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ROBERT-DUMESNIL

Ecole Française de Gravure durant le XVI®. Siècle.

Nous avons déjà donné, dans la partie historique de cet ouvrage, un résumé des travaux des graveurs français et nous renvoyons nos lecteurs à ce que nous avons dit à ce sujet. Nous faisons suivre, dans le Catalogue complémentaire ci-après, les notices biographiques que nous trouvons (avec des remarques sur leurs oeuvres) soit dans le Catalogue de Bartsch relatif aux maîtres allemands, soit dans le Peintre -Graveur français de Robert- Dumesnil, ouvrage qui doit se trouver dans les mains de tous les Collectionneurs, ce qui nous dispense de reproduire au long les notices spéciales qu'il contient. Nous traiterons spécialement des maîtres dont il ne fait pas mention, comme Jean Cousin, Jean-Louis d'Avignon et quelques maîtres anonymes.

Jean Duvet de Langres.

(Robert-Dumesnil V. p. 1.)

On sait que cet orfèvre et graveur sur cuivre naquit à Langres en 1485 et qu'il vivait encore en 1556 quand il obtint un privilège royal pour la publication de son Apocalypse figurée. Sa première gravure avec une date certaine est de 1520 et représente une Annonciation (R.-D. No. 5). Cependant il a dû commencer à graver avant cette époque, comme nous le porteraient à croire certaines estampes non signées, mais certainement de sa main et qui, à côté d'une grande

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diligence dans Texécution, montrent quelque inexpérience dans la conduite du burin et sont en partie empruntées aux compositions des grands maîtres. Parmi ces pièces, on en remarque une qui n*a pas été encore décrite, représentant le Jugement de Salomon, où le roi, Fhomme frappé d'étonnement et autres figures sont empruntés à la composition de Raphaël „Elyraas frappé de cécité.'* A ce sujet, il convient de remarquer que Duvet, tout en se montrant dans la plupart des circonstances un artiste original, ne se faisait aucun scrupule d'emprunter des figures aux autres compositeurs, entre autres de Mantègne et de Durer, d'après lesquels il a fait également des copies. Ainsi dans ses Fiançailles de nos premiers parents, il a introduit la figure d'Adam du Péché originel de Durer et pour une Vierge la Lucrèce de Raphaël gravée par Marc-Antoine.

Quelques-unes de ses gravures ont été exécutées d'après des dessins de Léonard de Vinci, soit par lui-même, soit par quelqu'un de ses élèves. C'est le cas pour le sujet connu sous le nom de Poison et Contre-poison, qui est gravé, en contre-partie, d'après la composition de Léonard, dont le dessin original se trouve au Musée britannique. Avec cette différence qu'ici l'homme assis est vêtu, le dragon mord un lion et se trouve mordu à son tour au cou par un ours. La licorne se précipite sur celui-ci, tandis qu'un autre hon se trouve sur le devant à droite et que, dans le fond, un sanglier sort d'une caverne. En haut, le soleil darde ses rayons. Le dessin est d'un plus petit format que la gravure, dans laquelle Duvet aurait fait quelque^ changements ou se serait servi d'un autre dessin , ce qui est d'autant plus probable que le dessin de l'homme nu est beaucoup plus beau que ne l'aurait pu faire le graveur, à en juger du moins par ce que nous connaissons de lui. Comme nous avons encore du maître trois autres gravures, la Décollation de St. Jean et deux Cerfs, qui mdubitablement, et surtout dans le paysage, appartiennent à l'école de Léonard, on pourrait en conclure que Duvet aurait obtenu ces dessins du grand peintre lui-même qui, à cette époque, se trouvait en France ou de quelqu'un de ses élèves et peut-être de Scolari qui, ainsi que le dit del Rio, Chap. XIH. , était occupé au château de Gaillon par le Cardinal d'Amboise.

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Additions à Robert-Dumesnil. V. p. 1 — 32.

64. Le Jugement de Sa lomoD. La disposition générale de ia composition, )a figure du roi, et celle de l'homme frappé d'étonnement sont empruntés au carton de Raphaël représentant Elymas frappé de cécité. L'enfant mort étendu sur Je terrain et un autre debout, vu ^e dos, sont pris du Massacre des Innocents du même maître; ce dernier est tenu par le bourreau armé du glaive. A gauche, on voit deux vieillards debout; l'une des femmes montre le dos; l'autre agenouillée et dans les larmeâ croise ses mains sur sa poitrine. Une autre femme et deux hommes se tiennent derrière elle. Pièce non signée. H. 5 p. 9 1. L. 8 p. 2 I. Musée britannique. Berlin.

65. La Décollation de St. Jean Baptiste. Agenouillé au milieu de l'estampe, il vient de recevoir le coup mortel et s'affaisse. A droite, près d'un gros arbre, le bourreau debout rengaine son épée. Vers la gauche, Herodiade s'éloigne à la hâte avec une suivante qui porte dans un plat la tête du précurseur. H. 5 p. 3 i. L. 4 p.

Bartsch décrit cette pièce parmi les anonymes allemands (Vol. X. p. 23, No. 42). Cependant elle est gravée tout à fait dans le style de Duvet, tandis que la composition, le paysage et la manière dont le terrain est traité démontrent que le dessin en est dû à un élève de Léonard, et comme le fond a beaucoup de rapport avec ceux de Cesare da Sesto, on pourrait croire que le dessin de cette composition lui appartient.

66. Le Christ avec la Samaritaine. Il est assis à la gauche, tenant de la main droite le globe du monde. A droite, la Samaritaine debout près du puits tient de la droite un vase attaché à la corde. Dans le fond et du même c6té, se trouvent les apôtres. A la droite du bas, une double tablette avec les initiales I. D. H. 5 p. 10 1. L. 4 p. Musée britannique.

67. L'entrée du Christ dans Jérusalem. Au milieu du haut, la double tablette avec les initiales I. D. H. 78 m. L. 78 m. «a 2 p. 11 1. en carré. (Le Blanc, Manuel, No. 16.)

68. Jésus chasse les marchands du Temple. La double tablette avec les initiales est suspendue à une colonne à droite. Mêmes dimensions que la pièce précédente. (Le Blanc, Man. No. 15.)

69. La Mise au tombeau. Le corps du Christ est porté par deux honmies sur trois gradins qui conduisent vers un sépulcre voAté à droite. Sur le devant, à gauche, la Vierge tombe évanouie,

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soutenue par deux saintes femmes assises à côté d'elle. Derrière elle, une autre sainte femme et St. Jean debout, tourné à droite et croisant les deux mains sur la poitrine. Sur une montagne, à gauche, on voit quelques édifices. En haut, sur une partie d'architecture, on lit la date de 1528. Pièce dune belle exécution. H. 4 p. 7 1. L. 5 p. Musée britannique.

70 — 72. Trois pièces d'une suite dans laquelle on a cru trouver une allusion aux amours de Henri II avec Diane de Poitiers.

— 70. Une Chasse au cerf. Le ceif poursuivi par une meute est tombé au milieu de l'estampe; un des chiens le mord au cou, un lévrier a sauté sur lui par derrière et plusieurs chiens l'attaquent de tous les côtés. A droite, deux chasseurs donnant du cor sortent de la forêt. A gauche, des édifices près d'un ruisseau. Pièce d'une belle exécution non signée. H. 6 p. 7 1. L. 10 p. 4 1. Coll. Albertine à Vienne.

— 71. La Licorne est blessée. Près d'elle, deux hommes nus richement chaussées et coiffés, auxquels deux autres jettent des pierres, etc. In-fol. en largeur. Musée britannique^

— 72. Le Conseil mis en effect sur la prinse de la Licorne. Cette inscription en caractères mobiles se trouve au bas d*une estampe avec la composition suivante:

La Licorne attachée par le cou et par le corps pose sa tète ap* pesantie sur les genoux d'une femme assise à gauche qui embrasse l'animal du bras gauche et tient de la droite une guitare. Derrière elle, une tige de lys à trois fleurs. Trois chasseurs tiennent la corde à laquelle est attachée la licorne. A droite, dans la forêt, on voit le roi avec plusieurs cavaliers suivis de chiens. Au milieu du fond, un cours d'eau avec un pont sur lequel est une potence, où sont pendus trois hommes et une femme. H. 8 p. 6 1. L. 13 p. 1 1, Coll. Albertine. Robert -Dumesnil, No, 56 , décrit cette pièce, mais d'une manière peu précise.

73. Une Biche ou un Daim; l'animal est tourné à gauche broutant une plante. Derrière lui s'élève une pousse sèche sur un vieux tronc d'arbre pourri, tandis qu'une branche verdoyante s'incline à droite. Le terrain est traité dans le goût de l'école de Léonard, mais se trouve seulement indiqué de manière à faire croire que la gravure n'a jamais été terminée. H. 6 p. 3 1. L. 4 p. 7 1. Paris.

Cette pièce a été aussi gravée au pointillé par Giulio Campagnola, et Duvet pai*alt l'avoir copiée de lui ou d'un dessin de l'école de Léonard.

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74. Une Biche couchée. Elle est tournée vers la gauche, la jambe droite de devant repliée sous elle. Sur le devant, on voit deux grenouilles et derrière ranimai s'élèvent des broussailles avec un petit arbre sec, sur lequel perchent deux petits oiseaux. Le terrain <snr lequel la biche repose est entouré d'eau et on voit dans le fond la mer avec deux petites tles à gauche; un peu plus en avant nagent deux canards et dans le lointain se^ trouvent deux vaisseaux. Le ter* rain est traité entièrement dans le style de Leonardo da Vinci. Pièce fixement exécutée sans signature. H. 6 p. 10 1. L. 5 p. 1 1. Paris.

Cette pièce a également été gravée par Giulio C4ampagnola, No. 1 7 de son oeuvre, et on peut appliquer à son égard les mêmes observations que nous avons faites pour le numéro précédent.

75. Trois chevaux qui se cabrent. L'un est vu de côté, à moitié, les deux autres de dos. Sur celui de droite se trouve un cavalier nu. Un autre homme, également nu, embrasse le cou du cheval de gauche. A la gauche du bas, une tête de chien vue de profil ; à droite, la partie antérieure du corps d'un autre chien vu par derrière. Pièce ronde de 6 p. 3 1. de diamètre. (Archives de Naomann H. p. 248.)

Appendice.

Des deux pièces suivantes signées L D. 1 530, Huber et Rost ont attribué la première à Jean Duvet et ont été suivis en cela par Le Blanc. Cependant Bartsch (Vol. VIIL p. 540) décrit ces deux pièces comme ayant été gravées en contre-partie par un anonyme, d'après Henri Aldegrever, Nos 82 et 132 de son oeuvre.

a) Mars. Le Dieu est debout, tenant, de la main gauche, un arc et, de la droite, une torche. A la gauche du bas, la date de 1530 avec les initiales L D. H. 2 p. 11 1. L. 2 p.

Des épreuves postérieures portent en forme de monogramme l'adresse A. W. exe.

b) L'Intempérance. Demi-figure de femme tenant de la main droite un serpent et posant la main gauche sur la tête d'un bouc. Au hiaut de l'estampe, sur une petite tablette, on trouve la signature L D. avec le millésime 1530 écrits à rebours. H. 3 p. L. 2 p. 4 1.

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Jean Ceiisin. ISSU— 1563.

Cet artiste, un des plus distingués de son époque, était sous tous les rapports supérieur à son compétiteur Jean Duvet. Il naquit à Soucy près de Sens vers Tan 1500. En 1537, il épousa en troisième^ noces Marie Bowyer, fille de Henri Bowyer, Seigneur de Monthard, ce qui a donné lieu à l'opinion erronée qui le fait naître dans ce dernier endroit On ne connaît point la date de sa mort, mais il a dû vivre jusqu'à un âge très-avancée. Il était en même temps sculpteur et peintre, mais surtout peintre sur verre, et à ces attributions il faut joindre celle d'écrivain. Il n'entre point dans notre plan de donner ici un catalogue complet des ouvrages qui lui sont attribués, d'autant plus que cette tâche exigerait de plus amples recherches que celles qui ont été faites jusqu'ici.

Afin d'avoir quelques points de repère sur sa carrière d'artiste, nous donnerons, en attendant, l'indication du premier travail avec une date que nous ayons de lui. C'est celui des vitraux peints pour l'église cathédrale de Sens, représentant la légende de St. Eutrope et qui date de 1530, ouvrage dû à un legs du chanoine Nicolas Rocher. Nous trouvons plus tard notre artiste employé au service de Henri U et porté dans le „Compte de M®. Nicolas Picart, durant neuf années trois quartiers , commancez le premier de Janvier 1540 et finies le dernier Septembre 1550" sous la rubrique suivante:

A Jean Cousin, imager 14 liv. par mois.

Et ensuite dans le Compte des dépenses pour le monument sépulcral de Henri H et de Catherine de Médicis, l'indication:

Année 1563. Marbres. A Jehan Cousin, pour vente d'une pierre de Marbre, 35 liv.*) Les ouvrages publiés par Jean Cousin sont les suivants:

1. Livre de Perspective de Jehan Cousin, senonois, maistre painctre. A Paris, de l'imprimerie de Jehan Le Royer, imprimeur du roy es mathématiques. 1560. In-fol. Avec gravures sur bois. Voici ce que dit l'éditeur au sujet de notre artiste:

„Jean Cousin (en l'art de portraicture et peinture non infime à Zeuxis ou Apelles) a composé et ce livre et les figures pour l'intelligence d'iceluy nécessaires, portraictes de sa main sur planches de bois,

1) Nous empruntons ces détails à rexcellent livre du M. le Cte. Léon de Laborde : „De la renaissance des Arts à la Cour de France" ; pp. 423 et 533.

Jean Cousin. 261

et j'ai accepté loffre et ay taillé la plus grand' part desdiltes figures, et quelques unes qui auparavant estoient encommencées par maistre Aubin Olivier, mon beau frère, les ay parachevées et mises en perfection, selon l'intention de l'auteur etc.''

2. Livre de portraicture, avec figures en bois, 1593. On ne sait point si cette édition est la première de cet ouvrage, qui en a eu plusieurs dépuis, et entre autres la suivante, qui aparu 10 ans plus tard : ^

Livre de Pourtraicture, contenant les plans et figures de toutes les parties séparées du corps humain, imprimé en 1603, chez Le Clerc, marchand graveur à Paris.

Une s^utre édition porte le titre qui suit:

Livre de Portraittre de Maistre Jean Cousin Peintre et G eometrien Très-excellent. Contenant par une facile instruction, plusieurs plans et figures de toutes les parties séparées du corps humain: ensemble les figures entiers tant d'hommes que de femmes, et de petits enfans: Veuës de front, de profil et de dos, avec les proportions, mesures, et dimensions d'icelles, et certaines règles pour racourcir par art toutes lesdites figures: fort vtile et nécessaire aux Peintres, Statuaires, Architectes, Orfeures. Brodeurs, Menusiers et généralement à tous ceux qui aiment l'art de Peinture et de Sculpture. A Paris chez Jean le Clerc 1608. In-fol. oblong.

L'ouvrage se compose de 40 feuillets dont 37 contiennent des figures sur bois, d'après les dessins de Jean Cousin, gravés par l'éditeur Jean le Clerc. Le No. 17 était signé de ses initiales L« C.

Une édition postérieure parut encore à Paris avec le titre: La vraye Science de la Povrtraicture descrite et démontrée. Par inattre Jean Cousin etc. Paris chez Guillaume

Le Bé. 1656.

On peut juger par le contenu de cet ouvrage que Jean Cousin avait fait de sérieuses études de son art et qu'il était un dessinateur très-correct. Son style et sa manière se ressentent de l'influence de l'école italienne de Fontainebleau et ses figures un peu allongées ont le cachet de Télégance française de cette époque qui, peu soucieuse

1) La première édition que Ton connaisse est celle de 1571; la seconde date de 1589. Celle de 1593 serait donc la troisième.

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du naturel, tombait le plus souvent dans la minauderie et le maniérisme.

On ne connaît de Jean Cousin que trois gravures sur cuivre, dont la dernière surtout est dessinée et taillée avec beaucoup d'esprit; ce sont les suivantes:

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