L'ORAGE
Le lendemain une chaloupe, montée par six hommes, sortait de la rivière Saint-Charles, Une légère brise enflait la voile ; la mer commençait à baisser et les navires à l'ancre évitaient. La chaloupe passa sur la batture de Beauport, et découvrit bientôt la nappe du Montmorency qui tombe d’une hauteur de deux cent quarante pieds, dans un bassin limpide, entre des rochers abrupts qui s’avancent comme deux bras pour la protéger ou la saisir. La blanche écume de l'onde qui se déchire et se brise sur les angles de Ja pierre, est comme un immense drapeau blanc que le vent secoue avec fureur. Et, comme une éclatante fumée, la vapeur tourbillonne au pied et monte jusqu'au faîte de cette cataracte magnifique. On croirait que la rivière se précipite dans un brasier qu'elle éteint, On croirait que le brasier mugit de colère et veut étoufter sa rivale dans les brillantes spirales
> par Six Charles.
1er COM- l'ancre batture appe du teur de bassin qui s’atéger où nde qui s de la u blanc comme onne au ataracte e se préint, On à et veut spirales
de sa fumée. La chaloupe passa devant la chute, et les brigands, pas plus que les autres mortels, ne purent demeurer insensibles aux attraits de ce spectacle merveilleux. La brise se calma tout-à-fait vers le soir, la voile fut roulée autour du mât, et le mât, couché sur la chaloupe. Alors deux des brigands se mirent
.à ramer. Les rames de frène faisaient rendre
aux tollets un cri plaintif et monotone. Le sillon léger de l’embarcation mourait avant d'atteindre le rivage, comme meurt dans l’espace une voix lointaine, Les arbres des bords paraissalent remonter le fleuve. Les plus rapprochés fuyaient plus vite. La chaloupe passa devant l'église de l’Ange gardien, l’une des plus humbles de la côte pittoresque de Beau pré, puis devant l’église de Saint Pierre d'Orléans, juchée haut sur les bords escarpés de la plus belle des iles. Deux autres rameurs remplacèrent les premiers. Le chef tenait le gouvernail.
Racette se délecte dans l'espoir d’une belle vengeance, et sa passion pour Greneviève se réveille plus violente que jamais. [Il cherche des yeux la grande maison à pignon rouge, car déjà la flèche du Château Richer paraît en
arrière de la chaloupe, et cette maison doit être à une vingtaine d’arpents plus loin que l'église. |
—Voyez-vous, dit-il, là-bas, entre ces deux grands ormes, une cheminée blanche ? et il montre de la main.
Oui répondent les voleurs.
— Bien! ce n'est point là !
On se met à rire.
—Mais c'est tout à côté, continue-t-il, et l’on verra le pignon rouge dans ure minute.
En effet, une minute ne s'est pas écoulée que la grande maison blanche à pignons rouges de Lepage, se dessine nettement sur le fond noir des arbres, au pied de ce rocher qui court le long du fleuve avec sa chevelure d'arbres magnifiques sur le côté, et, sur la tête, comme une corbeille de fruits, ses champs féconds.
—Arrêtons-ici; mouillons ! ordonne le chef.
Pendant que les bandits, assis ou demi couchés sur les bancs de leur chaloupe, s’amusent à boire et à fumer, jetant de temps à autre une ligne sans appât aux poissons indifférents, pour tromper les curieux qui vou-
n doit draient les espionner, plutôt que les inoffenn que sives carpes rondes, un nuage sombre monte | sur la chaîne bleue des Laurentides. Une ; deux brise fraiche s'élève tout à coup, et fait courir ?etil un frisson sur le sein du fleuve. Un léger clapotement commence sous les flancs de la
chaloupe.
—Tant mieux si l’on a du vent cette nuit !
dit le maître d'école: il nous sera plus facile de retourner à Québec.
t-il, et j tete Le nuage monte vite et s'étend sur le ciel, x lé au-dessus du fleuve, comme un immense couécoute À mrcle noir qui serait tombé du faîte des monpignons tagnes. La brise a des accès de fnreur, et nt sur le alors elle soulève l’eau comme une poussière, P cher qu Bientôt les vagues se creusent et le fleuve re devient semblable à un champ labouré. Comme ête ) r la tête, les blanches fleurs du sarrasin s’agitent au vent champs
sur les sillons, ainsi s’agitent les panaches des flots en courroux. Le tonnerre gronde, et son
» le chef. murmure solennel ressemble au bruit des u demi chars sur un pont élevé; et, comme d’autres e, sSamu- tonnerres non moins terribles, les échos du temps à Map Tourmente répètent tour à tour ses sossons in nores grondements. Des éclairs déchirent les
qui vou nes en se tordant comme des serpents de feu.
{ » , RS notre breton dore
— Allons à terre, dit le chef.
—Ou bien sur un des ilets, reprend Charlot.
Les autres sont d'avis qu'il vaut mieux chercher un refuge sur un ilet, que de s’exposer à être vus sur le rivage, et peut-être reconnus,
Mettons-nous à la voile ? demande le charlatan.
— Pourquoi pas ? la chaloupe est sûre.
La chaloupe dansait comme une bacchante prise de vin. Il ne fut pas facile de planter le mât et de dérouler la voile. Cependant après quelques minutes, l'embarcation s’élance ra.
pide et penchée vers l’ilet. La pluie tombe par torrents, et la cilameur du fleuve redouble.
— Tonnerre ! dit le chef, raidis l'écoute, Robert, il faut arriver.
Robert tire de toutes ses forces sur la drisse quil attache à l'un des taquets. La voile sé lève, se tend et reçoit le vent de plus pris. La chaloupe se précipite comme un coursier sous un coup de fouet. Une bourrasque mugit au même instant.
—Lâche l'écoute ! hurle Le chef.
Il était trop tard. La voile tendue vien
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frapper les ondes: la chaloupe demeure quelques instants sur le flanc, puis peu à peu le mât s'enfonce avec la toile appesantie par l'eau ; elle chavire tout-à-fait. Les brigands poussent un cri de rage en se cramponnant à la frêle embarcation.
Sur le bord du rivage, un jeune homme sétait arrêté regardant la chaloupe audacieuse qui ouvrait son aile dans le vent d'orage. Un canot se trouvait près de lui, à sec sur les
| galets, et, tout près du canot, un bouquet
d'aunes dont les rameaux serrés offraient une légère protection contre la pluie etle vent. Le jeune homme ne voulait pas s'éloigner du canot avant que les imprudents pêcheurs ne fussent en sûreté, car il prenait pour des pêcheurs attardés les cinq brigands. Il se blottit sous la tale d’aunes. Il était là grebttant depuis quelques minutes quand la cha-
A oupe tournoya comme un oiseau que le plomb
a blessé dans les ailes. N’écoutant que son tourage, et confiant dans son habileté à manier laviron, il pousse le canot sur la vague icumeuse et saute dedans. La mer montait et le vent soufflait du nord. Il n'éprouve pas de difficultés à s'éloigner de
la rive. Il rame avec force, tenant toujours le canot vent arrière. Cependant les vagues secouent leurs aigrettes d’écume dans le frèle esquif, et deviennent de plus en plus terribles à mesure que le fleuve est plus pro- . fond. Le dévoué garçon regarde les cinq malheureux cramponnés à la quille de la cha.
loupe, et se dirige sur éux. Il se recommande à Dieu et à Sainte Anne, comprenant bien le danger sérieux auquel il s'expose volontiers. Il est consolant de savoir que l'amour de Dieu compte encore plus de dévouements que l'a mour. de l'or, et que la charité fait plus de martyrs que l’égoiïsme.
Le vent jeta les naufragés sur l’ilet qu'ils désiraient atteindre. Alors le jeune homme fut tenté de virer; maisil craignit de verser en présentant au vent et aux flots le côté de son canot sans défense, Il continua de fuir devant la tempête : Ce fut son salut. Il atterrit à l’autre extrémité de l'ilet. L’orage commençait à perdre de sa fureur. Une barre lumineuse ceignit, comme une auréole, le front des montagnes ; la pluie cessa peu à peu, et le tonnerre lointain laissa dormir les échos du Cap Tourmente.
Jujours vagues le frèle lus terus proinq mal:
, ja chammande t bien le olontiers.
r de Dieu s que l'a t plus de
ilet qu'ils Le homme de verser
Une barre ole, le front peu, et le | échos du
LS ÿui j Fr aan le jeune homme est tout "APR Qu 7. canot à sec, et se met à froid. Il se su 7 jet Ps curieux de connaître les KR DA 4 HEC à LR sa vie. Il ss des MU Lip fret tantôt sur les bords de es ous les broussailles humides, “à bee descendent vite sur le fleuve, Il es e rebrousser chemin, afin de repasser avant la nuit. Ils’arrète. Le fl sara MAN se plaint et brise pi Fe sa ne rivages. 11 croit distinguer un à e au milieu de ces plaintes i L pa Il avance davantage. Le même ri k M comme un éclair dans le ne ne e encore. Alors des voix disti NS ivent à ses oreilles. Il écoute. au
: — Par tous les diables ! disait une voi l'avons échappé belle ! Où.serion je tenant 7... PV aebiYon — Avec les poissons !
—Chez le diable !
| —Un peu plus tôt ou un peu plus tard, cela À FA + | importe peu, répondait une autre voix
La chaloupe ullait si vite, reprit la première voix, que je n'ai pas eu le temps de penser à la bonne Sainte Anne !......
— Si nous avions fait un vœu, les gens di.
raient que c'est le vœu qui nous a sauvés.
— C'est bon pour le muet de faire des vœux!
Le jeune homme, surpris, redoubla d’attention.
—La chaloupe est-elle en ordre maintenant ?
—Prète à vous recevoir, chef,
— Les rames sont restées dedans ?
— C'est une chance: naufrage complet : pas une perte de vie, pas une rame de moins!
—Non, mais la bouteille de rum est allée au fond,
—Vaudrait mieux avoir perdu les deux rames. Les carpes vont faire une fête !
—Tu ne dis rien, Racette? penses-tu à Ge:
neviève ?
—Je gèle!
—Tu te réchaufferas tantôt.
— Es-tu toujours décidé à enlever l'enfant ?
— Varenne d'un nom ! Est-on venu ici rien
al
‘emière enser à
Jens dis vés.
s vœux!
, d'atten-
ntenant *
plet : pas oins !
st allée au
les deux g-tu à Gre-
l'enfant u ici rie
que pour le plaisir de prendre un bain froid ? 1l faut se dédommager pleinement des misères que l'on endure.
—Avez-vous vu ce fou qui se promenait en canot ?
—Je me demande pourquoi il s'exposait ainsi.
—Pour venir à notre secours, peut-être.
—Mais il est passé tout droit, et son canot est disparu derrière la pointe. Il me semble qu'il serait venu aborder près de nous si notre infortune l’eut touché.
—Nous pourrons traverser bientôt, la mer se calme.
—Sommes-nous loin de la maison à pignons rouges, Racette ?
—Environ trois quarts de lieu, chef.
—L'un de nous ira demander l'hospitalité, puis quand les gens de la maison seront endormis, il ouvrira la porte aux autres, c’est entendu.
Ainsi causaient les cinq brigands.
Le jeune homme, terrifié de ce qu'il vient d'entendre, regagne son canot.