‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 2)Chapitre 48 sur 56 · LA CAVE · texte numérisé non relu

LA CAVE

Le pèlerin accompagna Noémie. Ils marchèrent lentement, bieri lentement, et la route, malgré cela, leur parut fort courte.

Le soleil couchant brille comme une lampe d'or au som:net des montagnes :blenes, et ses rayons qui traversent de légers fuages blafards, paraissent comme les chaînes de diamant qui suspendent au ciel cette lampe merveilleuse, Un souffle frais passe dans l'air et sèche le front humide des laboureurs. Par intervalle l'on entend le beuglement des génisses au milieu des gras pâturages, les hennissements des chevaux qui se saluent de loin, et les bêlements timides des agneaux. Le pèlerin, ivre de bonheur, s’en revient en songeant à sa bienaimée. Quand on aime et que l’on est aimé, l'on fuit le tumulte et le monde, et l’on se plaît dans la solitude. Tout ce qui n'est; pas.

l'amour paraît insipide, et le resté de la terre ne vaut pas le petit coin du monde, humble et retiré, où l’on a trouvé le bonheur. Rêveur, il franchit la clôture de perches qui borde le chemin, vis-à-vis la maison de son défunt père, ct s’'achemine, par le chemin tracé dans la prairie, vers l’érablière,

Le chef des voleurs et le maître d'école étaient tous deux enfermés dans la cave de terre, sur le bord du ruisseau. Le vieux Saint Pierre ne voulut pas laisser sortir son complice. 11 voulait qu’ils fussent solidaires du crime. Racette dissimulait mal sa terreur et ses regrets. Le chef avait pratiqué dans un côté du caveau une petite ouverture. (Cet ouverture donnait sur le sentier où passaient ceux qui descendaient vers le ruisseau. De temps à autre, sortant la tête en dehors de la cave, ou par la porte jetée comme une trappe sur le dessus, les deux brigands regardaient, dans le clos moissonné, si par hasard Joseph ne venait point. Le soleil du midi avait laissé tomber quelques chauds rayons dans la cave sombre, le soleil couchant n’y entra point. Tout à coup Saint Pierre qui venait d'élever sa tête de monstre au-dessus de la porte, s’écria : le voici !

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—Racette regarda à son tour. C'était bien lui! c'était l’orphelin qui venait, tont à son amour, tout à son bonheur, vers la cave dangereuse.

Les brigands s’enfoncèrent sous la voûte épaisse, fermèrent la trappe, et se donnèrent la main dans une anxiété terrible, Le maitre d'école tremblait. Il s’assit dans un coin, s'adossant anx pièces pourries. Le chef prit le fasil, en fourra le canon dans la meurtrière

‘ nouvelle, et, le doigt sur la gâchette, l'œil fixé

sur le sentier, il attendit.

Le pèlerin regarde, de loin, la forêt d'érables qui déroule son voile gris de l'autre côté du ruisseau. L'image de la belle Noémie est toujours devant ses yeux. On dirait qu’elle l'appelle et qu'il la suit. Il voit glisser une ombre blanche à travers les troncs noueux.

C’est la folle qui revient à la fosse mystérieuse. Il ne s'aperçoit pas que le soleil est descendu derrière les Laurentides ; il ne voit pas remuer, dans l'ouverture de la cave, la bouche menaçante du fusil braqué sur lui. L’arme meurtrière tourne lentement à mesure qu'il avance. Le vieux brigand attend que sa victime soit plus près de la côte, plus près de sa tombe humide...

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