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La cascade près du moulin à eau

On a de ce morceau une première épreuve oii le tronc d'arbre, et le coin du bas, à la droite de l'estampe, ne sont pas couverts d'ombres.

ANT. WÀTERLO.

Ce catalogue a été publié en allemand par l'auteur en 1795. Il offre aujourd'hui la traduction où il a rectifié quelques erreurs, et ajouté plusieurs observations nouvelles.

L'histoire de la vie d'Antoine Waterlo est peu connue; à peine sait-on le lieu et l'année de sa naissance. Suivant l'opinion de Descamps il vint au monde vers l'an 1618. Les uns le font naître à Amsterdam, les autres à Utrecht. Ce qu'il y a seulement de certain, c'est qu'il vécut nombre d'années dans un lieu situé entre Maarsen et Breukelen, aux environs d'Utrecht. Il mourut pauvre dans l'hôpital d'Hiob près cette dernière ville.

Cet artiste peignit des paysages qui sont aujourd'hui très recherchés, ainsi que les dessins originaux qu'il nous a laissés. Cependant il paraît que Waterlo doit sa célébrité moins à ses tableaux et dessins qu'à un grand nombre d'estampes qu'il a gravées à l'eau-forte avec une légèreté et un esprit rares, sur des dessins qu'il a tous faits d'après nature, à ce que l'on prétend, et qui pour la plus grande partie représentent les environs d'Utrecht.

Les sujets favoris de Waterlo étaient les bois qu'il rendait en véritable maître. On y trouve toute la vérité de la nature, surtout dans le feuillé qu'il faisait d'une manière admirable. Il a rarement choisi des environs d'une grande étendue: un petit coin de forêt, une partie de ruisseau à bords garnis de verdure, un rocher, un village isolé, situé sur la rive d'un canal, un hermitage, voilà les sujets qu'il a exécutés de préférence.

Le seul défaut que l'on trouve dans plusieurs de ses estampes, c'est qu'il n'y a pas assez soigné le clair-obscur. Les lumières y sont souvent trop nombreuses et trop dispersées. Il était peu habile dans l'art de dessiner les figures et les animaux; aussi se servit-il, suivant Houbraken, presque toujours de Weenix ou d'autres artistes, pour faire orner ses tableaux. Il employa rarement les figures dans ses estampes, et celles que l'on y rencontre sont presque autant de preuves de son incapacité dans cette partie.

Considéré comme graveur, Waterlo s'est servi d'une méthode toute particulière, que l'on ne saurait guère comparer avec celle de quelque maître que ce soit. Il laissait mordre délicatement l'eau-forte sur ses planches, sans jamais les assujettir une seconde fois à cette opération, ainsi que Herman Saft-leven et plusieurs autres artistes l'avaient pratiqué sur plusieurs de leurs planches. Pour garantir ses fonds contre l'effet de l'eau-forte, il avait soin de les couvrir, et obtenait pai* ce moyen la dégradation des plans. Entre plusieurs exemples propres à prouver ce procédé de Waterlo, on peut produire l'estampe Nr. 56., où la grande masse du bois se dégage parfaitement de l'arbre qui est à la gauche du devant, et qui est très creusé par l'eauforte. Mais ordinairement il laissait mordre ses planches dans un degré général de force, et y ajoutait ensuite, avec le burin seul, l'accord des tons, ainsi que les ombres fortes, partout où elles lui semblaient nécessaires. Dans la pièce Nr. 55, par exemple, les buissons qui se voient au second plan à gauche, de l'autre côté du ruisseau, sont distinctement dégagés des objets qui se trouvent à la droite du fond, ainsi que des deux grands arbres plantés sur le devant; cependant ces trois divers plans ont été mordus très faiblement, et tous au même degré: les dégradations n'ont été effectuées qu'après coup par un travail de burin plus ou moins abondant.

Waterlo s'est en général beaucoup servi de cet instrument, c'est avec son secours qu'il terminait non seulement le feuillé, mais encore, et principalement, les troncs de presque tous ses arbres. Souvent il ajoutait les petites branches avec le burin tout seul. Nous voyons un exemple de ce procédé dans l'estampe Nr. 83. Les petites branches sortant du buisson qui est à gauche, près du marais et près de l'arbre tronqué, n'ont point été gravées à l'eau-forte; c'est purement par le moyen du burin que l'artiste les y a ajoutées. Il en est de même de l'arbre qui dans l'estampe Nr. 116 est sur le devant à droite: Waterlo l'avait gravé à l'eau-forte, sans feuilles, comme on peut le voir dans une épreuve très singulière qui se trouve à la bibliothèque imp. et roy. Le feuillé,

ainsi que quelques petites branches qui se voient dans les épreuves ordinaires de ce morceau, n'ont été ajoutées par Waterlo qû'après coup, avec le burin tout seul.

Les planches de notre artiste ayant été délicatement gravées à l'eau-forte, et chargées de beaucoup de burin, comme on vient de le montrer, il arriva qu'à mesure qu'elles s'usaient, les traits de l'eau-forte devinrent visiblement plus faibles, tandis que les coups de burin opposant plus de résistance à l'impression, ne diminuèrent point dans la même proportion. Ainsi les tons se confondirent, et l'harmonie fut détruite.

Ces mauvaises épreuves sont communément appellées retouchées, peut-être parce qu'on suppose que les planches dont elles viennent, n'ont point été originairement terminées au burin par Waterlo lui-même, mais que cette espèce de travail y est l'ouvrage de quelque main peu habile dans la gravure, qui aura tenté de remplacer postérieurement les traits que le frottement avait affaiblis, et presque usés. A la vérité les mêmes coups de burin qui s'allient si bien et d'une manière si pittoresque avec le travail de l'eau-forte dans les bonnes épreuves, reparaissent dans les mauvaises si secs, si lourds, et leur noirceur frappante contraste si mal avec les teintes presque effacées et grises de l'eauforte, qu'on ne peut être étonné, si la plus grande partie des amateurs les regardent comme un griffonnement téméraire ajouté après coup par quelque maladroit. Le moyen de dissiper l'erreur en pareille occasion, c'est de confronter l'épreuve supposée retouchée avec une autre épreuve dont la vigueur soit franche: les mêmes traits et les mêmes hachures se feront également remarquer dans l'une et dans l'autre, et l'on se convaincra qu'il n'y a rien d'ajouté à celle qui est faible; on verra clairement que le temps seul en a détruit l'harmonie.

On n'a qu'un très petit nombre de planches qui aient été effectivement retouchées au burin postérieurement et par des mains étrangères, mais ces retouches n'ont eu lieu que dans les devants couverts d'ombre, rarement dans les troncs d'arbres, jamais dans le feuillé.

Celles qu'on a essayé de faire revivre, non par le burin, mais par l'eau-forte, sont les plus nombreuses. Les amateurs peu exercés s'y méprennent souvent, et séduits par leur vigueur, ils croient y reconnaître cette fraîcheur virginale qui caractérise les bonnes épreuves; mais elles n'ont guère plus de valeur que celles dont on vient de parler. Dans tous les endroits où la délicatesse est requise, les traits y sont grossiers et crûs; il n'y a point de dégradations dans les tons, les lointains sont aussi vigoureux que les devants, et le tout ensemble n'offre qu'un assemblage de masses noires et monotones, opposées à des clairs tranchants, dépourvu de ces douces demi-teintes et de ces coups d'un noir vif, qui produisent l'effet brillant si justement admiré dans les bonnes épreuves.

De quelque manière que les planches aient été retouchées, et autant qu'il nous a été possible d'en avoir connaissance, nous n'avons pas manqué d'en faire mention dans ce catalogue.

L'œuvre de Waterlo, au complet, est composé de cent trente-six estampes. La description que nous en avons donnée, est divisée en deux classes, dont la première contient les pièces en largeur, la seconde celles en hauteur. Les estampes de chaque classe sont rangées suivant leurs proportions en commençant par les plus petites.

Pour faciliter l'usage de ce catalogue, on a joint à la fin deux différentes tables dont la première offre les dénominations que l'on a données à chaque pièce, rangées par ordre alphabétique, la seconde, un aperçu des différents formats des estampes, classé suivant l'ordre que l'on a observé dans le catalogue même.

ŒUVRE

D'ANTOINE WATERLO.

PIÈCES EN LARGEUR

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