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posait du rivage même du lagon, que baignaient maintenant les eaux de la mer, Vers la partie supérieure du lagon, une autre cassure se prolongeait jusqu'au littoral compris entre le cap Bathurst et l'ancien port Barnett. L'ilot représentait donc une bande cblongue, d’une largeur moyrnne d'un mille seulement,
» \, Des cent quarante milles carrés qui formaient autrefois la superficie totale
dé l'ile, il n’en restait pas vingt!
Le lieutenant Hobson observa avec une extrême attention la nouvelle conformalion de l'ilot et reconnut que sa portion la plus épaisse était encore l’einplacement de l’ancienne factorerie. [1 lui parut donc convenable de no point abandonner le campement.actuel, et c'était aussi celui que les animaux, par instinct, avaient conservé.
Toutefois, on remarqua qu'une notable quantité de ces ruminants et de ces rongeurs et le plus grand nombre des chiens qui erraient à l'aventure, avaient disparu avec la plus grande partie de l'ile. Mais il en restait encore un certain nombre, principalement des rongeurs. L'ours, affolé, errait sur l'ilot et en faisait incessamment le tour, comme un fauve enfermé düns une cage. ti
Vers cinq heures du soir, le lieutenant Hobson et ses deux compagnes étaient rentrés au logement. Là, hommes et femmes, tous se trouvèrent réunis, silencieux, ne voulant plus rien voir, ne voulant plus rien entendre. Mrs. Joliffe s’occupait de préparer quelque nourriture. Le chasseur Sabine, moins accablé que ses compagnons, allait et venait, cherchant à obtenir un peu de venaison fraîche, Quant à l’astronome, il s'était assis à l'écart et jetait sur la mer un regard vague et presque indifférent ! Il semblait que rien ne pût l’étonner !
Jasper Hobson apprit à ses compagnons les résultats de son excursion. Il leur dit que le campement actuel offrait une sécurité plus grande que tout autre print du littoral, et il recommanda même de ne pluss'en éloigner, car des traces d'une prochaine rupture se manifestaient déjà; à mi-chemin du campement et du cap Esquimau. Il était donc probable que la super-
ficiéïde l'ilot ne tarderait pas à être considérablement réduite. Et rien,
rien à faire !
La journée fut réellement chaude. Les glaçons, délerrés pour fournir l'eau potable, se dissolvaient sans qu'il fût nécessaire d'employer le feu. Sur les parties accores du rivage, la croûte glacées'e” ‘‘-it en minces filets qui tofbaient à la mer. 11 était visiblé que, d'u : manière générale, le nivéau moyen de l'ilot s'était abaissé, Les eaux tièdes rongeaient incessammént sa base.
On né dormit guère au campement -endan, la nuit suivante. Qui aurait
se
pu trouver quelque sommeil en songeant qu’à tout instant l’abime pouvait s'ouvrir, qui, si ce n’est ce petit enfant qui souriait'à sa mère, el que sa mère ne voulait plus abandonuer un instant ?
Le lendemain, 4 juin, le soleil reparut au-dessus de l'horizon dans ur ciel sans nuages. Aucun changement ne s'était produit pendant la nuit, La conformation de l’ilot n’avait point été altérée.
Ce jour-là, un renard bleu, effaré, se réfugia dans le logement et n’en voulut plus sortir, On peut dire que les martres, les hermines, les lièvres polaires, les rats musqués, les castors fourmillsient sur l'emplacement de l’ancienne factorerie. C'était comme un troupeau d'animaux domestiques. Les bandes de loups manquaient seules à la faune polaire. Ces carnassiers, dispersés sur la partie opposée de l’île au moment de ia rupture, avaient été évidemment engloutis avec elle. Comme par un pressentiment, l'ours ne s'éloignait plus du cap Bathurst, et les animaux à fourrures, trop inquiets, ne semblaient même pas s’apercevoir de sa présence. Les naufragés euxmêmes, familiarisés avec le gigantesque animal, le laissaient aller et venir, 3 sans s’en préoccuper. Le dar ger commun, pressenti de tous, avait mis au même niveau les instincts et les intelligences.
Quelques moments avant midi, les naufragés éprouvèrent une émotion bien vive, qui ne devait aboutir qu’à une déception.
Le chasseur Sabine, monté sur le point cuiminant de l'ilot, et qui observait la mer depuis quelques instants, fit entendre ces cris :
« Un navire ! un navire! »
Tous, comme galvanisés, se précipitèrent vers le chasseur. Le lieutenant Hobson l’interrogeait du regard.
Sabine montra dans l’est une sorte de vapeur blanche qui pointait à l'horizon, Chacun regarda sans oser prononcer une parole. Tous virent ce
vavire dont la siiïouette s’accentuait de plus en plus. Personne n'osa pro 4 noncer une parole ! ; É C'était bien un bâtiment, un baleinier sans doute. On ne pouvait s'y tromper, et, au bout d’une heure, sa carène était visible. Malheureusement, ce navire apparaissait dans l’est, c’est-à-dire4 l'opposé du point où le radeau entrainé avait dû se diriger. Ce baleinïer, le hasard seul l’envoyait dans ces parages, et, puisqu'il n'avait point éommu- ‘* niqué avec le radeau, on ne pouvait admettre qu'il fût à la recherche des naufragés, ni qu’il soupçonnât leur présence. Maintenant, ce navire apercevrait-il l’ilot, peu éle-é au-dessus de la surface de la mer? Sa direction l'en rapprocherait-il? Distinguerait-il les signaux qui lui seraient faits ? En piein jour, et nar ce beausoleil, c'était pen probable! La nuit, en brülant les quelques planches du logement, on
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aurait pu entretenir un feu visible à une grande distance, Mais le navire n’aurait-il pas disparu avant l’arrivée de la nuit? En tout cas, des signaux furent faits, des coups dé feu furent tirés.
Cependant, cé navire s’approchait! On reconnaiscait en ce bâtiment un
long-trois-mâts, évidemment un baleirier de New-Arkhangel, qui, après :
avoir doublé la presqu'ile d’Alasks, se dirigeait vers le détroit de Bebring. Il ‘était au vent de lilot, et, tribord amure, sous ses basses voiles, ses huniers et ses porroquets, il s'élevait vers le nord. Un marin eût reconnu à son orientation que ce navire ne laissait pas porter sur l'ilot, Mais peut-être l’apercevrait-il ?
« S'il l’aperçoit, mnrmura le lieutenant Hobson à l'oreille du sergent Long, s’il l’aperçoit, il s’enfuira au contraire ! »
Jasper Hobson avait raison de parler ainsi. Les navires ne redoutent rien tant, dans ces parages, que l’approche des icebergs et des îles de glace! Ce sont des Ccieils errants contre lesquels ils craignent de se briser, surtout pendant la nuit. Auss' se hâtent-ils de changer leur direction, dès qu'ils les aperçoivent.
Ce navire n’agirait-il pas ainsi, dès qu’il aurait connaissance de l’iloi? C'était probable.
Par quelles alternatives d'espoir et de désespoir les naufragés passèrent, cela ne saurait se peindre, Jusqu’à deux heu du soir, ils purent croire que la Providence prenait enfin pitié d’eux, que le secours leur arrivait, que le salut était là! Le navire s'était toujours approché par une ligne oblique. Il'n'étsit pas à six milles de l'ilot, On multiplia les signaux, on tira des coups de fusil, on produisit même une grosse fumée en brûlant quelques planches du logement.
Ce fut en vain. Ou le bâtiment ne vit rien, ou il se hâta de fuir l'iiot dès qu'il l’aperqut.
A Geux heures et demie, il lofait légèrement et s'éloignait dans le nordest.
Une heure apres, il n'apparaissait plus que comme une vapeur blanche, et bientôt il avait entièrement disparu.
Un des soldats, Kellet, poussa alors des rires extravagants. Puis il se roule sur le sol. On dut croire qu’il devenait fou.
Mrs. Pauline Barnett avait regardé Madge, bien en ‘ace, comme pour lui démander si elle espérait encore !
Madge avait détourné la tête !.
Le soir de ce jour néfuste, un craquent se fit entendre. C'était toute la plus grande partie de l’ilot qui se détachait et s’abimait dans la mer. Des cris terrib,+s d'animaux éciatèrent dans l'ombre, L’ilot était réduit à cette
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pointe qui s’étendsit depuis l'emplacement de la maison engloutie jusqü'an cap Bathurst !
Ce n’était plus qu’un glaçon !