occupations habituelles. Le sergent Long prévint ses compagnons que le départ pour le fort Reliance, fixé au lendemain, n'aurait pas lieu. Il leur donna pour raison que, toute réflexion faite, la saison était trop avancée pour permetire d’atteindre la factorerie avant les grands froids, que l’astronome se décidait à subir un nonvel hivernage, afin de compléter ses observations météorologiques, que le ravitaillement du fort Espérance n’était pas indispensable, etc., — toutes choses dont ces braies gens se préoccupaient peu.

Une recommandation spéciale fut faite aux chasseurs par le lieutenant Hobson, la recommandation d’épargner désormais les animaux à fourrures, dont il n'avait que faire, mais de se rabattre sur le gibier comestible, afin de renouveler les réserves de la factorerie, Il leur défendit aussi de s'éloigner du fort de plus de deux milles, ne voulant pas que Marbre, Sabine ou autres chasseurs se trouvassent inopinémenten face d’un horizon de mer, là où se développait, il y a quelques mois, l’isthme qui réunissait la presqu'ile Victoria au continent américain. Gette disparition de l’élroite langue de terre eût, en effet, dévoilé la situation.

Cette journée parut interminable au leu‘enant Hobson. Il retourna plusieurs fois au sommet du cap Bathurst, seul ou accompagné de Mrs. Paulina Barnett. La voyageuse, âme vigoureusement trempée, nes’effrayait aucunement. L'avenir ne lui paraissait pas redoutable. Elle plaisanta même en disant à Jasper Hobson que cette ile errante, qui les portait alors,

———————— + + mme élait peut-être le vrai véhicule pour aller au pôle nord! Avec un courant favorable, pourquoi n'atteindrait-on pas cet inaccessible point du globe?

Le lieutenant Hobson hochait la tête en écoutant sa compagne développer cette théorie, mais ses yeux ne quiltaient point l'horizon et cherchaient si quelque terre, connue ou inconnue, n’epparaitrait pas au loin, Mais le ciel et l'eau se confondaient inséparablement sur une ligne cireulaire dont rien ne troublait la netteté, — ce qui confirmait Jasper Hobson dans cette pensée que l'ile Victoria dérivait plutôt vers l’ouest qu'en toute autre direction.

« Monsieur Hobson, lui demanda Mrs. Paulina Barneit, est-ce que vous n’avez pas l'intention de faire le tour de notre île, et cela le plus tôt possible ?

—Si vraiment, madame, répondit le lieutenant Hobson. Dès que j'aurai relevé sa situation, je compte en reconnaître la forme et. l'étendue. C’est une mesure indispensable pour apprécier dans l'avenir les modifications qui se produiraient. Mais il y a toute apparence qu'elle s’est rompue à l’isthme même, et que, par conséquent, la presqu'ile tout entière s'est transformée en île par cette rupture.

— Singulièré destinée que la nôtre, monsieur Hobson ! reprit Mrs. Paulina Barnett. D’autres reviennent de leurs voyages, après avoir ajouté quelques nouvelles terres au contingent géographique ! Nous, au contraire, nous l’aurons amoindri, en rayant de la carte "cette prétendue pet ’île Victoria ! »

Le lend. «ir, 18 juillet, à dix heures du matin, par un ciel pur, Jasper Hobson pxit wie bonne ‘hauteur du soleil, Puis, chiffrant ce résultat et celui de l'observation de la veille, il détermina mathématiquement la longitude &u eu,

Pendant l'opération, l’astronome n'avait pas même paru. Il boudail dans sa chambre, — comme un grand enfant qu’il était, d’ailleurs, en dehors de la vie scientifique.

L'ile se trouvait alors par 157 37’ de longitude, à l'ouest du méridien de Greenwich.

La latitude obtenue la veille, au midi qui suivit l’éclipse, était, on le sait, de 73° 7 20”,

Le point fut reporté sur la carte, en présence de Mrs. Paulina Barnett et du sergent Long.

Il y eut là un moment d’extréme.anxiété, et voici quel fut le résultat du

pointage.

En ce moment, l'ile errante se trouvait reportée dans l'ouest, ainsi que l'avait prévu le lieutenant Fobson, mais un cou:ant non marqué sur ls

be ?

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