XV. Vol
JEAN JACQUES CARAGLIO.
Jean Jacques C a r a g 1 i o est un des principaux graveurs qui ont illustré l'Italie au commencement du XVP siècle. Néanmoins l'histoire de l'art ne nous en a transmis que très peu de notices. Il se nomme sur ses estampes toujours en latin Caralius, une seule fois Caraio, sans doute conformément à la prononciation de son pays où sûrement on le nommait Caraio au lieu de Car agi io. Il paraît qu'il était natif de Parme, mais qu'il s'est dans la suite établi à Vérone. Dans quelques unes de ses estampes il s'est surnommé Parmensis, dans d'autres Veronensis. Une de ses pièces porte les lettres I A (Monogr. Nr. 21. 2.) et deux autres le monogramme Nr. 21. 1. qui est composé des lettres I A V et qui ne peut guère désigner autre chose que Jacobus Veronensis. Ces deux estampes étant indubitablement de la taille de C a r a g 1 i le monogramme qu'elles portent, ne peut pas renfermer le nom du peintre; car l'une est décidément de l'invention du Parmesan et l'autre, à ce que l'on prétend, d'après le dessin du Titien.
N'ayant marqué que deux de ses estampes d'une date qui est celle de l'an 1526 et ces estampes décélant un graveur déjà bien exercé, il est à croire, que Car agi io est né vers 1500. On ne sait pas où il a appris les principes de son art, mais il paraît être certain que, quant à la gravure, il s'est pris Marc-Antoine pour modèle. Les pièces de no'tre artiste, quoique inégales à l'égard de leur exécution, offrent en général un burin net, délicat et délié et elles ont presque toutes le mérite d'un dessin pur et rempli de goût et de grâce.
JEAN JACQUES CARAGLIO.
Quoique ses ouvrages aient été fort recherchés et qu'il s'en soit fait une grande renommée, il se dégoûta cependant de la gravure et la jugea être inférieure à son talent. Il crut se faire un plus grand nom, en s'occupant à graver des camées et des pierres en creux. Il s'y exercea et il y r éussit. André Pierre Giulianelli (Memorie degli intagliatori moderni in piètre dure, cammei, e gioje del secolo XV fino al secolo XVIII. Livorno, 1753. In 4to page 39) nous rapporte ce qui suit: „I1 grava avec un succès „égal les médailles; il s'appliqua pareillement à i'architec- „ture et Sigismond I. roi de Pologne l'appella à sa cour. „C a r a g 1 i o y alla et on apprend par les lettres de 1' A r e - „tin (T. II. p. 90 qui cela eut lieu en 1539 puis qu'il avait „déjà envoyé alors à ce fameux satyrique pour présent deux „de ses médailles, dont la première représentait le portrait „de Bona Sforza, reine de Pologne et l'autre celui d'Alexandre „Pesenti de Vérone, un des principaux ministres de cette „princesse."
Va sari (T. II. p. 156) dit, que Caraglio fut comblé d'honneurs et de récompenses dans cette cour et que cet artiste avait fait remettre (environ vers l'an 1568) des sommes considérables dans l'état de Parme, ayant eu le dessein de retourner en Italie et d'y finir ses jours déjà bien avancés, dans le sein de ses amis et de ses élèves.
On a une estampe qui n'a aucun rapport avec Caraglio, quoiqu'elle lui ait été souvent attribuée. Elle représente Jésus Christ s' entretenant avec la Samaritaine auprès du puits; elle est gravée d'après Marc del Moro et marquée: Jacob us ueron.^® qui est, à ne pas en douter, Jacques Valegio de Vérone et le même dont on a plusieurs autres estampes assez nettement gravées, parmi lesquelles on distingue particulièrement une Vierge avec l'enfant Jésus, d'après le Parmesan et portant cette inscription : Jacobus Valegius Veronensis. f. anno 1573.
Nous avons encore à remarquer que les connaisseurs se sont toujours tourmentés l'esprit pour deviner le sens du chiffre dont Nr. 61 de notre catalogue est marqué. Il est aussi certain que cette estampe est de l'invention de
JEAN JACQUES CARAGLIO.
François Mazzuola, dit le Parmesan, qu'il est hors de doute, que Jacques Caraglio l'a gravée; cependant ce chiffre ne peut être appliqué aux noms ni de l'un ni de l'autre de ces deux artistes. Nous sommes intimement persuadés que ce chiffre, composé des lettres P, L, A T, O, ne désigne pas autre chose que le nom du philosophe dont Diogène a mis en dérision la définition de l'homme et nous sommes d'autant plus attachées à cette opinion, pai- ce que ce chiffre ne se retrouve plus sur aucune autre estampe et que par conséquent il ne peut désigner ni le nom du graveur, ni celui du peintre.
ŒUVRE
DE JACQUES CARAGLIO-