LE PAYS DES FOURRUT
Pas par là! dit-il (p. 264).
Vraiment, Jasper Hobson se demandait avec raison comment l’icefield, qui la supportait, soumis à un tel cataclysme, pouvait résister, comment il ne s'était pas déjà frecturé en cent endroits sous l’action de la houle! Ceite houle devait être formidable, et le lieutenant l’entendait rugir au loin. En ce moment, le sergent Long, qui le précédait de quelqués nas, s'arrêta soudain ; puis, revenant au lieutenant et lui faisant entendre quelques paroles entrecoupées : |
« Pas par là ! dit-il.
— Pourquoi?
— La mer!
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Sergent! Sergent! où êtes-vous ? (p. 267.)
— Comment! 11 mer! Nous ne sommes pourtant pas arrivés au rivage du sud-ouest?
— Voyez, mon lieutenant. »
En effet, une large étendue d’eau apparaissait dans l'ombre, et des lames se brisaient avec violence aux pieds du lieutenant,
Jasper Hobson baltit une seconde fois le briquet, et, au moyen d’un nouveau morceau d'amadou allumé, il consulta attentivement l'aiguille de sa boussole,
« Non, dit-il, la mer est plus à gauche, Nous n'avons pas encore passé
la grande futaie qui nous sépare du cap Michei. s4
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— Mais alors, c'est...
-— C'est une fracture de l’île, répondit Jasper Hobson, qui, ainsi que son compagnon, avait dû se coucher sur le sol pour résister à la bourrasque. Ou bien une énorme portion de l'ile, détachée, est partie en dérive, ou ce n’est qu’une simple entaille que nous pourrons tourner. En route. »
Jasper Hobson et le sergent Long se relevèrent et s’enfoncèrent sur leur droite, à l'intérieur de l'île, en suivant la lisière liquide qui écumait à leurs pieds. Ils allèrent ainsi pendant dix minutes environ, craignant, non sans raison, d’être coupés de toute communication avec la partie méridionale de l'ile. Puis, le bruit du ressac, qui s’ajoutait aux autres bruits de la tempête, s'arrêta. ;
« Ce n’est qu’une entaille, dit Le lieutenant Hoson à l'oreille du serz": Tournons ! »
Et ils reprirent leur première direction vers le sud. Mais alors ces hommes courageux s’exposaient à un danger terrible, et ils le savaient bien tous deux, sans s'être communiqué leur pensée, En effet, cette partie de l'ile Victoria, sar laquelle ils s'avénturaient en ce moment, déjà disloquée sur un long espace, pouvait s'en séparer d’un instant à l’autre. Si l’entaille se creusait plus avant sous la dent du ressac, elle les eût immanquablement entrainés à la dérive! Mais ils n’hésitèrent pas, et ils s'élancèrent dans l'ombre, sans même se demander si le chemin ne leur manquerait pas au retour !
Que de pensées inquiélantés assiégeaient alors le lieutenant Hobson ! Pouvait-il espére: désormais que l’ile résistât jusqu'à l'hiver ? N'étuit-ce pas là le commencement de l'inévitable rupture ? Si le vent ne la jetait pas à la côte, n’était-elle pas condamnée à périr avant peu, à s'effondrer, à se dissoudre? Quelle effroyable perspective, ei elle chance restail-it aux infortunés habitants de cet icefield!
ependant, battus, brisés par les coups de la rafale, ces deux hommes énergiques, que soutenait le sensiment d'un devoir à accomplir, allaient tou jours. Îls arrivèrent ainsi à la lisière de cette vaste futaie, qui confinoit au cap Michel, Il s'agissait alors de la traverser, afin d'atteindre au plus tôt e littoral. Jasper Hoison et le sergent Long s'engagèrent donc sous la futaie, au rilieu de la plus profonde obscurité, au milieu de ce tonnerre que le vent faisait à travers les sapins et les houleaux, Tout oraguait utour d'eux. Les branches brisées les fouettaient au passage, À chaque instant, ils couraient le risque d’être écrasés par la chute d’un arbre, où ils se heuitaient à dessouches rompues qu'ils ne pouvaient apervevoir dans l'ombre. Mais alors, ils n’allaient plus au hasard, et les mugissements de la mer guidaient leurs pas &travers le taillis ! [ls entendaient ces énormes
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retombées des lames qui déferlaient avec un épouvantable bruit, et même, plus d’une fois, ils sentirent le sol, évidemment aminci, trembler à leur choc. Enfin, se tenant par la main pour ne point s'égarer, se soutenant, se relevant quand l’un d’eux buttait contre quelque obstacle, ils arrivèrent à la lisière opposée de la futaie.
Mais là, un tourbillon les arracha l’un à l'autre. Ils furent violemment séparés, et, chacun de son côté, jetés à terre.
«Sergent ! sergent ! où êtes-vous? cria Jasper Hobson de toute la force de ses poumons.
— Présent, mon lieutenant! » hurla le sergent Long.
Puis, rampant tous deux sur le sol, ils essayèrent de se rejomdre. Mais il semblait qu’une main puissante les clouât sur place. Enfin, après des effoxts inouïs, ils parvinrent à se rapprocher, et, pour prévenir toute séparation ultérieure, ils se lièrent l’un l’autre à la ceinture; puis ils rampèrent sur le sable, de manière à gagner une légère extumescence que dominait un maigre bouquet de sapins. Ils y arrivèrent enfin, et là, un peu abrités, ils creusèrent un trou dans lequel! ils se blottirent, exténués, rompus, brisés!
Il était onze heures et demie du soir.
Jasper Hobson et son compagnon demeurèrent ainsi pendant plusieurs minutes sans prononcer une parole. Les yeux à demi clos, ils ne pouvaient plus remuer, et une sorte de torpeur, d’irrésistible somnolence, les envahissait, pendant que la bourrasque secouait au-dessus d'eux les sapins qui craquaient comme les os d’un squelette. Toutefois, ils résistèrent au sommeil, et quelques gorgées de brandevin, puisées à la gourde du sergent, les ranimèrent à propos.
« Pourvu que ces arbres tiennent, dit le lieutenant Hobson.
— Et pourvu que notre trou ne s’en aille pas avec eux! ajouta le sergent en s’arc-boutant dans ce sablo mobile.
— Enfin, puisque nous voilà ici, dit Jasper Hobson, à quelques pas seulement du cap Michel, puisque nous sommes venus pour regarder, regardons ! Voyez-vous, sergent Long, j'ai comme un pressentiment que nous ne sommes pas loin de la terre ferme, mais enfin ce n’est qu'un pressenliment ! »
Dans la position qu’ils occupaient, les regards du lieutenant et de son compagnon auraient éembrassé les deux liers de l'horizon du sud, si cet hori: « : eût été visible. Maïs, en ce moment, l'obscurité était absolue, et, à moins qu’un feu n’apparût, ils se voyaient obligés d'attendre le jour Pour avoir connaissance d’une cote, dans le cas où l'ourager: aura t
suffisament rejetés dans le sud
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