‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 14 sur 166 · Catalogue, n · texte numérisé non relu

Catalogue, n

3. Sur les relations du comte du Luc et du marquis de Nesle avec ].-B. Rousseau et Aved, voir la fin du présent chapitre et la correspondance d’Aved, Pièce justificative I, n° 2 à 10.

4. Jean-Baptiste Rousseau, né à Paris en 1671, le poète et auteur dramatique connu. Ses poésies lyriques, ses odes surtout, lui valurent une gloire qui dura jusqu'au début du xix° siècle. Il est, depuis, si bien tombé dans l'oubli, qu’il n’existe de lui aucune bonne biographie récente. Vers 1760 encore, on appelait le poète « le grand Rousseau » pour le distinguer de Jean-Jacques Rousseau.

geait à discuter son génie lyrique et, malgré une si longue absence, il avait conservé en France de nombreuses amitiés.

En 1716, déjà. alors qu'il résidait à Vienne, il avait voulu, à la demande de son ami Brossette, se faire peindre. On ne sait si l'œuvre de l'artiste qu'il avait choisi, et qui doit être Van Schuppen ', a été exécutée et si elle a subsisté. En 1737, Boutet de Monthéri, puis Titon du Tillet* lui gravé et inséré dans un recueil d'Odieuvre : « l'Europe illustre »°. Le vingt-

adressaient la même requête. Il s'agissait d'un portrait destiné à être

quatre août, Rousseau, qui habitait alors Bruxelles, annonçait que, quinze jours plus tard, il enverrait à Paris le portrait demande, qu’il venait de faire exécuter. Ce ne peut être que celui qui figure dans l'ouvrage d'Odieuvre, gravé par G.-F. Schmidt d’après J.-B. Sauvage *.

Le poète était depuis longtemps en relations avec le comte du Luc. Celui-ci, ambassadeur du Roi auprès des Cantons suisses, lorsque Rousseau

avait dû quitter la France, l’avait reçu avec une amitié qu'il lui conserva

1. Rousseau dit que ce peintre « passe pour le plus habile de Vienne >», mais « qu’il est Fransais, fils de Flamand, et a même été reçu avec applaudissement à l'Académie de Paris. > ROUSSEAU (J.-B.), Lettres sur différents Sujets, CLÉ partie, p. 76 et 84.

2. Sur Boutet de Monthéri, voir plus bas, p. 48, note 4. Sur Titon du Tillet, capitaine de dragons, maître d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, commissaire provincial des guerres, voir surtout le Livre-Journal de

Lazare Duvaux, introduction de Courajod, p. CCCXXI-CCCXXIV.

3. Rousseau fait mention de ce portrait dans une lettre à Boutet de Monthéri, du 2 juillet 1737 : ROUSSEAU (J.-B.), Lettres sur différents sujets, t. I, 1° partie, p. 158, et dans une lettre à Titon du Tillet du 24 août 1737 : ROUSSEAU (J.-B.), Œuvres, éd. Amar, t. V, p. 521.

4. Il semble que ce portrait soit celui qui figura à la vente de la collection Despinoy et dont voici la notice, tirée du catalogue de cette vente : « Sauvage (J.-B.), vers 1661. NOM 77 HE NOn 80.0, Go: Rousseau (].-B.), à trente ans, assis dans un fauteuil vert, le bras gauche posé sur un bureau. En habit de satin rose broché de broderie d’or, entr'ouvert, laissant voir le jabot de la chemise et le petit collet noué par une faveur bleue. Draperie verte brodée d’or jetée sur l'épaule droite. Fond gris. » Catalogue Despinoy, 1850, p. 370. (La gravure exécutée par G.-F. Schmidt pour le recueil de Dreux du Radier et Odieuvre, quoique fragmentaire, est faite d’après ce tableau : « J.-P. Sauvage pinx. >) La toile fut adjugée, d’après une annotation au catalogue que nous venons de citer, pour 85 francs, à « M. Dubois ». Ce doit être celle qui se trouve actuellement au musée de Valenciennes et qui porte le n° 127 du catalogue de M. Jules Pillion. La notice indique qu'il a été acquis à la vente Despinoy. Mais les dimensions : 1* sur 0",80, sont assez différentes. De plus, ce catalogue fait une erreur d'attribution en donnant ce portrait à Piat-Joseph Sauvage qui, né à Tournay en 1744, n'aurait pu faire, d’après nature, le portrait du poète, lequel mourut cette année même, et qui, d’ailleurs, ne semble pas avoir fait de portraits. L'auteur du portrait est plutôt, comme le dit Bellier de La Chavignerie, Jean-Baptiste Sauvage. Je sais bien que, dans la gravure d'Odieuvre, le peintre a les initiales « J. P. >, mais cette différence peut s'expliquer par une erreur, soit d'Odieuvre, soit de Bellier. D'ailleurs, « J. P. » ne peut représenter « Piat-Joseph. »

LES PREMIERS PORTRAITS sn

toujours *. C'est M. du Luc qui fit connaitre Aved à Rousseau *. Faut-il croire également qu'il demanda au peintre de faire le portrait de l’exilé P S'il en était ainsi, ce portrait ne serait pas demeuré en la possession de l'artiste, comme nous le voyons par les lettres mêmes de celui-ci ?.

Titon du Tillet nous dit qu'Aved « avait été... à Bruxelle tirer son portrait »‘, ce qui semblerait indiquer que le peintre fit le voyage exprès pour cela. Mais Titon du Tillet est sujet à de légères inexactitudes. Rappelons-nous d’ailleurs qu'Aved, d’après tous ses biographes anciens, retourna souvent en Flandre où l'appelaient, outre ses relations de famille, ses goûts de collectionneur . Au cours d'un de ces voyages, il a bien pu, sur la recommandation de M. du Luc, se présenter à Rousseau et lui demander de le peindre.

La lecture de la correspondance de l'artiste avec son modèle, que nous analysons plus loin, ne laisse pas de doute sur l'identité du portrait de Rousseau peint en 1738 — c'est celui qui a été gravé par Daullé ° — ni sur la date à laquelle il à été peint. Commencé au moment où le poète relevait d’une attaque d’apoplexie 7, au début de 1738, il dut être terminé

à la fin du mois d'avril de cette année &.

1. Quand, à sa sortie de France, Rousseau s'était retiré à Soleure, le comte du Luc, prévenu en sa faveur par les lettres que de hauts personnages lui avaient adressées, l'avait logé chez lui et comblé de bontés. Rousseau, dès lors, lui avait dédié une de ses épitres :

Ministre né pour soutenir la gloire Du plus grand roi que vante notre histoire.

Quand, trois ans après, il avait été nommé ambassadeur à Vienne, il avait emmené Rousseau avec lui. C’est à Vienne que Rousseau connut les comtes de Sinzendorf et de Bonneval. Ce dernier le fit connaître au prince Eugène. SEGUY, Préface historique [aux œuvres de J.-B. Rousseau], PO

2. « C'est une des plus grande aubligation que j'aie à M. le comte du Luc de m'avoir procuré votre connoissance. >» Lettre d’Aved à Rousseau, en date du 15 juin 1730, Pièce justificative I, n° 6.

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