‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 158 sur 328 · CHAMPAGNY · texte numérisé non relu

CHAMPAGNY

En attendant le moment d'entreprendre ces

grands travaux, David eut à commencer le Portrait de Pie VII.

Le Souverain Pontife était logé appartements. Il se mont

ses fonctions de premier Peintre par

aux Tuileries, et donnait séance à lartis a, dit-on, inquiet de se trouver seul

tué son roi, et qui n'aurait fait qu'une bouchée d’un pauvre pape de papier mâché ». Cepen-

te dans ses

avec un « homme qui avait

dant, l'accueil sympathique qu’il avait recu des populations pendant son voyage en France, l'avait extrèmement étonné et aurait pu le convaincre que les passions de la Révolution » el Qu'on ne s'approchait Pas Sans une respectueuse impression du Père des fidèles. David ressentit aussi ce s éral. Il fut profondément remué par la modestie, la simplicité de Pie VIL, et, se reportant par la pensée à ces papes,

cesseurs, entourés de toutes les splendeurs et de toute

sance, il ne pouvait contempler

étaient alors bien calmées

entiment gén ses prédé-

des arts et de la puissans émotion ce Souverain Pontife, pauvre comme saint Pierre, portant des vêtements ornés de broderies fausses, et donnant chaque jour des preuves de ses grandes vertus chrétiennes. 11 avait été surtout frappé de la sérénité e

S les riches

t du calme

empreints sur la figure de Pie VIL. Son œil bien enchâssé, son regard profond et doux, sa bouche bienveillante, ses mains si fines, {ous ces détails avaient éveillé en lui une sorte de passion pour son modèle. I appliqua toute sa science à rendre avec sincérité l’ensemble qu'il

avait sous les yeux, et il exprimait bien sa pensée en répondant au Saint-Père qui,

croyant voir percer en lui une certaine hésitation, s’étonnait qu'un aussi grand professeur fatembarrassé : « C'est toujours en tremblant qu'un véritable artiste lutte avec la nature. »

Dans cet ouvrage, il s’efforça donc de la suivre pas à pas, et la reproduction fidèle qu'il

a laissée des traits de Pie VII est l'expression la plus sensible du caractère de ce pontife si

admirable par sa mansuétude ef sa bienfaisance.

Ce portrait, terminé au commencement de mars 1804, fut exposé dans la galerie du Sénat.

Nous reproduisons un article du Journal des Débats, qui donne d'intéressants détails sur l'effet qu'il produisit dans le public.

« Depuis longtemps on n'avait point vu de productions nouvelles du chef de notre école. Ses derniers ouvrages, renfermés dans un atelier et visités des seuls amateurs, s'étaient soustraits au jugement de la multitude. On s’est donc porté en foule, et dans une grande attente, à l'exposition qu'il vient de faire au Luxembourg d’un portrait du Pape, et chacun dit son sentiment sur ce tableau avec cette liberté et parfois cette témérité d'opinion qu'on n’observe que dans les réunions vraiment publiques.

» Le commun des curieux, ébahis, non sans raison, de la ressemblance frappante du portrait et de limitation des objets accessoires, regrette avec une sorte de surprise que la figure qui lui semble un peu gènée sur son siège ne soit pas représentée en plus grand. Les connaisseurs admirent l’ensemble parfait de la figure, le beau dessin des mains, et dans

toutes les parties la même correction et une touche plus large, plus ferme encore que de

coutume; mais quelques-uns ne trouvent point assez de grandeur dans la physionomie, el auraient préféré l'image idéale de la majesté des Pontifes à l'expression vraie de la douceur et de la charité qui sont le caractère particulier et dominant de S.S. Pie VII.

» Chargés de raconter les jugements du public, nous nous faisons un devoir d'expliquer ce qu'ils semblent avoir de contraire à la grande renommée de celui qui en est l'objet.

» Peu de peintres ont été aussi heureusement inspirés que l'est ordinairement David. Cet artiste qui n’est pas toujours exempt des séductions de son imagination dans les jugements qu'il porte des ouvrages des autres, et que nous avons entendu plus d'une fois applaudir avec enthousiasme aux inventions bizarres de ses propres élèves, n'a jamais donné lui-même dans les écarts qu'il admire et dont il semble se reprocher de n’être pas capable. ; je me plais à remarquer les contradictions entre les préjugés et les pratiques d'un grand artiste

Presque toutes ses compositions portent au contraire le caractère d'une grande sag

tible à une chose qui constitue

parce qu’elles me semblent le signe de cette aptitude irrés

le génie.

» Je citerai comme une preuve de cetle sage inspiration du peintre David, son tableau

des Zoraces qui fait actuellement partie de la galerie du Luxembourg Certes, on ne peut

supposer que l’auteur de tant de savantes combinaisons ait manqué de l'intelligence sufli-

Page 1