DIDEROT, Salon de 1759, Œuvres, t. X, p
buffle, debout près de sa tente. l'air noble et fier. Pajou lui a fait l'air
innocent et bête’. »
Pour une fois, l'ennemi des philosophes, Fréron, partage l'opinion de Diderot et renchérit d'enthousiasme sur lui: « M. Aved, proclame-t-il, par le portrait du maréchal de Clermont-Tonnerre a mis le dernier rayon à sa gloire. Ce portrait attache, enchante, ravit tous les curieux. On ne saurait le quitter, on y revient sans cesse pour admirer le naturel de l'attitude, la vérité des objets représentés, le bel accord et l'effet vrai du tout ensemble. Ce n'est pas un portrait mais c’est un tableau. Je me trompe encore, c’est un véritable homme qu'on à devant les yeux. Ce morceau est au-dessus des éloges les plus outrés*. »
Le critique du Mercure de France, lui aussi, plaçait le portrait « à côté de ce que l’on connoit de plus beau dans le même genre » ?. L'abbé de La Porte détaillait l’œuvre longuement, admirant sa franche simplicité, dédaigneuse des petits moyens, des petits effets, sa vérité, son harmonie et constatait l'accord dans l'admiration des « fiers connoisseurs » et des « vils ignorans » {.
Enfin, l’applaudissement public était tel qu'il ne tolérait pas l'indifférence. Pour avoir écrit seulement : « M. le maréchal de Clermont-T'onnerre fait honneur à M. Aved, la pose est noble et intéressante, ses fonds sont tranquilles et font bien valoir la figure » 5, un amateur se faisait vertement reprendre : « Les portraits, que parcourt d'un œil dédaigneux notre grand connoisseur en peinture, fournissent de nouvelles preuves de sa finesse et de la fidélité de son goût. Le chef-d'œuvre de ce genre, par M. Aved,
1. H. STEIN, Augustin Pajou, p. 147. : k . de peintures. 1759. Année littéraire de 1759. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes,