‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 2 sur 157 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'étude sur la \ie et les œuvres du peintre Ayed que nous soumettons aujourd'hui au public ne serait pas, nous semhle-t-il, complète, si nous ne disions ici quelques mots sur le but que nous avons poursuivi en préparant et en publiant ce travail, sur les moyens qui nous ont servi à le faire.

Les raisons que nous avons eues de l'entreprendre sont, d'abord, le goût qui nous a toujours poussé vers l'étude de l'art français, au dix-huitième siècle surtout, et aussi le désir que nous avons de servir cet art en éclairant les points moins connus de son histoire.

La figure du peintre Aved, telle qu'un curieux de l'histoire de l'art pouvait l'apercevoir, était attirante. Nous avions relevé au passage, dans les biographies de Chardin, les preuves de son amitié pour ce peintre. Celles de ses œuvres que montraient les musées : les portraits de CaT^es et de Mirabeau au Louvre, ceux de J.-B. B^usseau et de Saïd-Pacha à Versailles, celui de Madame Croisât à Montpellier, prouvaient les qualités de l'artiste, la variété de son talent. Le hasard d'expositions, de visites aux collections particulières.

de yentes publiques, nous faisaient admirer des œuvres plus belles encore : les portraits de La Porte du Theil, de l'abbé Capperonnier , de Madame de Sainte- Maure, pour ne citer que ceux-là.

Nous voulûmes connaître la yie, l'œuvre de l'artiste. Mais, dès lors, les difficultés commencèrent. Une biographie souvent obscure, reflet d'une vie sans grand éclat, et, par suite, une œuvre où les erreurs d' attribution, de date, d'interprétation abondaient, nous avions là bien des recherches à faire.

Ce n'est pas que nous ne sachions la valeur de l'œuvre de ceux qui nous ont précédé en ce sujet. Tout notre livre montre combien ils nous ont servi. Les travaux déjà anciens d'Arthur Dinaux, les notes pénétrantes des Concourt, l'article resté inédit de Paul MantT^, les solides études de MM. Tourneux, Charles Cournault, Dorbec, Joubin, les notes de M. de Fourcaud, que nous a communiquées M. Abel Cournault, ont fait beaucoup mieux que de nous indiquer le chemin.

Mais les résultats obtenus ainsi étaient fragmentaires. Aucune œuvre d ensemble sur Aved qui le mît à la place que nous lui croyons due, parmi ses contemporains et dans l'histoire de l'art français. Il nous restait à réunir tout ce qu'on savait sur lui à tout ce que nos recherches nous apprendraient, et à éclairer son œuvre par l'étude de l'art de son temps.

Le plaisir que procurent au chercheur les menues découvertes qu'il fait nous ont d'abord récompensé. Mieux encore, le plaisir que nous éprouvions à retrouver, à admirer les œuvres éparses d'Aved. Enfn, la personnalité même du portraitiste, à mesure que nous la découvrions mieux, nous attachait davantage à lui. Certes, sa fgure se dérobe un peu derrière son œuvre, mais, pourtant, on peut en saisir les traits principaux.

Quel dommage qu'une telle étude n'ait pas tenté les Concourt! Ces artistes, ces collectionneurs, ces écrivains eussent aimé et rendu à merveille la physionomie d'un homme dont tant de goûts communs les rapprochaient.

Avec quel art ils auraient opposé, en diptyque, le beau jeune homme aux grands yeux un peu naïfs, débarquant de Hollande pour conquérir Paris, et, vingt ans après, le riche bourgeois frotté aux princes et au grand monde, s alliant à d'anciennes familles et faisant souche de gentilshommes!

Comme ils nous auraient montré le brave homme que fut A\ed, l'ami généreux et dévoué, le maître affectueux dont les lettres un peu emphatiques et dépourvues d'orthographe peignent si bien l'âme honnête/

Avec quel plaisir ils nous auraient parlé du collectionneur, du voyageur infatigable, courant l'Europe à la poursuite des œuvres d'art que, de retour che2^ lui, il dispose autour de lui, de cette collection chérie qu'il appelait sa « bibliothèque » / Avec quelle sûreté, enfin, ils auraient célébré, en termes dignes de lui, son œuvre, son rôle dans l'évolution du portrait français.

Nous ne pouvions songer à entreprendre une telle tâche : il faut beaucoup de talent pour dire des choses neuves et instructives sur un artiste, même quand on le connaît à fond. Craignant le verbiage facile, nous nous en sommes tenu à la besogne plus modeste que nous nous étions assignée : servir l'histoire de l'art.

Nous nous sommes astreint aux devoirs stricts imposés par cette science. Si son objet est de faire connaître les œuvres du passé, sa méthode est toute tracée : montrer aux lecteurs les œuvres d'art, exposer les faits et les textes qui les éclairent et permettent de les mieux comprendre.

Ainsi nous nous sommes efforcé d'éviter la critique admirative; nous avons voulu faire apprécier Aved par des raisons solides. Nous avons beaucoup regardé, étudié ses œuvres, nous avons cherché avec patience les documents qui parlaient d'elles. Sans doute notre ouvrage ne paraîtra-t-il pas aussi plaisant que bien des livres d'autrefois. Puisse-t-il du moins être utile à ses lecteurs/ C'est notre seule ambition.

VX^ffi.

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