‹ Le peintre Adrien Guignet: sa vie et son œuvreChapitre 23 sur 62 · M. le marquis L.'de Folin, commandant du port de Bayonne · texte numérisé non relu

M. le marquis L.'de Folin, commandant du port de Bayonne

magnifique portrait de Louis-Philippe en manteau royal, le seul qui ait jamais été fait en ce costume; il devait être acheté» on commençait à s'habituer à cette représentation royale, mais la Révolution de février vint couper court aux négociations. » , Arrivé à Autun en même temps que son frère, Adrien fut accueilli par ses amis avec les félicitations que méritaient ses œuvres récentes. Le temps se partagea comme d'habitude entre le travail, les longues promenades dans les bois, la recherche de bribes de marbre ou de poteries à travers les champs, les brocantages d'armes antiques, etc. Un charmant petit panneau représentant un paysage d'Orient S effet de soleil couchant, devint l'objet d'un ces échanges. Ce séjour du peintre fut marqué par une négociation dans laquelle il avait apporté un sentiment aussi délicat que dans les circonstances mentionnées plus haut, et dont l'issue fut d'autant plus blessante que la réputation de l'artiste devait le mettre à l'abri.

Le désintéressement qu'il avait montré au sujet du Xeroès ne lui avait pas réussi avec l'Etat, il ne réussit pas davantage avec la ville d'Autun à laquelle il venait de donner une marque si généreuse do prédilection. Son empressement à revoir notre pays devait être cette fois mal payé de retour.

Le musée de la ville, grâce à une revendication motivée sur les liens d'origine de Ouignet avec Autun, avait obtenu la principale toile de son exposition de 1844, la Mêlée. 6ette œuvre capitale, dont la composition dramatique et la couleur vigoureuse avaient enlevé tous les suffrages, était un des titres du peintre. Dans cette sombre extermination sur laquelle pèse un ciel de plomb obscurci par la poussière du combat et les nuées d'un crépuscule sinistre, le génie de Guignet s'était haussé à l'égal des plus grands peintres de batailles. A la même exposition avait figuré comme on sait le Salvator, non moins remarqué et dans les mêmes gammes do couleur. Quoique possesseurs de la Mêlée, quelques Autunois voyaient

i. Appartient à M. Jean Roidot, architecte.

avec peine le Salvador lear échapper. L'un d'eux ayant appris que le tableau n'était pas vendu entra en pourparlers avec Tauteur pour aviser aux moyens de le faire acheter par l'Etat et donner au musée d'Autun qui, chaque année, recevait régulièrement un don sur la demande du député. Guignet parut flatté de cette démarche et répondit qu'il ferait tous les sacrifices pour faciliter la réussite. Le gouvernement n'achetant jamais de toiles qu'à Texposition de Tannée courante, Adrien qui venait d'exposer VOrgie de oondottières^ conseilla de faire demander ce tableau par la ville en annonçant que pour cette destination il le céderait, quelque minime que dût être l'offre du ministère, et qu'ensuite il l'échangerait contre le Salvator resté dans son atelier. L'intermédiaire triomphant s'empressa d'informer de cette bonne aubaine le maire qui au premier abord accueillit avec faveur la proposition. Mais la nuit porte conseil. L' architecte- voyer P..., autorité émérite aux yeux du maire, déclara que • Guignet peignait avec du jus de chique (nous demandons pardon de l'expression) et qu'il était loin d'avoir le talent que lui prêtaient quelques fanatiques. » Le secrétaire de la mairie P... jugea en dernier ressort que le tableau était trop petit et qu'il fallait quelque chose de grand ^ En présence de ces deux piliers administratifs, le maire devait naturellement s'incliner ; il refusa loffre de l'artiste.

On* doit croire que le secrétaire mentionna dans la demande

à l'Etat la profonde observation qu'il avait émise, et qu'elle fut jugée à sa mesure, car le musée reçut dlabord une devanture conforme à ses préférences, une toile sans pareille, la Mort de CUopdtre ^. Justice était faite, mais l'Etat s'en est souvenu et en a envoyé d'autres dont la grandeur dépasse les

bornes des salles. Guignet rentrait sur ces entrefaites à

Autun. Son malheureux commettant ne savait comment s'y

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