‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 63 sur 157 · Jilmanachs royaux · texte numérisé non relu

Jilmanachs royaux

nait encore une récompense qui ne pouvait satisfaire que son amour-propre. Nous avons vu combien il désirait avoir une position officielle, comment, par deux fois, il avait échoué dans ses efforts pour l'obtenir, en France et à l'étranger. Une distinction pouvait rapprocher sa situation de celle d'artistes mieux en Cour. Aussi le voyons-nous solliciter à nouveau ce logement au Louvre, qu'autrefois la protection de Bachelier n'avait pas réussi à lui faire obtenir, et une pension du roi. M. de Vandières, directeur des Bâtiments, n'ignorait pas les droits d'Aved à la faveur royale. Il lui avait proposé une gratification que l'artiste refusa. Cazes vint à mourir, Aved saisit aussitôt l'occasion de rappeler sa carrière, ses services et d'exposer ce qu'il désirait : « La mort de M. Cazes, ancien recteur et chancelier de l'Académie, écrivait-il à Vandières, laisse une pension vacante. Voilà le temps. Monsieur, où j'ay recours à toutes les bontés dont vous avés bien voulu m'honorer. Il y auroit-il trop de hardiesse à présumer que plusieurs raisons m'authorisent à y prétendre ? Il y a vingt-deux ans que j'ay l'honneur d'être de l'Académie ; j'ay travaillé un temps considérable, dépensé beaucoup d'argent, fait enfin plusieurs ouvrages par l'ordre et pour le service de Sa Majesté, sans en avoir été récompensé. Elle m'avoit fait la grâce de me promettre de sa bouche royale une gratification pour le portrait de M. l'ambassadeur turc que j'eus l'honneur de luy présenter, et qui est actuellement placé à Choisy, mais le départ de Sa Majesté pour l'armée en empêcha l'exécution. Vous eûtes vous-même, Monsieur, la bonté de me proposer une gratification dans un entretien que j'eus l'honneur d'avoir avec vous il y a quelque temps, et, sur ce que je pris la liberté de vous représenter que l'honneur d'estre pensionnaire de Sa Majesté me flatteroit davantage — vous veniés pour lors d'annoncer à quelques-uns de mes confrères les bienfaits de Sa Majesté, — vous me fîtes la grâce de me répondre qu'il falloit attendre un temps favorable pour cela. Ce mojnent ne seroit-il pas venu, Monsieur? Quelle reconnaissance n'en aurois-je pas, si vous daigniés m'en instruire '. »

I. Lettre d'Avcd, en date du i" juillet 1754. Pièce justificative I, n* i).

La réponse du Directeur, que nous n'avons pu retrouver, dut être négative et annoncer à Aved que la pension qu'il désirait avait été accordée à quelque confrère mieux désigné que lui sinon par son talent, tout au moins par son âge, sa situation de fortune ou ses relations. La même réponse fut, sans doute, faite à une demande semblable, adressée au directeur des Bâtiments le six mai 1755'.

Les motifs de se consoler ne manquaient pas à notre peintre. Il avait sa famille, ses amis, l'Académie dont il était devenu un des membres les plus assidus, sa maison de campagne, ses collections dont, bientôt, il devait s'occuper presque exclusivement '. Enfin et surtout il avait le travail.

Aved continuait d'exposer régulièrement au Salon. A celui de 1755 il envoya quatre portraits : Anne-René de La Roche de Fontenille, évêque de Meaux, premier aumônier de Madame Adélaïde de France ', Jacques d'Harcourt, marquis d'Olonde "♦, enfin deux personnages anonymes ^ le dernier représenté dans son cabinet, un papier à la main ^.

Ce dernier tableau est peut-être celui qui a circulé sous le nom de . « portrait de M. Roques » ^ En ce cas, il serait tout ce que nous connaissons de l'envoi d'Aved en 1755. Or, malheureusement, cette année-là, les critiques sont rares et succincts et se plaignent de l'envahissement des expositions par les portraits ^. Seul, le Mercure de France nous apprend qu'on a trouvé « l'ordonnance et la composition du portrait de M. l'Evêque de Meaux noble

Page 1