Grimm, Correspondance, 24 août 1750, t. I, p
de portraits avait suscité tant de portraitistes médiocres que les expositions en étaient encombrées. D'autre part, le nouveau directeur des Bâtiments, Lenormant de Tournehem, se montrait résolu à réveiller l'activité des arts en France. Il réformait l'enseignement de l'Académie, créait, en 1748, l'Ecole des Elèves Protégés, réorganisait les Salons. La « grande peinture » ou peinture d'histoire était remise en honneur grâce aux travaux des Boucher, des Lagrenée, des Natoire, des Van Loo, des Halle, des Vien '. Enfin, le public semblait désirer un art qui parlât à ses sens, à son imagination. On a vu plus haut ce que demandaient à Aved Lafont de Saint-Yennc et Grimm. Tout le monde le demandera bientôt avec Diderot. Greuze commence d'exposer en 1735 ^ et, vers 1760, la vogue sera passée tout entière à la peinture sentimentale ^.
Aved sentait-il tout cela ? Des critiques comme celles que nous avons citées étaient bien faites pour le lui faire comprendre. En somme, la situation enviable qu'il s'était créée dépendait exclusivement de la faveur du public, qui est chose extrêmement instable. C'est peut-être au sentiment qu'en avait notre artiste que sont dus les efforts que nous lui verrons renouveler pour obtenir un titre officiel, qui aurait assuré définitivement sa situation. Ses premières tentatives en ce genre n'avaient pas réussi en France, nous l'avons vu. Mais il avait d'autres ressources : un pays étranger pouvait lui offrir des chances nouvelles. C'était là, sans doute, la principale raison du voyage qu'Aved allait faire en Hollande.
1. LtMre-Jourtidl de Ld^jrc Duvaux, éd. Courajod, t. I, Introduction, chap. III; COURAJOD 1 Louis), L'Ecole royale des élèye$ protégés p. 25 et 93 à 93 ; LOCQUIN (J.i, La peinture d'histoire en France..., p. 5-1 1 et passim.