Voir plus haut. p
2. « Vous me faites un grand plaisir en m apprenant que M. Aved avance votre portrait et que M. Hardion a été content du mien. » Rousseau à Louis Racine, 28 juin 1739. Correspondance de J.-B. Rousseau et de Brossette, t. II, p. 274. — « M. Hardion est venu voir votre porteret et celui de M. Racine, qui est finy... » Aved àT. -B. Rousseau, 15 juin 1739. Pièce justificative I, n° 6.
Il est bien difficile de savoir ce qu'il pouvait être, car nous n'en possédons plus que des gravures médiocres et fragmentaires. Il semble au moins que, dans sa composition, Aved observa la simplicité qui convenait aux goûts, à la personnalité, à la physionomie effacée de ce « fils de grand homme » :
C'est probablement à une même famille qu'Aved dut la commande des portraits de Madame de Meinières, de l'abbé Capperonnier et, l’année suivante, de Madame Crozat. Madame de Meinières était en effet la nièce de Madame Crozat, et l'abbé avait été le précepteur des enfants de celle-ci. C'était d'ailleurs un érudit estimé.
Aved l’a assis à sa table de travail, fixant le spectateur, la main droite posée sur son édition de Quintilien, un de ses principaux ouvrages, la gauche repliée, soutenant le visage *. Sur la table, une plume, un encrier, deux gros volumes. Une draperie foncée laisse voir, au fond, d’autres livres rangés sur une planche. Seules, les lignes du rabat éclairent la soutane sombre. La lumière se concentre sur le visage et sur les mains. Les traits sont fortement modelés. Les yeux grands et clairs sous d’épais sourcils, le nez aquilin, un peu fort, les rides qui barrent le front et soulignent la bouche aux lèvres charnues, les cheveux gris presque plats, dont les boucles retombent sur le cou, tous les traits disent une existence digne et laborieuse, vouée aux travaux calmes mais souvent pénibles de l’érudition. Le noir du vêtement, la simplicité du linge, confirment cette impression. Le portrait est peint largement, sans exagération. Aved a su rendre à merveille une physionomie tranquille et grave de savant. C'est peut-être là une de ses œuvres les plus caractéristiques.
La sobriété de la couleur, du vêtement, des attitudes, convenait à la
1. Catalogue, n° 70. Aved l'avait représenté « appuyé sur un bureau, ayant devant lui les œuvres de son illustre père et sous ses yeux ces vers :
Et moi, fils inconnu d'un si glorieux père, Jésuistencor lon EE CEE
Exposition de peintures, 1740. Abbé GUYOT-DESFONTAINES, Observations sur les écrits modernes de 1740. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. 47, p. 185-185. 2. Catalogue, n° 20.
situation sociale et au caractère des deux hommes de lettres dont notre peintre avait fixé l'image. Le portrait de deux diplomates lui donnait, au même moment, l’occasion de montrer d’autres ressources de son pinceau.
Son premier modèle * était un homme d'Etat suédois, Charles-Gustave, comte de Tessin, un des personnages importants de son pays. Chef du parti aristocratique des chapeaux qui soutenait l'alliance française contre le parti démocratique, ami des Anglais et des Russes, il était venu défendre lui-même en France sa politique qui, deux ans plus tard, devait aboutir à la conclusion d’un traité formel. Il avait alors quarante-cinq ans *.
Aved nous montre l'amateur d'art qu'était aussi ce prand seigneur. Ses vêtements, d’une riche simplicité, sont pittoresquement disposés. La veste de satin, d'où s’échappent des manchettes de dentelle traitées avec minutie, se drape largement sur la chaise, l’habit jaune et bleu, brodé, ouvert sur le cou, laisse voir la chemise. La pose est familière. M. de Tessin, assis de trois quarts, s'appuie du bras gauche sur le dossier de son fauteuil et allonge ses jambes au premier plan. Il tient, en la froissant lésèrement entre les doigts, une estampe de Jules Romain *. À sa droite, une table sculptée, couverte d’un marbre veiné, porte un encrier, un livre, des médailles, une mappemonde. Un peu en arrière, sur un socle élevé, un groupe de bronze, un centaure enlevant une femme, sur lequel la lumière joue faiblement. Le visage est spirituel et vivant, le coloris discret. Sur le fond sombre de la toile, les objets d'art, les vêtements se détachent avec netteté.
L'autre diplomate, moins illustre sinon moins habile, était Français *.