Une Sainte famille. D'Sprès Raphaël
13. La Mort des enfants de Niobé. D'après une partie de la frise de Polidore de Caravage. Niobé est assise à droite cherchant à cacher une de ses filles. A droite, une autre agenouillée pose # les bras au-dessus de sa tête, tandis que deux autres s'enfuient à gauche, où l'on en voit déjà quelques-unes tuées. Un rideau accroché
à des arbres forme le fond. La marque est à la droite du bas. H. 8 p. 9 1. L. 12 p. 7 1. Paris. •
14. Vénus debout devant un fauteuil. C'est la composition du Primatice déjà gravée par Léonard Thiry. (B. No. 30.)
15« Deux Amours avec deux grands cygnes. Us s'avan-
204 L'Ecole de Fontainebleau.
cent vers la gauche. L'Amour qui est à gauche tient le premier «les cygnes de la droite et prend le bec du cygne de gauche que le second Amour embrasse. Le chiffre est sur une pierre en bas à droite. Belle pièce et d'une bonne exécution dont on attribue l'invention à Jules Romain. H. T'/s p. L. 14 p. Paris.
16. Un Jeune homme à cheval. Il s'avance vers la droite et tient le cheval, sans bride, par la crinière. Dans le fond, quelques ruines et une pyramide. Le chiffre est à gauche. H. 7 p. 7 1. L. 5 p. 9 1. Paris.
17. Paysage dans un ovale. Vue étendue sur un Ûeuve qui se décharge à droite dans la mer. A gauche, des montagnes et des rochers, sur lesquels on voit quelques édifices. Au milieu du premier plan, une langue de terre sur laquelle est une ville. Sur le devant à droite, un groupe de jeunes arbres. Dans l'ombre d'un rocher, le dernier des chiffres ci-dessus. H. 5 p. 7 1. L. 10 p. Paris.
OraTures sur bois et clairs-obscurs italiens.
Additions à Bartsch.
(Vol. XII. Peintre -Graveur.)
Nous donnerons ici les notices que nous avons pu recueillir sur les graveurs sur bois du XVI«. Siècle en Italie en tant qu'elles sont restées inconnues à Bartsch ou que nous ne les ayons point déjà données nous -même en parlant des différents mattres comme, par exemple, de Zoan Andréa, de Domenico Campagnola ou de Beccafumi. Quant aux plus anciens graveurs sur bois et sur métal, nous en avons déjà fait mention dans la partie historique de cet ouvrage et nous ajouterons seulement à ce propos que le mattre au chiffre "F^^est selon toute probabilité Florio Vavassore, frère de Zoan Andréa, qui en commun publièrent à Venise un recueil de poésies de 52 feuillets avec Registre; au verso du dernier feuillet est la signature: Per Gionaiîi Andréa Vavassore detto Guadagnino et Florio fratello nel anno del Signore MDXXXXIIII. Nous ajouterons au Catalogue des clairs -obscurs donné par Bartsch toutes les gravures sur bois du XVP. Siècle en Itahe qui sont tombées sous nos yeux ou sur lesquelles nous avons des indices authentiques. Bartsch, dans sa description de ces pièces au nombre de 207, les a distribuées par ordre de sujets, en commençant chaque série par le No* 1. Nous croyons qu'une pareille division n'est point sans inconvénients et nous avons préféré donner à notre Catalogue une numération progressive.
206 Gravures sur bois et clairs-obscurs italiens.
VDC, VGO-
Ugo da Carpi.')
Ce peintre graveur sur bois était issu de Fancienne famille des Comtes de Panico qui, vers le milieu du XV®. Siècle, se transféra de Parme à Carpi, mais qui eut son origine du château de Panico, situé à 14 milles environ de Bologne sur la rivière Reno. D'après la notice généalogique donnée par Gualandi, Ugo était fils du Notaire Comte Astolfo et de sa femme en secondes noces Ëlisabetta di M"" Giovanni da Dello. On ne 3ait point au juste quelle est Tannée de sa naissance, que Ton place ordinairement vers 1480, mais dont on doit reculer la date si Ton tient compte du passage dans sa supplique au Sénat de Venise en 1516, où il se représente comme un homme déjà fort âgé (venuto alT età senile) et si nous réfléchissons que son frère aîné Giovanni avait déjà rédigé des actes en 1462. Il est vrai que Ugo était le dixième enfant d'Astolfo, mais il n'est guère probable qu'un intervalle d au moins quarante ans se soit écoulé entre sa naissance et celle de son frère aîné. Nous serions par conséquent enclin à le faire naître vers 1450.
La première mention que nous avons de lui se trouve dans le testament de son père, en date du 21 septembre 1490, fait dans sa maison, No. 174 de la rue de Castelvecchio ou délia Torre. Il semble s'être porté pour affaires à Milan en 1502, puisque dans un document daté de Tannée suivante nous le trouvons en relations avec le célèbre typographe Nicole Bissoli, aHas Lelli, et M°. Benedetto del fù Ser Michèle pour lesquels, sans doute, il eut à exécuter des gravures sur bois ou sur métal.
Le 18 mars 1504, nous trouvons que M°. Bernardino del fù Giacomo Lochi da Parma fait un paiement à M°. Ugo di fù Co. Astolfo da Panico pour une pièce de terre que celui-ci lui avait vendue le 11 juillet 1503. Gualandi observe à ce sujet que les biens dont Ugo avait hérité de son père et de son frère puîné Pietro Giovanni étaient fort diminués, sinon complètement perdus.
1) Nous empruntons la plupart de nos notices sur ce maître distingué à l'excellent ouvrage de Gualandi, intitulé „Di Ugo da Garpi e dei conti da Panico. Memorie e note etc. Bologua 1854."
Ugo da Carpi. 207
Ugo s*était marié avec Cassandra Solieri, qui ne sortit jamais de Carpi, où elle mourut en 1520. Il en eut deux filles, Jeanne et Elisabeth, dont la dernière se maria quatre fois.
Entre 1506, et 1509 il se rendit à Veaise, où il séjourna jusqu en 1516. Nous parlerons plus loin de sa demeure dans cette ville quand nous ferons mention d'un document très-intéressant de cette époque, où il parle de son invention des gravures sur bois de plusieurs planches, pour laquelle il demande un privilège au Sénat. Peu de temps après, il a dû se rendre à Rome et s'y être arrêté au moins jusqu'en 1518, quand il grava ses beaux clairs-obscurs d'après les dessins de Raphaël et qui sont les plus anciens que nous connaissions en Italie et qui soient arrivés jusqu'à nous. Son dernier travail de ce genre porte la date de 1523, qui est aussi celle de sa mort, qui eut lieu le 20 juillet de cette même année.
Nous possédons sur les travaux artistiques d'Ugo da Carpi deux documents, où il apparaît comme peintre et comme graveur sur bois et que nous donnerons ici dans leur teneur. Le premier est un contrat passé avec le peintre Saccacino, comme suit:
•„1503. 21 août. Maître Ugo, peintre, fils de feu le comte Astolfo da Panico, et Saccacino, fils de Maître Bartolomeo Saccacini, ont conclu entre eux le contrat suivant valable pour trois ans. In nomine Cbristi. Amen.
„Saccacino susdit promet d'exécuter au mieux de ses talents et selon toutes les règles de l'art les peintures que Maître Ugo entreprendra de faire à Carpi ou ailleurs. Et ledit Saccacino aura une moitié du prix de ces travaux, et Maître Ugo l'autre moitié, à la condition pourtant que ce dernier fera les dépenses des couleurs pour lesdits ouvrages et qu'il ne puisse faire aucun contrat pour de nouveaux travaux sans l'assentiment dudit Saccacino. Et dans le cas où Maître Ugo lui-même travaillerait à ces ouvrages un ou plusieurs jours, ou s'y ferait aider par ses élèves, ledit Saccacino aura à l'indemniser comme suit: le salaire d'un jour de travail pour une journée dudit Ugo et celui d'un jour de travail pour deux journées de ses élèves. Et promettent et s'engagent de maintenir ces stipulations, etc., et de ne pas y contrevenir sous peine d'une amende de dix ducats payable à celui qui aura observé le contrat: Et invitées par moi Notaire, les parties ont ratifié ce contrat en y apposant leur signature, et sur la déclaration de Saccacino susdit de ne pas avoir plus de 25 ans ni moins de 18, et de ne point voubir être dégagé de ses promesses par absolution ou autre-
208 Gravures sur bois et clairs-obscurs italiens.
roent. Fait à Carpi, à Borgo San Francisco, dans TAtelier de Giov. Battista da Coino, en présence de Galeazzo de Conca et de Maître Ludovico de Storlis, témoins. Ego Cbristoforus Carnevalis Notarius R.^^
Il ne paraît pas qu'aucun des ouvrages de peinture d'Ugo da Carpi dans sa ville natale se soit conservé jusqu'à nos jours, et nous n'en avons aucune autre notice que celle communiquée à Tiraboschi') par Favocat Ëuslachio Gambassi, touchant un contrat par lequel notre maître s'engageait vis-à-vis d'un particulier de Carpi à lui peindre la frise de sa maison dans la rue du Belvédère.
Vasari lui-même ne fait mention que d'un seul tableau à l'huile de Ugo représentant la Véronique avec la Sainte-Face entre les Apôtres St. Pierre et St. Paul. Ce tableau se trouve actuellement dans la Sacristie des „Benefîciati^* du Chapitre de St. Pierre de Rome , où on le transféra de la Chapelle „del Volto" dans la vieille église. Vasari mentionne qu'il s'y trouvait une inscription^) disant que le maître avait exécuté ce tableau sans pinceau et que l'ayant montré une fois à Michel-Ange, celui-ci aurait observé en riant que Ugo aurait mieux fait de se servir du pinceau, puisqu'il aurait peut-être mieux réussi alors à faire un meilleur tableau.
L'autre document que nous avons mentionné plus haut est une supplique de Ugo da Carpi en date du 24 juillet 1516, adressée au Doge et au Sénat de Venise pour demander un privilège en faveur de sa nouvelle invention, qui est celle d'exécuter des gravures sur bois de plusieurs planches en clair -obscur (chiaro et scuro). Voici la teneur de ce document dans la langue originale:
MDXVL die vigesima quarta julii.
Serenissimo Prencipe et excellentissimo Senato.
Cum sit che io Ugo da Carpi intagliador de figure de legno sono stato lungo tempo sempre nella Città vostra preclarissima di Venelia, et ho consumato la mia zoventù in essa et per esser venuto ail' età senile, et volendo io viver del solito exercitio mio: et havendo io trovato modo nuovo di stampare chiaro et scuro, cosa nuova et mai più non fatta, et è cosa bella, et utile a molti che
1) Storia délia letteratura italiaoa. Milan 1824. Vol. 13, p. 2421.
2) „Per Ugo da Carpi, intajatore, fata senza penelo.*'
Ugo da Carpi. 209
hanno placer di dissegno: et più havendo io intagliato et habia da intagliare cose mai più faite, ne per altri pensate: délie quai mie fatiche prostrato chiedo, domando et supplico di gratia dalle illustrissime signorie Vostre si degni per sua clementia foncedermi, che niuno non possi, ni osi contrafare alcun mio disegno, intaglio, semper cum ogni reverentia parlando, che non sia contra aile gratie per altri tolte; solum per el mio inzegno il quai dimostrerô esser necessario et utile, et chi volesse esser presuntuoso di contrafare alla mia gratia, et volendo quelli stampar qui, over fuora di qui non possi Tenderli nelli luoghi subditi ail' Illustrissimo Dominio Vostro sotto pena di perder Ve figure, et per ogni figura ducati dese divisi in tre. Una parte alla pietà, la seconda a quel Dominio, dove sarà fatta la denunzia, ed il terzo allo acGUsatore. Alla gratia délie Illustrissime Signorie Vostre humilmente mi raccomando.
Die ut sopra
Q. suprascripto Magistro Ugoui concedatur quantum ut
supra continetur.
On devra remarquer que, d^ns ce documeut, Ugo da Carpi ne se donne point la qualité de peintre, mais uniquement celle de graveur sur bois; qu'il y dit formellement que séjournant depuis fort longtemps à Venise, il y a passé sa jeunesse et y est devenu vieux dans l'exercice de son art et qu'il décrit l'art de graver sur bois en clair-obscur comme de sa propre invention et comme étant une chose jamais faite ni pensée auparavant.
Il résulte de tout ceci que Ugo da Carpi est né bien avant 1480, comme nous l'avons déjà observé ; qu'il a vécu fort longtemps à Venise «l qu'il s'y est occupé principalement à graver sur bois, ce qui pourrait faire croire qu'un nombre de belles pièces non signées exécutées à Venise et communément attribuées à Boldrini sont en réalité d'Ugo da Carpi; enfin qu'en 1516 il a inventé l'art de graver en clairobscnr, ce qui coïncide d'ailleurs assez bien avec l'époque de la première apparition de ce genre de travail en Italie. Dans le résumé que nous avons déjà donné de l'histoire de la gravure sur bois, nous avons démontré que Jost de Necker avait déjà fait à Augsbourg, en 1510, une gravure sur bois de trois planches, ce qui donne à l'AUe- VI. U
210 Gravures sur bois italiennes et clairs-obscurs.
magne la priorité d'invention dans Tart de graver en clair -obscur. Il est possible que Ugo da Carpi ait trouvé la rnéme invention six ans plus tard, mais il n'est guère probable que, vu le commerce fréquent qui existait alors entre Augsbourg et Venise, il ne soit pas parvenu dans cette dernière ville avant 1516 aucune pièce en clair-obscur du maître allemand. On serait donc justiûé à croire que Ugo, malgré son assertion, aura vu quelque gravure de ce genre et qu'il en aura profité pour se porter inventeur de Fart de graver en clair-obscur.
Hugo da Carpi, comme nous l'avons vu par l'apostille à la supplique ci -dessus, obtint immédiatement du Sénat de Venise le privilège demandé. Il se rendit ensuite à Rome, où il exécuta ses beaux travaux en clair-obscur, d'après les dessins de Raphaël, et dont deux^ la Mort d'Ananias (R. No. 27) et l'Enée et Anchise (R. No. 12), portent l'inscription suivante:
RAPHAËL. VRRINAS. Qvisqvis. has. tabellas. invito. avtore. imprimet. ex. divi. Leonis X. ac. ilC principis. et. Senatvs. Venetiarvm. decretis. excomvnicationis. senten-
tiam. et. allias, penas. incvrret. Rome. apud. vgvm. di. Carpi. impressam. M.D.XVIII.
Un ouvrage de calligraphie devenu très-rare nous indiquera combien de temps notre maitre passa à Rome après la mort de Raphaël et celle de sa propre femme en 1520. Ce livre fut publié à Rome parLudovicus de Henricus Vicentinus, en 1523, et gravé sur bois ou, comme il parait plutôt, sur métal par Ugo. da Carpi. La date de l'exécution de cet ouvrage qui a pour titre: „La opéra di Ludovico Vicentino da imparare a scrivere
lettera cancelleresca, etc. In Roma per invenzione di Lud^ Vicentino, scrittore." nous est fournie par l'inscription sur le 14* feuillet: Ludovi eu s Vicentinus scribebitRomeanno salutisMDXXIII., tandis que les exemplaires qui nous sont connus ne portent point sur le titre le lieu d'impression ni l'adresse de l'imprimeur, mais seulement l'indication : Intagliata per Uto da Carpi*) avec les dates de 1532 ou 1535. Cependant, malgré la contradiction apparente, nous devons tenir compte de l'assertion positive de Gualandi, que notre maître mourut le 20 Juillet 1523.
1) Sotzmann donne dans les Archives de Naumann II. 285 — 303 des détails étendus sur les différentes éditions de cet ouvrage.
Ugo (la Garpi. 211
Bartsch avait déjà fait mention de cet ouvrage d'après les indications fournies par Tiraboschi et sans l'avoir vu. Mais comme nous devons à la complaisance de M. R. Weigel de Leipzig la communication d'un exemplaire de l'édition de 1535, il ne sera pas sans intérêt d'en donner ici une description plus complète.
Voici quel en est le titre:
THESAVRO DE SCRIÏTORI.
Opéra artificiosa la quale con grandissima arte, si per pratica come per geometria insegna a scrivere diuerse sorte littere: cioè Cancellaresch^a; merchantescha: formata: cursiva: Antiqua: moderna: el bastarda di più sorti: cum uarij e bellissimi exempli et altre sorte littere di uarie lingue: cioè Grecha: Hebraicha: Galdea et Arabicha, Tutte extratte di diuersi et probatissimi Autori et massimameute dalo preclarissimo SIGISMVNDO fanto nobile ferrarese: mathematico et architettore eruditissimo: dele mesure e ragioni di littere primo inuentore: Intagliata per Ugo da Carpi: cum gratia: et privilegio. \^
aAaS (Et à droite de ces initiales, une main qui, avec une plume, écrit un S ; à gauche, une main qui, avec un compas, mesure un A.) Anchora insegna de atemperare le Penne secundo diuerse sorte littere e cognoscere la boutade di quelle e fare in- * chiostro etVerzino, Genaprio etVernice: cum multi altri secreti pertinenti alo Polito: etEccellente Scrittore: come per te medesimo iegendo irapararai. Ne lanno di nostra
sainte MDXXXV.
Ge petit ouvrage est de format in 8^ (H. 7 p. 6 1. L. 5 p. 3 I.) et contient cinquante feuillets ou plutôt 25 (T. plies double, dont la première moitié porte la signature AI — 24, le feuillet 22 n'en ayant aucune. Les planches de métal ont une bordure noire de la grandeur des feuilles. Au verso du titre on trouve une Epi s toi a alli Lettori, où Ton observe que l'on a beaucoup écrit sur les diverses sciences, mais fort peu jusqu'ici sur l'art de bien écrire. On a donc voulu donner dans ce livre une compilation avec les meilleures lettres, chiffres etc. de tout ce qui a été produit par les meilleurs maîtres en calligraphie. On y a donc suivi le conseil et les connaissances du célèbre SigismondoFanti, noble ferrarais et architecte érudit, etc.
Sur le second feuillet, on voit représentés tous les objets néces-
212 Gravures sur bois italiennes et clairs-obscurs.
saires pour l'écriture, lels que plumes, ciseaux, canifs, compas, encrier, bougie, lampe etc. Au verso, quatre sortes d'écriture. Le troisième feuillet, avec titre approprié, contient l'indication suivante: Opéra del tagliente nuovamente composta cum gratia neir anno di nfa sainte MDXXXII.
Suivent diverses sortes d'alphabets et d'écritures et au verso du 14* feuillet l'indication déjà donnée:
Ludovicus Vicentinus scribebit. Romae MDXXIlï. Au recto et au verso de la signature A 20 se trouve un petit alphabet composé de banderoles sur fond noir pointillé de blanc et sur le feuillet A 22 des lettres hébraïques du même genre. Suivent des règles pour tracer les lettres au moyen de carrés et de petits cercles et autres instructions dans lesquelles l'écrivain se nomme deux fois
Ludovicus de Henricus Vicentinus.
Les règles pour compter qui terminent l'ouvrage sont signées: Angélus Mutinen(sis) composuit.
Les lettres, le titre et les représentations figurées sont gravés sur métal. Les deux mains sur le titre ne sont point d'un bon dessin et ne donneraient qu'une bien faible idée d'Ugo da Carpi comme dessinateur, si elles proviennent de lui ; l'exécution des exemplaires de calligraphie est au contraire nette et ferme et d'un très-beau travail.
Nous devons encore à M. R. Weigel la connaissance d'une gravure sur bois de Ugo da Carpi, représentant un Christ mort pleuré par les siens et dont Zani a le premier décrit un exemplaire qui se trouvait dans la Collection Petronîo Buratti à Venise (Encyclopédie IL 8, p. 261). C'est une copie assez exacte de la gravure de Marc Antoine d'après Raphaël (B. No. 37) sur une seule planche et avec la signature VGO sur une tablette.
dinseppe Nicole ^Jicentino.
(Bartsch XII. 16.)
Nous n'avons aucun renseignement authentique sur la naissance, la vie et la mort de ce graveur sur bois de Vicence. Nous savons seulement qu'il vécut durant la première moitié du XVP- Siècle, qu'il fut un élève du Parmesan, dont il grava les compositions principale-
Francesco De Naulo. 215
ment en clair-obscur. Bartsch a déjà fait observer combien sont erronées les indications de Papillon et de Huber, qui donnent à notre artiste le nom de Rossigliano; mais il est tombé lui-môme dans une erreur semblable quand il donne au même graveur le nom de Vicentini et qu il le fait originaire de Trente. Il s'appuie pour cela de deux signatures: une sur la Sainte famille avec des Saints (B. S. IIL 23), où il lit: F. P. NIC. VICENTINO. T. et l'autre sur la gravure du Christ guérissant les lépreux, signée, selon le même écrivain: lOSEPH NICOLAVS VICENTINI. Mais sur la première pièce la lettre finale n*est pas un T, mais bien un F, qui veut dire fecit, et sur la seconde, avant Tornement à guise de feuille mentionné par Bartscb, on lit clairement VICENTINVS, et non VICElNTIiM. H en résulte donc que notre graveur se nommait Joseph Nicolaus de Vicence. Dans le style de ses clairs-obscurs, il a suivi la manière d'Ugo da Carpi, avec des contours très-marqués et trois planches avec des demiteintes très -chargées. Il se distingue d'Antonio Fantuzzi, son condisciple sous le Parmesan et qui a également gravé des clairs-obscurs d'après ce maître, en ce qu'il ne s'est point servi comme celui-ci de tailles pour les ombres, mais qu'il a employé à cet effet des teintes plates au moyen de la planche même.
Francesca Be l^uto.
On apprend, par la signature de cet artiste, qu'il était natif de Savoie. Cette signature se trouve sur une des onze pièces qu'il a gravées d'après Girolamo da Treviso; elle est comme suit:
FRANCISCVS DENANTO DE SABADIA. P«. MIVCIASCI US LNSCIDIT.
Comme le maître distingué dont il grava les compositions naquit vers 1508 et mourut en 1544, et qu'après avoir travaillé à Venise et à Bologne il passa au service de Henri VIII roi d'Angleterre, on peut en conclure que Francesco de Nanto exécuta ces gravures à Venise vers 1530. Nous ne possédons, du reste, aucun autre renseignement sur sa vie ou sur ses oeuvres. Ses gravures sur bois d'une seule planche sont dans le goût vénitien, d'un style large, net et ferme, et les compositions grandioses de Girolamo de Trévise , dans la .manière
214 Gravures sur bois italiennes et clairs-obscurs.
des élèves de Raphaël, ont souvent des paysages dans le goût du Titien. On attribue quelquefois à Francesco de Nanto le monogramme
lAsT,
qui se trouve sur une gravure sur bois, représentant la Fuite en Egypte. Mais ce chiffre est en même temps celui de l'imprimeur Domenico Nicolini, qui aura pu signer cette pièce comme éditeur et qui vivait à Venise vers Fan 1600.
Francesco Iftrcoliiii da Forli et Cllttseppe fort».
Marcolini, homme d'un talent supérieur, fut, en même temps que graveur sur bois, un des principaux libraires -éditeurs de son époque. Il naquit en 1500 à Forli, s'établit de 1530 à 1559 à Venise et, selon Huber, passa ensuite à Vérone. Vasari, dans sa vie de Marc Antoine, s'exprime à son sujet comme suit: „Et qui est celui qui ne contemple point sans étonnement les oeuvres de Francesco Marcolini da Forli qui, entre autres, imprima le livre intitulé Geardino de' pensieri avec gravures sur bois ayant au commencement une sphère astrologique et un portrait, d'après le dessin de Giuseppe Porta de Castelnuovo délia Garfagnana."
Ce Giuseppe Porta, peintre distingué, était, comme on le sait, élève de Francesco Salviati et eut pour surnom Giuseppe del Saiviati. Le livre mentionné par Vasari a pour titre :
Le ingeniose sorti composte per Francesco Marcolini da Forli, intitolate Giardino de' Pensieri Venezia 1540.
in-foL Une seconde édition de cet ouvrage parut en 1550, et c'est celle dont parle Vasari quand il dit qu'elle est précédée d'une sphère et du portrait de l'auteur avec plusieurs compositions de fantaisie dans le corps du volume, comme celles de la Destinée, de l'Envie, de la Misère, de la Timidité, de la Louange etc. Le portrait de Marcolini ne se trouve que dans la seconde édition.
Quoique Vasari indique clairement Marcolini comme ayant gravé sur bois, Zani *) conteste cette assertion de l'écrivain florentin en ajoutant que ce dernier était membre de l'Accademia Peliegrina de Venise
1) Encyclop. I. 13, p. 146.
Domenico dalle Greche de Venise. 215
et par conséquent collègue du Titien, de FArélin et de Vasari lui-même. Il cite encore à ce sujet un passage du Sansovino dans sa vie par Temanza, où, à la page 29, il dit que Marocolini, quoique libraire, eut le talent de faire le plan d'un pont à Murano (probablement pour relier cette tle à Venise) et que Sansovino, consulté à ce sujet, ne put s'empêcher d'approuver et de louer.
Ces talents variés et ces relations sociales ne semblent point devoir exclure cependant que Marcolini ait pu en même temps graver sur bois, comme telle parait d'ailleurs être Fopinion des éditeurs du Vasari de Le Monnier, quand ils disent dans une note que Gaetano Giordani cle Bologne a recueilli des notices sur cet artiste, notices qu'ils espèrent voir publier bientôt.
Les ouvrages avec gravures sur bois publiés par Marcolini sont, autant qu'il est à notre connaissance, les suivants:
1. Le vite de'Filosofi cavale da Laertio e altri. Adornate di bellissime et vaghe figure di Gioseppe Saluiati. Nuovamente ristampate, etc. Venegial602. 4°.
2. Ant. Francesco Doni. La moral filosofia traita dagli antichi scrittori. Venezia, Frances. Marcolini 1552. 2 vol. in 4°.
3. I dieci libri dell' architettura di Vitruvio, Iradotli e commendati da Daniello Barbaro. Vinegia, Fr. Marcolini, 1556. fol.
4. Il lerzo e quarto libro di S. Serlio sulle Antichità di Borna. 1540.
On trouve encore d'après les dessins du Salviali (Giuseppe Porta) plusieurs gravures sur bois non signées, mais qui ont toutes été exécutées par un graveur très-exercé dans son art, probablement par Marcolino.
Domenici» dalle Clreche de Veoise.
Nous n'avons point d'autre renseignement sur cet artiste que celui tiré de sa signature sur une grande gravure en bois de douze feuilles, représentant la Catastrophe de Pharaon, d'après un dessin du Titien: In Venetia p. domenico dalle greche depentore venitiano
MDXLIX.
216 Gravures sur bois italiennes et clairs-obscurs.
Comme il se qualifie seulement de peintre sans ajouter le fecit^ il y aurait lieu ^e douter qu'il fût graveur sur bois, car il aurait pu être simplement l'éditeur de la gravure en question. Nous ne connaissons point d'autre pièce avec sa signature et encore moins d'autre& gravures sur bois du même genre, c'est-à-dire exécutées d'une manière aussi rude avec une aussi grande intelligence de dessin.
On se demande qui est ce Domenico dalle Greche, peintre vénitien, qui vivait vers 1549. Lanzi croit qu'il s'agit ici du peintre, sculpteur et architecte Domenico Theoscopoli, sqrnomipé le Greco,; en ajoutant qu'il fût élève du Titien et que celui-ci l'amena, en 1548> avec lui en Espagne. Mais Lanzi se trompe en tout ceci, car aucun des anciens écrivains sur l'art ne mentionne Theoscopoli comme élève du Titien et les biographes espagnols s'accordent à dire que, né vers 1545 en Grèce, il vint très-jeune en Espagne; qu'il habita principalement Tolède, où il iii la plupart des ouvrages qui sont connus de lui en Espagne et qu'il y mourut en 1625. 11 est donc évident, que, né en 1545, il n'a pu exécuter à Venise, en 1549, la gravure dont il s'agit.
En ce temps-là vivaient à Venise plusieurs autres artistes avec le surnom de Domenico, dont un pourrait être notre Domenico dalle Greche. Zani^) en compte cinq, dont il élimine deux comme ayant vécu trop tôt ou trop tard, ce qui est surtout le cas pour un Domenico Veneziano, élève de Giulio Campagnola, qui, selon l'Anonyme de Morelli (p. 10), peignit dans la maison di Aloise Cornaro, à Padoue^ un plafond, d'après des dessins de Raphaël.
Quant aux deux autres (qui pourraient bien être une seule et même personne), ils n'étaient point peintres, mais l'un d'eux graveur en creux, dont nous avons la médaille en bronze avec le portrait de Sigismond II. roi de Pologne, et Finscription :
Anno D. Nri. 1548. Dominicus Venetus fecit.
tandis que l'autre, nommé Domenico Zenoi, orfèvre et graveur sur cuivre, tenait également un négoce d'objets d'art et vivait de 1560 à 1 580. Celui-ci, du rest«», était un dessinateur et graveur assez médiocre.
1) Enciclopedia I. 10, p. 280.
Nicolo Boldrini de Vicence. 217
]!iicolo Boldrini de Yicence.
Les seules notices certaines que nous ayons de cet artiste sont tirées des diverses signatures sur ses gravures et dont les plus complètes se trouvent sur la pièce représentant Vénus et l'Amour» d'après le Titien (B. 29.) TITIANVS INV. Nicolaus Boldrinus Vicentinus incidebat
et sur la copie de l'Homme de douleurs de la petite Passion d'Albert Durer:
Nicolaus Boldrinus Vicentinus incidit.
On trouve également sur la gravure de la Prédication de St. Jean Baptiste, d'après Domenico Campagnola, que nous avons déjà indiquée dans Toeuvre de ce dernier maître, la signature:
B.C. — Nich°. B. V. T. (Nicolo Boldrini Vicentino. tagliô). Ensuite sur le portrait d'un jeune homme à cheval, d'après le Pordenone (B. X.'9), à gauche, l'indication PORDO, et vers le milieu de l'estampe, la signature:
Nie. bol. inc.
enfln, il se signa sur une copie de l'Homme de douleurs de la petite Passion d'A. Durer:
Nicolaus Boldrinus Vicentinus incidit.
Giambattista Baseggio ^), tout en donnant un Catalogue aussi complet que possible des gravures sur bois de notre maître, en a admis dans son oeuvre plusieurs qui, à en juger par la manière, ne sauraient lui appartenir, quoique le dessin en puisse être attribué au Titien. Les notices que cet écrivain nous donne sur Boldrini sont assez maigres et ne s'appuient sur aucun document connu. Celles que nous trouvons dans Zani sont tellement confuses que nous ne saurions faire autrement que d'en relever les erreurs.
Titien, auquel on a voulu attribuer quelquefois les gravures sur bois de Boldrini, n'a certainement point manié le couteau. Vasari dit seulement à ce sujet que le grand maître vénitien a publié quelques grandes gravures sur bois très -belles. Nous avons déjà fait observer,
1) Intorno tre celebri intagliatori in legno Vicentini (Giuseppe Nicole Vicentino, Nicolo Boldrini e Giuseppe Scolari) di Giambattista Baseggio. Editione seconda. Bassano 1844. 8°.
218 Gravures sur bois italiennes et dairs-obscurs.
à propos du St. Nicolas, que Titien en avait fait le dessin sur le bois même, en laissant au graveur le soin de le tailler.
On a souvent attribué à Boldrini les chiffres iSD . B ^t ^^ î mais le premier appartient à un maître qui, s'étant formé à TEcole romaine, a gravé d'une taille ferme et fine sur bois quelques-unes des compositions de Raphaël; ces pièces diffèrent beaucoup dans la manière de celles de Boldrini. L'explication du monogramme par Niccolô detto Boldrini est de pur caprice. L'autre chiffre composé d'un I et d'un B, né reproduit point le nom de baptême du maître, et les gravures sur , bois ainsi signées sont non-seulement d'un maître allemand, mais doivent même avoir été exécutées en Allemagne, si l'on ej3 juge par le portrait de Jean de Sch warzenberg , d'après un dessin d'Albert Durer. Nous ne pouvons donc que répéter ce que nous avons dit à ce sujet, à savoir que ce monogramme est celui de Johann Bechtholt.
tUnseppe Scolari de Yicence.
Nous avons déjà dit dans la partie historique de cet ouvrage, en parlant du développement de la gravure sur bois en Italie, que ce peintre avait commencé ses études dans l'ateher de son compatriote Giovan Battista Maganza, et que l'on croyait qu'il était passé ensuite à Venise pour se perfectionner sous la direction de Paul Véronèse. En 1580, il peignit à fresque et en grisaille Ja façade d'une maison à Vicence, et on trouve de lui à Venise plusieurs grands tableaux à l'huile. Boschlni*) dit qu'il fut un excellent graveur sur bois, et la signature d'une estampe représentant un Ecce Homo, Gioseppe Scolari VicentinoF., semble confirmer cette assertion. Dans plusieurs autres pièces cependant il se contente de faire suivre son nom du mot inv. A tout événement, il avait l'habitude de dessiner lui-même ses compositions sur les bois qui reproduisent, par conséquent, toute l'énergie et toute l'originatité de son style. On peut même suivre dans ses
1) Dans ses „Minere'': Gioseffo Scolari Vicentino bravo intagliatore de stampe in legno.
Gabriele Giolilo de' Ferrarii. 219
gravures un perfectionnement successif dans la conduite de la taille; dans le St. George, par exemple, Fexécution est assez rude, les hachures, serrées et si près Tune de Tautre qu'elles donnent dans le noir, tandis que dans TEnlèvement de Proserpine la taille est plus franche, sans perdre pour cela de son énergie.
Baseggio décrit de Scolari six gravures sur bois auxquelles nous en pouvons ajouter une septième représentant St. Jérôme. Nagler ajoute également les suivantes :
1. Le Portement de croix. Le Christ est accompagné de deux bourreaux. Pièce signée G. B. M. L (Giovan Battista Maganza invenit) P. S. A. V. (les trois dernières lettres entrelacées), puis S. 15., ce qui ne nous semble pas indiquer le nom de Scolari.