‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 36 sur 166 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

6. Sans doute le : De jure belli ac pacis libri tres, dont de nombreuses éditions ont paru, entre 162$ et 1773. Voir le Catalogue général des imprimés de la Bibliothèque nationale, verbo Groot.

que pour soutenir la curiosité du parisien, et pour la justifier pendant un si grand froid, qui ce jour-là même étoit redoublé, il ne falloit rien moins qu'un grand spectacle dont S. E. fut le principal ornement, et dont elle fit une véritable fête, par l'air affable et noble à la fois qui satisfit tout le monde.

« Un globe, une Lunette d'approche, une Carte géographique, etc. placés ingénieusement dans le Tableau, ne sont pas seulement destinés à l'orner, ils le sont encore à donner au spectateur une idée des connoissances acquises par S. E. dans l'Histoire, l'Astronomie, etc... et généralement dans toutes les Sciences et les Beaux-Arts qui décorent ceux-mêmes dont le mérite personnel semble être au-dessus de toute décoration ‘. »

Au Salon de 1742, où il fut exposé, le portrait de Saïd Pacha fit la plus vive impression. L'abbé Desfontaines, une fois de plus, exprima son enthousiasme.

« Il frappe, dit-il, et charme tous les spectateurs. On admire comme il saille du fond, la vraie attitude d’un Turc y est fidèlement rendue. On y reconnoît la noble simplicité de ce ministre Ottoman. On diroit qu'il est encore parmi nous, il me semble encore le voir et lui parler. D'ailleurs, que les étoffes et les hermines sont bien traitées ! Tout est dans le vrai. Ce chef-d'œuvre est de M. Aved qui, les années précédentes, nous avoit déjà donné de beaux ouvrages. Il à, celle-ci, enlevé des suffrages unanimes *. »

La Tour avait, lui aussi, peint un portrait de l'ambassadeur turc, que nous n'avons plus. Il eût été intéressant de le comparer avec l’œuvre d’Aved. Celle-ci peut paraitre un peu froide, mais elle montre de grandes qualités : l'harmonie de la composition, l'agrément du coloris et surtout la belle

matière, tout en audacieuses coulées de peinture, dont elle est faite.

Il est probable que le succès obtenu au Salon par le portrait de Saïd-

1. Lettre au sujet du portrait de S. Exc. Said Pacha... 1742, ibid., p. 274-276.

2. Exposition de peintures... 1742. Abbé GUYOT-DESFONTAINES, Observations sur les écrits modernes. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. 47, p. 254-255.

Pacha valut au peintre de nombreuses commandes. Nous en avons conservé quelques témoignages. Grâce à Aved, grâce à La Tour, la « Turquerie » fut à la mode, comme elle l’avait été, un peu, vingt ans auparavant, comme elle devait le redevenir à la fin du siècle. C'est en costume oriental que nombre de Français du dix-huitième siècle voulaient être peints ‘.

Parmi les « portraits turcs » d'Aved, l’un des plus intéressants peut-être est celui qu'il a laissé d'un personnage sur le nom duquel on a souvent hésité *. C’est un homme dans la force de l'âge, au visage rasé, aux traits nettement accusés, un peu durs. Il est vêtu d’un riche costume turc: robe brodée de fleurs, caftan fourré, turban d’étoffe claire que ferme une aigrette de pierrenies. Un lourd collier d’or tombe sur sa poitrine. T'ourné vers la gauche, de profil, il semble déchiffrer avec peine le papier qu'il tient à la main. Son image, bien éclairée, se détache nettement sur le fond plus sombre de la toile.

On 2 cru que ce personnage était un des membres de l'ambassade de Said Pacha, mais son visage est bien peu oriental. Peut-être serait-on tenté de l'identifier avec le comte de Bonneval, dont Aved conservait un portrait ?, mais celui-ci porte, sur tous ses portraits, une épaisse moustache. M. Boppe #, enfin, a reconnu en lui le fils d’un aventurier français : Charles Rüicher de Rodes de La Morlière, secrétaire, de 1724 à 1727, du vicomte d’Andrezel, ambassadeur à Constantinople, puis protégé et intendant du garde des sceaux Chauvelin.

Dans cette œuvre intéressante, notre peintre avait su créer une atmosphère exotique, un peu mystérieuse ; au contraire, dans un autre portrait,

celui de Madame de Magnac ”, le costume oriental n’était plus qu'un acces-

1. BOPPE (A.), Les peintres du Bosphore du xvur siècle; Les peintres de Turcs au xwur siècle ; La mode des portraits turcs au xvin° siècle. — GUÉRIN, ALFASSA et DUBRUJEAUD, Catalogue de l'exposition de la Turquerie au xvinr' siècle.

Page 1