‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 8 sur 166 · Catalogue, n · texte numérisé non relu

Catalogue, n

7. Catalogue, n° 4. Voir, pour la date, la lettre de la gravure.

Dans ces trois œuvres, l'influence de Rembrandt est très sensible. La simplicité de la composition, que ne complique aucun accessoire, la sobriété du coloris, l'importance donnée au visage, sur lequel se concentre la lumière, tout cela vient du maître d'Amsterdam et montre combien notre portraitiste l'avait étudié.

Un document, qu'une heureuse fortune nous a fait découvrir, montre que, trois ans après, Aved, qui travaillait à son art, fut soupçonné par la communauté des maitres-peintres — l’Académie de Saint-Luc — de « faire la profession de maitre-peintre », de travailler « pour différens particuliers », « de faire et de vendre des tableaux ». Il n'avait pas le droit de le faire, n'étant membre, ni de la communauté des peintres, m1 de l’Académie royale. La communauté fit saisir chez lui, le cinq septembre 1730, ses « effets et marchandises de peinture », et le poursuivit, le dix-sept novembre, devant le procureur du Roi au Châtelet, afin de faire valider cette saisie et confisquer le matériel. Aved répondait, au contraire, qu'il ne travaillait que pour son plaisir et ne vendait pas de tableaux. Par sentence du même jour, le procureur du Roi permit aux parties de faire respectivement la preuve de

leurs dires Malheureusement, maloré un dépouillement attentif des documents, nous n'avons pu retrouver et connaître l'issue de ce procès.

Pour le reste, nous en sommes réduits aux conjectures. Peut-être Aved exposait-il ses œuvres, tous les ans, place Dauphine, à cette « Exposition de la Jeunesse » où tant d’autres peintres firent leurs débuts *.

Le vingt-six mai 1731, enfin, candidat à l'Académie royale de peinture et de sculpture, il faisait « voir de ses ouvrages » à l'Assemblée. Il fut agréé. L'Académie lui demanda de peindre, comme morceau de réception, et sous le délai d’un an, les portraits des peintres Cazes et de Troy.

Aved ne se hâta point d'exécuter ces tableaux qu'il présenta seulement

trois années plus tard. Dans l'intervalle, quelques événements domestiques

2. Voir BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Notes pour servir à l'histoire de l'Exposition de la Jeunesse, etc. 3: Procès-verbaux de l’Académie, t. V, x yo

D En mm a

étaient survenus. Le dix-neuf novembre 1731, il avait eu un second fils : Jean- Gabriel ‘, puis, l'année suivante, avait quitté la maison de la rue de l’Université pour un autre logis. Il s'installa rue de Bourbon, derrière les Théatins, dans une maison neuve appartenant à ces religieux. Il devait habiter cet appartement jusqu'à sa mort. Le loyer en était assez élevé pour l’époque : neuf cent vingt-cinq livres. Ceci montre que sa situation s'était améliorée : majeur depuis cinq ans, il pouvait depuis ce temps disposer de sa fortune *. Le vingt-huit octobre 1732, enfin, on baptisait à Saint-Sulpice son troisième fils : Jean-Simon ?.

Le vingt-sept novembre 1734, Aved présentait à l'Académie les portraits qu'elle lui avait demandés.

Ils avaient dû lui coûter beaucoup de peine. Les académiciens, heureux de laisser leur effigie à la postérité, en surveillaient l'exécution avec soin, laissant au peintre moins de liberté encore qu’un modèle ordinaire. Notre portraitiste, pourtant, à su caractériser ses « anciens ».

Cazes, assis près de son chevalet, tient sur ses genoux un carton à dessin. Sous la haute perruque, fendue par une large raie, la physionomie souriante est spirituelle. Le col de la chemise, largement ouvert, dépasse l’habit déboutonné. La main droite, qui sort d'une manchette de dentelles, soutient un grand manteau qui se drape sur le fauteuil et sur le bras. Visiblement, Cazes a voulu un « portrait d'artiste ». Aved, laissé libre de

suivre son naturel, a donné de lui une image vivante et plaisante 4.

Au contraire, de Troy s'est composé une allure correcte et digne. Il est

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