‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 2 sur 166 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ES origines familiales du peintre Jacques-André-Joseph Aved n'ont pas été, jusqu'ici, complètement éclaircies. La France d'autrefois n'était ni aussi stricte que nous en matière d’état-civil, ni, peut-être,

aussi curieuse. Ainsi s'explique l'ignorance relative où elle nous a laissés quant

à la famille de l'artiste dont nous commençons l'histoire.

Toutefois, tous les témoignages, nous le verrons, s'accordent à le faire naître à Douai. Cette vieille cité Aamande devrait entourer son souvenir du culte qu'elle consacre à ses autres enfants devenus célébres. Les historiens locaux sont d'accord pour mentionner, parmi les vertus douaisiennes, le goût des gloires locales ; Aved n’est certes pas la plus médiocre.

Avant lui, un artiste d’une renommée universelle aurait pu illustrer le pays où il était né. Mais le célèbre sculpteur Jean «de Bologne » a dû à ce nom autant qu'aux vicissitudes de sa carrière de passer généralement pour un Italien. Ni les

nombreux et habiles artisans du moyen âge, ni, au xvi siècle, le peintre

A LE PEINTRE AVED

Jean Bellegambe, ni, au xvin, l'architecte Lebrun n'ont atteint à la célébrité d'Aved. Son nom reste donc un des principaux titres de Douai à la gloire artistique. Nous espérons qu'un jour on y célébrera dignement sa mémoire.

Encore faut-il qu'il soit bien prouvé qu'Aved est né à Douai, que nous sachions à quelle date et, autant que possible, de quels parents. L'importance de ce point fera, nous l'espérons, excuser l'aridité des pages où nous tentons de l’établir. La rareté, la variété, les contradictions des témoignages que nous pouvons utiliser obligent à les critiquer, ce qui, pour n’être pas très plaisant

pour le lecteur, n’en est pas moins indispensable.

Les sources qui permettent de fixer la naissance et les premières années d’Aved sont au nombre de six. Ce sont d'abord deux actes authentiques : son contrat de mariage’, que nous avons retrouvé, et son acte de mariage, que nous connaissons par les extraits que Jal en a donnés *. Puis la Notice qui précède le Catalogue? de la vente de ses collections (1766), œuvre, d'après Mariette, de son fils *, et l'Eloge historique de Monsieur Aved publié en 1767 par Castillon, pour le MNécrologe des Hommes célèbres de France *. C'est, enfin, l'Abecedario de Mariette ‘. Ajoutons-y l'inscription gravée au bas du portrait d’Aved sous la direction de sa veuve 7

et une annotation marginale au procès-verbal de l'Académie royale pour

le jour où son décès y fut annoncé 5. Nous allons exposer les rensei-

gnements qu'elles nous donnent ?.

D'après tous ses biographes, Aved naquit le douze janvier 1702. Seule,

. Contrat en date du 2 août 1725. Voir la Pièce justificative II.

. JAL (A.), Dictionnaire, article Aved. L'acte a été détruit par l'incendie de l'Hôtel de Ville de Paris, en 1871. . RÉMY (Pierre), Catalogue raisonné. de feu M. Aved.

. MARIETTE, Abecedario, t. I, p. 41.

. Le Nécrologe des Hommes célèbres, année 1767, article Aved.

. MARIETTE, Abecedario, t. I, p. 41.

. Voir l’Appendice I : Les Portraits d'Aved et de sa femme.

. Procès-verbaux de l'Académie, tome VII, p. 324.

. Nous ne mentionnons que pour mémoire le livre du petit-fils du peintre, F.-S. AVED DE LOIZEROLLES,

La Mort de Loixerolles ou le Triomphe de l'amour paternel. Cet ouvrage donne sur le sujet les indications les plus vagues, comime on peut le voir par exemple, p. 149.

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la note marginale du procès-verbal de l'Académie le fait naître le onze. Mais cette annotation est peut-être postérieure ; peut-être aussi renferme-t-elle un lapsus. Enfin, les deux textes peuvent s’accorder : l’enfant, né le onze janvier 1709, aurait été baptisé le douze ; le fait était courant et la confusion facile.

Il naquit à Douai, d'après le Catalogue et d’après Castillon. Malheureusement, on na pas, Jusqu'ici, retrouvé son acte de baptème. Jal l’a cherché à Paris, parmi les pièces annexées à l'acte de mariage et signale qu'on l'a recherché avec soin, mais en vain, à Douai. Les recherches faites dans cette ville par M. de Fourcaud ' et par nous * n'ont pas été plus heureuses. Aussi, Jal a-t-1l pu supposer qu'Aved « naquit probablement à la campagne, près de Douai. Il y fut baptisé et ramené de là à la ville, où il fut élevé. Les seuls souvenirs qui lui restèrent furent celui de la date de sa naissance, et cet autre qu'il était enfant de Douai. »

Nous abordons un autre point difficile : le nom et la situation des parents de l'artiste. Dans son contrat comme dans son acte de mariage celui-ci porte le nom de « Jacques-André-Joseph Camelot » (ou « Camellot ») Aved. Mais, tandis que le contrat le déclare fils de « défunt Jean-Baptiste » et de « Marie-Marguerite Magotot », l'acte de mariage le fait naître « de feu Jacques et de Marie-Agnès Havet, à présent femme de Noël Isaac Bisson, demeurant à Amsterdam ».

A la lecture de l'acte de mariage, Jal avait cru que le nom du père d'Aved était Jacques Camelot, celui de sa mère — ensuite adopté par lui — Marie-Agnès Havet. S'il avait connu le contrat, peut-être eût-il hésité. En tout cas, à notre connaissance, Aved n'a prisle nom de « Camelot » qu'une fois dans sa vie, le jour de son mariage : il signa l'acte ].-A.-J. Camelot Aved.

Au contraire, il avait signé son contrat, }.-A.-]. Aved, et ne fut connu

1. Dans une lettre du 11 mai 1903 à M. Abel Cournault, M. de Fourcaud disait, parlant de cet acte de baptême : «Je compte aller le rechercher prochainement à Douai et aux Archives du département du Nord. » Une note postérieure de lui ajoute : « J'y suis allé ; j'y ai tout remué ; je n’ai rien trouvé. »

2. M. le chef de l’état-civil dela mairie de Douai nous écrivait encore récemment qu’il avait fouillé de nouveau les registres des six paroisses de Douai entre les années 1680 et 1725, tant au nomde Camelot qu’à celui d’Aved ou Havet. Ses recherches sont demeurées vaines.

désormais que sous ce dernier nom. Quant au nom de Camelot, celui d'une étoffe connue depuis le xin° siècle ‘, il n’a rien d’invraisemblable, puisque nous avons trouvé mention, aux archives de Douai, d'une autre personne qui le portait *. Pourquoi Aved l'a-tl porté, puis abandonné ? Il y a là un petit problème que l'absence ou la disparition des textes ne permet pas d’élucider. Rappelons-nous simplement que, au xvin siècle, les règles de l’état-civil étaient loin d’avoir leur rigidité actuelle, et renonçons à deviner les raisons de nécessité, de convenance ou d’euphonie qui ont pu le porter à modifier ou à abrèger son nom.

Le père d'Aved, d’après le Catalogue et d'après Castillon, était « docteur en médecine de la faculté de Louvain ». Pourtant l’Université de Louvain, qui a conservé la liste des docteurs sortis de sa faculté de médecine, n'a gardé aucune mention d'un « Havet », « Aved », « Camelot » ou « Camelot ». Il se peut, nous a écrit l’archiviste de l'Université, M. Jos. Wils, que le père d'Aved se soit établi comme médecin, étant licencié en médecine, car l’Université ne possède pas la liste de ses licenciés ?. D'après le contrat de mariage, c’est à Douai qu'il exerçait sa profession.

Aved était « encore dans la plus tendre enfance, nous dit le Catalogue, lorsqu'il perdit ses père et mère ». Castillon confirme le fait. Or l'acte de mariage vient de nous montrer, que, le vingt-quatre août 1725, la mère du peintre vivait encore, remariée à Amsterdam. = « Le beau-frère du jeune Aved, ajoute Castillon, capitaine dans les gardes hollandaises, l'avait pris chez lui à Amsterdam. Il avait pris soin de son éducation et le destinait au métier des armes ‘. » Nulle part ailleurs on

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