ht Chivaliir errant et Don Quichotte faisant le fou
attachés à oe talent sympathique et sans fracas, et avaient, d'année en année, formé de ses ouvrages des collections d'un ordre tout intime. Jaloux de leur trésor, ils Tont conservé avec scrupule loin des yeux de la foule, sans en détacher un fleuron. Cette constance explique seule la rareté des tableaux de Guignet dans les salles de vente, et, à ce point de vue, la vulgarisation de ces mêmes œuvres y a perdu. Restées entre les mains des premiers détenteurs, elles ont en quelque sorte disparu de la scène des arts sans prendre cours au marché ; aussi est-il difficile aujourdliui de retrouver la trace nonseulement des toiles isolées du peintre, mais de celles même qui appartiennent à des collections plus ou moins considérables, où elles restent d'autant plus inconnues que les possesseurs y tiennent davantage. Le caractère des compositions de Guignet n'admet pas, du reste, un succès de vogue populaire. Faibles de dimension presque toutes, d'un sentiment trop élevé ou trop idéal pour saisir au passage l'œil vulgaire, on ne compte point parmi elles de ces œuvres acclamées qui s'imposent, à tort ou à raison dans certains salons, et qui créent d'un seul coup un nom à leur auteur.
La pénurie de renseignements rendra donc notre relevé fatalement incomplet. Nous enregistrerons avec sollicitude le petit nombre d'œuvres que la bienveillance de ceux qui les possèdent nous a permis de connaître. L'avenir seul permettra d'en augmenter le catalogue.
On a vu précédemment qu'à la mort d'Adrien, Mouilleron s'était mis en quête pour recueillir chez les marchands et partout où il put les rencontrer les œuvres éparses de son ami. Ces recherches faites en temps utile lui ont procuré une série des plus intéressantes : toiles, panneaux, crayons, fusains, ébauches de toute nature, qui permettent d'étudier les façons de faire, les procédés, les étapes qu'a parcourues le génie fécond et inventif de Guignet. On peut placer en première ligne le sujet égyptien dont la couleur locale avait fait illusion à l'explorateur Prisse d'Avenues, à son retour d'Orient.
Mouilleron 8*était prêté avec bonne grâce à partager cette collection avec Louis Ouignet qui, à la même époque, s'empressa de rechercher ce qui restait des œuvres de son frère. Ce précieux héritage est aujourd'hui aux mains de M*"* Maglin, sa fille, nièce d'Adrien ^ Il se compose de quatorze peintures des plus remarquables et de quatre fusains d'un excellent choix, qui seront décrits en leur lieu.
Un autre parent de Quignet, M. Faipoux ^, à Versailles, a conservé de lui six toiles ou panneaux ; M. Ronod, de Châtillon-sur-Seine, ancien ami de l'artiste, plusieurs panneaux ou dessins. Malgré des recherches actives, beaucoup d'autres noms nous font défaut. Grâce à une obligeante communication nous pouvons signaler encore la collection de M. N. Moreau, à Paris ^, qui renfermé huit charmants tableaux d'Adrien. Cette anthologie artistique, étincelante de lumière et de génie, se compose d'abord de six petits poëmes, réunis par son père, M. Ad. Moreau, qui ouvrent chacun à l'esprit des perspectives différentes. L'œil en les étudiant se sent entraîné au sein d'une nature vraie en même temps qu'imaginaire, dans un monde où tout vit et respire, mais où la vie prend des formes et des aspects que la réalité n'offre pas et qu'elle devrait emprunter pour s'embellir. En ne jugeant ce choix exquis de petits chefs-d'œuvre que par les belles lithographies qu'on a fait exécuter M. Ad. Moreau, pour les offrir à des amis, on saisit sans travail tout ce que le talent de l'artiste renfermait de pur, de distingué, de fantaisie idéale.
Le cabinet de M. BuUiot, à Autun, comprend dix-sept œuvres, dont quatorze peintures et quatre dessins. Plusieurs de ces panneaux ont été peints sur place, durant les voyages de vacances que Guignet faisait presque annuellement dans cette ville; d'autres ont été donnés ou échangés par lui pour des médailles et objets d'archéologie, ou acquis au dehors.