‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 71 sur 157 · Voir plus haut, p. 8y · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p. 8y

la carrière des Arts; mais il n'est pas le seul qui en soit digne, et tous les sujets sur qui vous les avez versées ne l'étoient pas moins. Quand on supposeroit que leur mérite n'eut toujours été qu'égal, ils paroissent en avoir un plus grand besoin et avoir fait plus de sacrifices à leur art, ce seul grain dans le cas d'équilibre suffisoit pour emporter la balance. M. Aved est le plus accomodé, quant à la fortune, d'entre ses confrères ; il a su joindre un commerce honnête avec celui de ses talents, en quoy il n'est point blâmable, mais c'est ce qui le fait regarder comme n'ayant pas le même besoin des grâces du Roy. On ne peut lui exposer cette raison, qu'il croiroit détruire en déclarant qu'il ne désire ces pensions qu'en ce qu'elles ont d'honorifique; mais il n'est pas moins vray que les autres méritoient de même d'être honorés, plusieurs même ayant plus de célébrité que lui, et que c'étoit un secours qui leur paroissoit leur être plus utile.

« Cependant, il mérite de n'être point négligé. L'occasion de distribuer une de ces pensions semble n'être par éloignée, M. le Clerc paraissant proche de sa fin '. J'auray l'honneur alors de vous exposer les raisons qui militent pour lui et celles qui parlent en faveur de ses concurrens.

« Quant à ce qu'il a eu le malheur de faire des ouvrages pour le Roy qui n'ont point été payés, c'est sans doute une chose fâcheuse et à laquelle les gens d'art ne sont que trop sujets, lorsque, n'étant pas instruits, Us se trouvent présentés à la Cour par des personnes qui n'ont pas cnsuittc le pouvoir de les faire payer. Je crois que c'est le cas de M. Aved. Cependant le portrait de l'ambassadeur turc étant une chose existante, s'il vous plaist de lui faire ce bien, vous pouvés le lui passer en compte et le faire déposer au cabinet du Roy. Ce seroit une chose de grâce de votre part, quoyque de justice de celle du Roy, car il ne paroist point que ce tableau ait été fait pour les Bâtiments du Roy... '. »

I. Il mourut en cfFet le 39 juin 1763. Voir plus bas, p. 109. a. Pièce justificative I, n" 34.

I04 LE PEINTRE AVED

Voici donc, constaté par un témoignage quasi-officiel, une partie de l'existence d'Aved qui, bien qu'importante, n'est mentionnée, ni par la Notice qui précède le catalogue de sa vente, ni par l'article de Castillon dans \c Nécrologe. Seul Grimm nous parle du commerce auquel se livrait l'artiste : « Aved, dit-il en avril 1766, aimoit plus le métier de brocanteur que celui de peintre. Il connaissoit bien les vieux tableaux et il savoit en faire le trafic d'une manière fort avantageuse pour lui '. » Les documents, nous le verrons, confirment ces assertions.

Tout d'abord, par goût, Aved était amateur et collectionneur. Ses premiers biographes nous apprennent que ce fut dès le jeune âge qu'il s'intéressa d'abord aux gravures, puis aux tableaux anciens ^ Nous avons déjà rappelé, d'après eux, qu'avant de venir à Paris, il circula dans les Pays-Bas, regardant surtout les œuvres d'art. Nous connaissons au moins trois des voyages qu'il fit depuis en ce pays, le premier en 1738, pendant lequel il peignit Rousseau, les autres en 1751 et 1752, pour faire le portrait du Stathouder K Comme ces voyages n'ont pas duré longtemps, il faut penser qu'il en fit d'autres, car, nous dit Castillon, « il n'y avoit pas de cabinet en France, en Hollande et en Flandre, qu'il n'eut vu, point de peintre un peu célèbre dont il ne connut la manière » 1

Si nous en croyons un autre témoignage, ses facultés secondaient ses goûts. « Sa mémoire étoit telle, nous apprend-il, que ce qu'il avoit vu une fois il ne l'oublioit jamais ^ »

Aussi ses collections furent-elles importantes, par le nombre et la qualité des œuvres qu'elles réunissaient. Il y avait consacré tout son patrimoine et celui de sa femme. C'est qu'il faisait d'un seul coup de grosses acquisitions. Il achetait en bloc, en Hollande, le cabinet Scholt ^' et, à la vente du comte

Page 1