ŒUVRE DE JEAN VAN DER MEER LE JEUNE
et dirigé vers la droite. Tous ces animaux se trouvent dans un paysage où l'on distingue, à gauche, deux grands arbres plantés l'un devant l'autre. Au bas de la gauche est écrit à rebours: J. v der meer de jonge. f. 1685.
Ce morceau est extrêmement rare. Les animaux et le paysage y sont gravés d'un goût et d'une légèreté également admirables. On doit seulement regretter que l'eauforte y ait un peu trop mordu, et qu'elle ait fait des taches trop noires dans les ombres fortes, telles que celles sur le front et sur le bas-ventre de la brebis.
Largeur: 7 pouces, 2 lignes. Hauteur: 6 pouces, i ligne.
HERMAN SAFT-LEVER
lie r m an n Zachtleven ou Zaftleeven, mais appelé proprement Saft-leven, naquit à Rotterdam en 160Q. Les particularités de sa vie sont absolument inconnues: tout ce qu'on en sait, c'est qu'il vécut long-temps à Utrecht. On ignore aussi l'année de sa mort, que d'Argenville fixe en 1685, sans nous donner sur cela d'autre autorité que la sienne.
Nous ne saurions déterminer au juste le nombre des estampes que cet artiste a gravées: suivant les renseignements que fournissent les divers catalogues de vente hollandais, elles montent à plus de trente pièces. Celles que possède la bibliothèque de la cour imp. et royale, y compris aussi celles que nous avons eu l'occasion de voir dans d'autres collections, sont au nombre de trente-six dont nous donnons ici la description.
Les estampes de Saft-leven ont é'.é gravées entre les années 1640 et 1669, comme nous l'apprenons par les dates qu'elles portent presque toutes. Jugeant par là, que cet artiste n'a commencé à graver qu'à l'âge de trente et un ans, on conçoit aisément pourquoi toutes ses estampes sont d'un mérite presque égal; on n'y trouve ni l'inexpérience du jeune homme, ni la décadence du vieillard. Parmi ces pièces il n'y en a qu'une seule [Nr. 32] dont la pointe peu exercée et très différente de celle des autres, démontre clairement qu'elle est des commencements de Saft-leven, si même peut-être elle n'est son premier essai.
Il arrive presque communément, que les artistes, en avançant en âge, aiment à mettre du fini dans leurs ouvrages, mais ce qui est rare, c'est que Saft-leven à l'âge de 58 ans, où la vue commence déjà ordinairement à baisser, ait pu produire des estampes dont les détails
sont d'une telle finesse, qu'on a de la peine k les démêler, même avec la vue la plus perçante, sans le secours d'une loupe. Telles sont les pièces 18, 19, 20 et 21, qui portent seules la date de 1667.
Cet artiste ne s'est pas contenté de nous donner les belles productions de sa pointe, telles que la première opération de l'eau-forte les a rendues; il les a presque toujours retravaillées jusqu'au point d'y répandre un très bel effet de clair-obscur; quelque vaste que soit l'étendue de ses superbes lointains, il y a soigné les gradations des plans avec la plus grande exactitude. Dans le cas, où le détail ne lui permettait pas d'épargner les parties claires, en les garantissant contre l'eau-forte par le moyen du vernis, il faisait mordre faiblement toute la planche, et la soumettait une seconde fois à cet acide, après y avoir repassé de sa pointe, les ombres fortes et ce qu'on appelle les coups. Du reste il serait difficile de suivre et d'analyser la marche de son procédé, puisqu'il n'a eu aucune manière fixe, et qu'à cet égard, il a gravé en véritable peintre. Peu difficile dans le choix des moyens, il saisissait indifféremment tous ceux dont il pouvait attendre le succès désiré. Il n'a cherché que la vérité, il l'a rarement manquée, et l'a toujours rendue avec goût.
Ce qu'il y a de particulier dans quelques-unes de ses estampes, c'est qu'il les a ornées de ciels bien soignés quoique faits à l'eau-forte. De tels ciels se trouvent rarement dans les planches faites par des peintres, parce que ceux-ci n'ont ordinairement ni la patience, ni la pratique requises pour vaincre les difficultés que l'eau-forte oppose à un traitement aussi délicat.
D'HERMAN SAFT-LEVEN.