J.-A.-]. Aved à J.-B. Rousseau
15 juin 1739.
Mon cher amy,
Permetté-moy de me servir de ce terme; vous avés bien raison de croire que je suis ny capable de vous oublier, ny insensible au marque d’amitiés que vous me donné; le petit plaisir que je vous et fait ne méritte pas une éloge aussy flateur. Voylà ce que c’est que d’aubliger un vraye amy, le peut que l’on fait luy paroît d’un grand prix. Je vais vous parler à cœur ouvert, et, sans compliment, je vous diray que jamais rien ne m'a tant flaté que de vous avoir conue et de vous avoir eu chés [moi] [un mot déchiré] et, sy vous aviés des veü et que vous voulussiés encore me faire cette honneur, j'en serés comblé; vous me rendés assé de justice pour croire que je parle vraie. C’est une des plus grande aubligation que j'aie à M. le comte du Luc de m'avoir procuré votre connoissance. Le sonnet que vous avés eu la bonté de m’adressé me met dans un très grand embaras ; je vouderés merriter toutes les louange que vous me donnés et que l’on pus m'y reconoître. Un homme tel que vous ne se méprand pas ; il faut donc que je ne démante pas l’idée que vous voulés bien donné de moy; du côté du cœur j'en suis sûr, mais mes autres talens sont bien foible et vous m'encouragé à faire un éfort que peut estre sens vous je n’aurés pas fait. Je vous auray encore cette aubligation que je n’oubliray jamais. Je vais vous rendre raison de mon [retard?] [un mot déchiré]. Vous savés que j'ay des livres à vous envoier; j'avés veu M. Roy, qui me dit de ne me pas presser, qu'il fesoit copier de ces ouvrages qui ne sont point imprimé et qu'il seret charmé de vous les faire voir. C’est ce qui est cause de mon retardement. Je vous assure qu’à l'avenir rien ne pourra m'enpêcher de m'informer de vos nouvelle plus souvent. M. Hardion est venus voir votre porteret et celuy de M. Racine, qui est finy, dont il m'a paru fort content. Il est bien fâché de ce que vous n’avés pas esté à Versaille chés luy ; vous y auriés esté en surté, et il étoit à porté de vous rendre beaucoup de service; il vous aime beaucoup. M. Titon du Tillet est venu me voir. Il m'a fait mil amitiés et m’a fort priés d’aller chés luy. Je seray charmé de conserver une pareille connoissance ; depuis que j’ay eu l'avantage de vous avoir chés moy, Messieurs les gens de lettres me font mil amités et me demande avidement de vos nouvelle. Je croiés n’estre pas connu du vielle Autreau ‘ ; il courut l’autre jour après moy et me dit : « Est-il vray, Monsieur, que vous avés eu chés vous M. Rousseau? » Je luy dit que ouy, que j’avés eu cette honneur. Il me dit : « Ha! que j'aurés esté le saluer avec grand plaisir! >» Tous nos amis comun, MM. d'Ormançay, l'abbé Junot, Poisson et Magnac vous sont aubligé de votre souvenir, et ma femme, qui vous aime tendrement. Il ne ce passe aucun jour que nous ne parlions de vous ensemble. Ma belle-sœur a manqué de mourir. Elle tomba malade le jour de la Pentecotte; elle a esté seigné sept fois en quatre jour. C’étoit une
1. Jacques Autreau, peintre et auteur dramatique (1657-1745).
fluction dans la teste ; on craignet que cela ne tomba sur la poiterine ; elle est convalesante ; elle vous embrasse de tout son cœur aussy bien que mes enfens. Votre amy Antoine fait toujour des progrès et Mlle Bouchot | ?]. Il y a quelque tems que je n° ay esté à Bagneux. Je ne say point du tout que M. de Nelle doit aller à Spaa. Je doit aller le voir dans ue) jour avec M. Roy, qui doit venir me prendre. J' ay esté à Savigny, il ÿ a trois jours, pour faire des grand tableau. J ay veu M. le comte du Luc; je luy est peut parlé. J'y et resté très peut. Ficot est plus de vos amis que vous ne pencé. Il me dit qu’il seret charmeé sy il étoit libre de vous offrir sa mason et de passer ces jours avec vous. Je seray toujour des amis de ceux qui penceront bien de vous. Je suis persuadés que Parmentier à toujours de grans soins de vous. Soiés sûr que je suis votre très humble serviteur, amy à tout entreprendre.
Aved.
Ce 15 juin 1730.
Publiée dans les « Archives de l'Art français », 1907, p. 10-13, d’après l'autographe communiqué par M. Cottenet.