‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 57 sur 328 · DAVID EST NOMMÉ DU COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DAVID EST NOMMÉ DU COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE

sur un char triomphal trainé par quatre taureaux vigoureux. Des citoyens, armés de sabres et frappant les despotes renversés et tremblants de terreur, courent en avant de l'attelage au-dessus duquel vole, menaçante, une figure ailée de la Vengeance populaire.

Sur le devant du char sont groupés le Commerce, l'Art, la Science entourant l’'Abondance, et sur les genoux du Peuple se tiennent debout l'Égalité soutenant son niveau et la Liberté tenant une pique surmontée du bonnet phrygien.

Derrière le char qui écrase en sa marche les emblèmes de la royauté et de la féodalité s'avancent les martyrs de la liberté : Cornélie et ses fils, Brutus l'Ancien, Guillaume Tell; au premier plan Marat agenouillé découvre sa poitrine ensanglantée ; près de lui, Lepelletier chancelle en comprimant sa blessure; enfin au milieu d’un groupe brandissant le couperet de la guillotine, des épées, des fers, du poison, le représentant Bayle s'étrangle avec sa cravate.

Ce mois de brumaire an II nous semble ètre l’époque la plus ardente de la fièvre

républicaine de David. Il avait demandé l'érection de la statue du Peuple sur les débris des statues royales, obtenu l’établissement d’un jury républicain pour les arts et offert à la Convention son tableau du Marat en réclamant pour lui les honneurs du Panthéon.

Était-ce l'effet de son entrée dans le Comité de sûreté générale où il avait été appelé le 13 septembre 1793?

Dans la division que le Comité avait faite de ses travaux, il avait été désigné parmi les cinq membres chargés des interrogatoires et dans la répartition du territoire de la République en quatre régions, attaché à celle de Paris.

Ces fonctions l’avaient conduit à assister, le 7 octobre, à l’interrogatoire au Temple de la fille et de la sœur de Louis XVI, et à entendre ce monument monstrueux de la fureur des partis; ces imputations injurieuses de Chaumette, appuyées sur les déclarations extorquées la veille devant Pache et Hébert au malheureux Louis XVII, auxquelles ces deux nobles femmes opposèrent de si dignes dénégations.

Il p:

aux Jacobins. Il assistait alors assez régulièrement aux séances, et vendémiaire et

ait pour être au Comité le représentant des amis de Robespierre, tout puissant

brumaire sont les deux mois où l’on trouve le plus de traces de sa présence dans les travaux du Comité de sûreté générale.

Ne trouverait-on pas à cette exaltation momentanée une excuse dans la fureur qui animait les partis? N'est-ce pas l'heure où la Révolution, répondant par la terreur aux attaques de ses ennemis, faisait tomber sur l’échafaud les têtes des plus illustres et intéressantes victimes ? n’est-ce pas le moment où la nation en délire voyait les gardiens sacrés de Notre-Dame de Paris apostasier le culte du Christ pour inaugurer sur les autels souillés celui de la déesse Raison?

Mais peu à peu les nombreuses occupations qui appelaient David au Comité d’instruction publique et qui répondaient davantage à ses aspirations l'emportèrent, et il abandonna toute la besogne de la sûreté générale à Amar, Vouland, Louis du Bas-Rhin, et leurs collègues.

Cependant, au milieu de cette démence générale, il s’en tenait au moins aux attributions de son art, et dans sa véhémence laissait échapper un cri voisin de l’héroïsme :

« Za victime fournira le bronze », et la Victoire avait tenu parole.

L'année 1793 se terminait par des succès qu'avait fait prévoir l'union des Français au 10 août. Partout la République avait vaineu ses ennemis. La prise de Toulon fournit à la Convention un prétexte pour ordonner une fête militaire qui consacrät le triomphe des quatorze armées que son énergie avait créées pour la défense de la patrie. David fut l'ordonnateur de cette fète nationale, et le 5 nivôse il présentait à la Convention le rapport suivant fait au nom du Comité d'instruction publique, « ex mémoire des victoires des

armées françaises el notamment à l'occasion de la prise de Toulon. »

«Je ne viens point reproduire ici les détails si intéressants que vous a donnés hier votre Comité de salut public sur la victoire de Toulon : elle a rempli d'ivresse tous les cœurs républicains. Cet événement est si grand, il aura tant d'influence sur le sort de la guerre,

que nous l'avons considéré comme le présage de toutes les victoires; il réveille surtout en

nous le souvenir de nos succès passés ; il attire nos regards sur toutes les armées de la République : il n’en est aucune qui ne se soit couverte de gloire. Il est temps de célébrer nos triomphes ; il ne suflit pas de chanter les exploits des braves défenseurs de la liberté, la nation doit les consacrer par des récompenses. Quelle que soit la carrière qui nous reste à parcourir, que la distribution de ces récompenses commence aujourd’hui, et que la justice nationale apprenne à l'Europe entière que la PATRIE n’est pas un vain mot, ni

la RECONNAISSANCE une promesse impuissante et stérile.

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