J.-A.-]. Aved à J.-B. Rousseau
12 novembre 1739.
Ne prenés pas de mauvaise part, mon cher amy, sy j'ay esté sy long tems sens vous écrire et vous remercier d’un livre que l’on m’a aporté de votre part. Je suis sensible autent que l’on le peut être de ces marque de votre souvenir. Je ne say sy vous savés que Monsieur le marquis de Nelle vient d’estre exillé à Caën. Il m’a chargé en partant de vous écrire de sa part et de vous assuré qu’il étoit et serat toujours votre amy, et qu’il vous écrira quand il sera un peut plus tranquil, quoyque personne ne ce soit aperçue qu’il lue perdüe, je croy, à mon avis, que l’on en soufre un peut davantage !. On ne dit point d’autre raison dans le monde qui et aucasioné cela q'un mémoire qu’il a fait paroitre, où il ne ménage pas les terme au sujet de ceux qui sont à la teste de la direction de ces biens. Ainsy, dès que l’on le punit de parler sy clairement, il faut donc que ces Messieurs luy rende conte de ces affères. Voilà ce que l’on pence. Vous savés sens doute le mariage de Monseur de Vintimille avec Mademoiselle de Nelle. Le Roy luy a donné deux cent mil frans et au père ce que [manque un mot] vient de vous dire. M". et Madame Duplaix ne sont point encore arivés; il y a une bonne rason, c’est que Madame Duplaix vient de faire une fausse couche à une terre qu’ils ont auprès de Soisson, On me l’a dit or de denger. J'ay veu M'. Baudoin, qui m'a dict des nouvelle de votre senté. Je suis bien fâchés que vous vous sentiés toujour de votre voyage de Paris; il m'a dit que vous contiés que votre graveure étoit bien taut faite ; cela ne poura estre que les premier mois de l’anné prochaine. J'ay veu hier le graveur ; il m'a dit qu’il ne le quiteret pas qu'il ne fut fait. Je peut vous assurer que vou le saurés le premier. Tout nos amis vous font mil tendre compliment ; il s’informe exactement de vos nouvelle. M'. et Mde Arlon, ma femme et mes enfans vous font mil amitiés et vous embrasse de tout leurs cœurs. Pour moy, mon cher amy, soiés persuadé de l’atachement inviolable avec lequelle je seray toute ma vie votre très heumble et très aubéisant serviter. Votre amy Ficot vous embrasse.
Aved.
Ce 12 novembre 1739.
[Adresse :| Monsieur, —— Monsieur Rousseau, — à la vielle Cour, à Brusseille, — à Brusselle.
Cachet sur cire rouge reproduisant le portrait de la reine Marie Leckzinska. — Lettre originale d’Aved,
publiée dans les « Archives de l'Art français », 1907, p. 14-16, et aujourd'hui en la possession de M. Abel Cournault, qui 4 bien voulu nous autoriser à la reproduire en fac-simile.