Vieille tenant un grand pot
JSicolas Berghem naquit à Harlem en 1624. Il commença à étudier la peinture sous son père Pierre Klaasze, peintre fort médiocre, mais il passa ensuite dans les écoles de Jean van Goyen, Nicolas Moojaert, Pierre Grebber, et Jean Bapt. Weenix. Son nom, suivant Houbraken et Winter, étoit Berchem, et non van Haerlem, comme le soutient Descamps. On donne diverses causes de ce changement de nom, mais on a tout sujet de s'en tenir à ce qu'en dit Charles de Moor. Il rapporte que le jeune Nicolas, pendant qu'il travailloit chez van Goyen, fut un jour poursuivi jusque chez son maître par son père qui vouloit le maltraiter; mais que van Goyen qui aimoit cet écolier, arrêta le père, et dit aux autres élèves: berg hem, ce qui signifie:
cachez-le. Ce nom lui resta, et lui-même s'en est toujours servi.
Berghem mérita et obtint de bonne
heure une grande réputation, et vit ses ouvrages fort recherchés. Il travailloit pendant toute la journée. On dit qu'il y étoit forcé par sa femme qui s'emparoit de tout ce qu*il gagnoit , et qui ne lui laissoit rien à sa disposition. Il y a apparence cependant que cette sévérité étoit moins Teffet de Tavarice extrême dont les biographes de Berghem accusent cette femme, que celui du soin d'empêcher son mari de dépenser d'une manière disproportionnée l'argent qu'il n'estimoit pas, et dont il paroît avoir fait trop peu de cas. Quoiqu'il en soit, il est certain que Berg^ hem, malgré toute la vigilance de sa femme, trouva le moyen de faire une collection très ample de dessins et d'estampes qu'il a souvent payés à des prix fort hauts. Ce peintre est mort le 18 février 1683, âgé de 59 ans.
,,0n pourroit demander, dit Mr. Lévê- ,,que [Encyclop. méthod. Beaux arts. T. II. ,,I. Partie. Page 101] en quels instants il ,,faisoit ses études, puisqu'on sait qu'il „vivoit toujours enfermés dans son cabinet, ,,et qu'on voit, en même tems, dans ses ,, ouvrages, une fidèle imitation de la na-
,,ture. Mais les modèles dont il avoit besoin „pour son genre, étoient toujours devant „lui; il habitoit le château deBenthemy et ,,des fenêtres de son atelier, il voyoit une „belle campagne couverte de troupeaux, ,,et fréquentée par leurs conducteurs. Ce ,, qu'il voyoit, il le portoit sur la toile. „C'étoit de ces études que se nourrissoit „celui des paysagistes de la Hollande dont „les tableaux sont les plus recherchés, „quoique, par sa prodigieuse fécondité, ce „soit celui dont ils sont les plus communs. „Leur mérite leur laisse le prix de la ra- „reté. C'étoient ces études qui lui permet- ,,toient de varier à Tinfini ses composi- „tions: elles sont riches et diversifiées com- ,,me la nature elle-même que leur auteur „avoit sans cesse sous les yeux. Les ani- „maux créés par son pinceau vivoient sur ,,la toile, comme ils vivoient dans la cam- ,, pagne voisine de Benthem. Sans cesse ,, témoin des effets divers que causent la „marche et la forme des nuages, lorsqu'ils „interceptent en partie la lumière du so- „leil, il a reproduit ces accidens heureux ,,dans ses compositions, et a su faire agir „à son gré la magie du" clair - obscur. Il a
„tout fini , et n'a jamais rien léché. Sa tou- ,,che est fine, son pinceau large, sa couleur „lumineuse, ses masses d'ombres savam- „ment reflétées, ses bruns transparens.
„Chez lui, tout est chaud, tout est spiri- ,,tuel, tout vit, tout respire.'*
Berghem nous a laissé cinquante -trois planches qui représentent des sujets d'animaux. Elles sont gravées d'une pointe facile et pleine d'esprit, conduite par une main ferme qui décèle un dessinateur savant et exercé. Le travail de l'eau-forte de Berghem offre des hachures formées de traits libres et continués, et rarement mêlées de burin et de pointe sèche. Plusieurs de ses estampes sont très rares, et il y en a qui le sont au plus haut degré.
On a deux catalogues des estampes de Berghem; l'un, publié à Amsterdam en 1767 par Hemi de Winter, l'autre, par Heinecke, dans son dictionnaire des artistes. Mais le premier étant écrit en hollandois, langue peu connue hors du pays dans lequel on la parle, l'autre n'étant pas assez détaillé, nous n'avons pas cru pouvoir nous dispenser de joindre à notre ouvrage, d'une manière détaillée et dans
une langue dont Tusage est presque général, le catalogue d'estampes qui font les délices de tous les amateurs , servent d'instruction à tous les artistes, et dont l'auteur tiendra toujours une place très honorable dans l'école où on l'a classé.
Les numéros du catalogue de Winter se trouvant cités dans nombre d'ouvrages imprimés, nous avons cru devoir les adopter dans notre description sans le moindre changement, quoique nous ayons été forcés d'interrompre leur série par la radiation de trois articles dont l'existence nous a paru trop douteuse.
ŒUVRE