Zabucaia
On voit à la gauche de ce superbe morceau le tronc d'un arbre penché vers la gauche. Une branche chargée de feuilles et de fruits sort de la partie la plus inférieure du tronc, et s'élève jusqu'au haut de la planche dont elle occupe presque toute la surface. Près de cet arbre, vers la droite de la pièce, est un singe assis à terre, et dirigé vers la gauche. Il a la patte gauche fourrée dans un fruit de cet arbre qui est une espèce de grosse noix, pour en tirer les graines dont il en tient une de la patte droite, prêt à la manger. On lit au haut de l'estampe, en tirant vers la gauche, le mot: zabucaia, et vers la droite: Paulus Potter fecit. 1650.
Ce morceau est un des plus beaux de l'œuvre de Potter. L'on ne saurait assez admirer le goût et la finesse de pointe, avec laquelle l'arbre et l'animal sont exécutés. Il est très rare.
Hauteur: 7 pouces, 8 lignes. Largeur: 5 pouces, 8 lignes.
Cet arbre nommé au Brésil: Zabucaia ou Jacap u c a i a , et par Linné, Lecythus major ou ollaria, est extrêmement grand, et se trouve dans les forêts au milieu du pays en très grande quantité. Leurs fruits ont la grandeur d'une tête d'enfant, et consistent en une coquille dure, boiseuse et brune, dans laquelle le fruit est renfermé dans quatre cellules, dont chacune contient une graine de semence, de la grandeur d'une prune, ayant un pépin blanc d'un goût excellent. Le dessin d'une branche de cet arbre se trouve gravé en bois dans la médecine du Brésil par Pison*).
de son emplacement, et d'être sur leurs gardes, s'ils y découvrent les moindres traces de rature. Le motif qui l'a engagé à faire cette copie, fut le désir de faire connaître d'aussi près que possible aux amateurs une estampe si précieuse, qu'on ne rencontre que très rarement, et qui est toujours payée à des prix excessifs.
C'est par cette même raison qu'il a aussi gravé les copies de l'estampe de Henri Roos Nr. 39, de Jean le Ducq Nr. 10, d'Adrien van de Velde, Nr. 19 et 20, de Jean Baptiste Weenix Nr. i et 2, et de l'unique estampe de P. Wouwermans.
*) Historia naturalis Brasiliae, Lugd. Bat. 1648. fol. pag. 128.
DE PAUL POTTER
A l'égard du singe, les peu d'auteurs qui en parlent, ne sont point d'accord entre eux. Marggrave*) l'appelle: cercopithecus barbatus Guineensis, et nous rapporte, qu'à Congo cet animal est nommé: exq u i m a. Il en donne un dessin qui, quoique mal gravé en bois, est exactement conforme à l'estampe de Pot ter. Linné l'appelle Diana; mais la figure qu'il en joint à sa description**) est tout-à-fait différente de celle de Marggrave. Ces deux auteurs s'accordent cependant dans la description de la couleur de ce singe, et l'un et l'autre lui donnent une barbe et une poitrine blanches, ce que l'on ne trouve point marqué sur notre estampe.
En supposant que le dessin de P o 1 1 e r ait été fait d'après nature, ce qui est rendu plus que vraisemblable par l'exactitude et le détail que l'on y rencontre, et qui semblent démontrer que le travail n'est point un fruit de l'imagination, l'on ne peut que se joindre au sentiment de Buffon***) selon lequel le singe de Pot ter et l'exquima de Marggrave qui pour la figure, comme nous l'avons déjà observé, sont très exactement conformes, représentent une variété du coaita. Voici ce qu'il dit: "L'animal que Marggrave appelle exquima, est d'une espèce très voisine de celle du coaita, et même n'en est peut-être qu'une simple variété; il me paraît, que cet auteur a fait une faute, lorsqu'il a dit, que l' e x q u i m a étoit de Guinée et de Congo; la figure qu'il en donne, suffit seule pour démontrer l'erreur; car cet animal y est représenté avec la queue recoquillée à l'extrémité, caractère qui n'appartient qu'aux seuls sapajous, et point aux guenons qui toutes ont la queue lâche: or nous sommes assurés, qu'il n'y a en Guinée et à Congo que des guenons et point de sapajous; par conséquent r exquima de Marggrave n'est pas, comme il le dit, une guenon ou cercopithèque de Guinée, mais un sapajou à queue prenante, qui sans doute
*) Hist. nat. Brasil. Lngd. Bat. 1648. fol. Page 227.
Act. Stockh. 1754. pag. 210. Tab. 6.
**) Hist. natur. A Amst. 1770. Tome XIV. Page 161.
ŒUVRE
y avoit été transporté du Brésil: le nom d'ex qui ma ou quima, en ôtant l'article ex, et qui doit se prononcer q u o i m a , ne s'éloigne pas de q u o a i t a , et c'est ainsi que plusieurs auteurs ont écrit le nom de coaita: tout concourt donc à faire croire, que cet ex quima de Marggrave, qu'il a dit être une guenon ou cercopithèque de Guinée, est un sapajou du Brésil, et que ce n'est qu'une variété dans l'espèce du coaita, auquel il ressemble par le naturel, par la grandeur, par la couleur et par la queue prenante; la seule différence remarquable c'est, que l'exquima a du poil blanchâtre sur le ventre, et qu'il porte au dessus du menton une barbe blanche, longue de deux doigts. Nos coaitas n'avaient ni ce poil blanc, ni cette barbe, mais ce qui me fait présumer que cette différence n'est qu'une variété dans l'espèce du coaita, c'est que j'ai reconnu par le témoignage des voyageurs, qu'il y en a des blancs et des noirs, les uns sans barbe, et d'autres avec une barbe etc. Buffon continue: nous ne pouvons aussi nous dispenser d'observer, que si l'animal indiqué par M. Linnaeus, sous le nom de Diana, est en effet, comme il le dit, l'exquima de Marggrave, il a manqué dans sa description le caractère essentiel, qui est la queue prenante, et qui seul doit décider, si ce Diana est du genre des sapajous, ou de celui des guenons, et par conséquent s'il se trouve dans l'ancien ou dans le nouveau continent."
„Indépendamment de cette variété dont les carractères sont très apparents, il y a d'autres variétés moins sensibles dans l'espèce du coaita; celui qu'a décrit M. Brisson, avait du poil blanchâtre sur toutes les parties inférieures du corps, au lieu que ceux que nous avons vus, étaient entièrement noirs, et n'avaient que très peu de poil sur J-ces parties inférieures, où l'on voyait la peau qui était noire comme le poil. Des deux coaitas dont parle M. Edwards, l'un était noir, et l'autre était brun; on leur avait donné, dit-il, le nom de Singe-araignée, à cause de leur queue et de leurs membres qui étaient fort longs et fort minces: ces animaux sont en effet fort effilés du corps et des jambes, et mal proportionnés."
DE PAUL POTTER
Ce que Buffon allègue sur l'erreur de Marggrave qui donne à son exquima la Guinée pour patrie, est constaté aussi par l'estampe de Pot ter, parce que le singe y est représenté mangeant du fruit de zabucaia, arbre qui se trouve au Brésil, et point en Guinée ou à Congo.
Suite de huit morceaux avec des Bœufs et des vaches, faussement attribuées à Paul Potter .
La gravure de ces huit morceaux a été toujours attribuée à Paul Potter, quoiqu'elle porte un caractère entièrement différent de la pointe dont toutes les estampes de cet artiste sont exécutées. En examinant les pièces 1, 3, 6, 7 et 8, on ne peut presque pas douter qu'elles ne soient gravées par Jean Visscher, surtout quand on les compare avec ses quatre estampes gravées d'après B e rchem, et décrites par Win ter sous les numéros 112 — 115, dans lesquelles le bétail est traité exactement de la même manière. Il est plus difficile de nommer le graveur des trois autres pièces, savoir des numéros 2, 4 et 5. Ce dernier, Nr. 5, n'est point achevé, l'eau-forte y a trop opéré, et l'a rendu dur; les numéros 2 et 4 au contraire sont d'un fini trop précieux; mais tous les trois n'ont rien de commun avec la taille de quelque artiste connu. Toujours est-il certain, que les mots : Pau lus Potter f. lesquels sont d'ailleurs écrits d'un caractère différent de celui de toutes les planches gravées par Potter lui-même, ne peuvent tout au plus désigner autre chose, hormis que ces huit morceaux ont été gravés d'après des dessins de P. Potter, mais non, que celui-ci les a gravés lui-même, comme Clément de Jonghe, le possesseur des planches paraît avoir eu l'intention de faire accroire aux amateurs peu exercés.