‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 3)Chapitre 21 sur 69 · DS SE · texte numérisé non relu

DS SE

—Oui! continue Joseph... Te souviens-tu,

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il y a huit ans de cela, tu payas le dîner et le rhum à tes amis, ici même, aux dépens d’un malheureux enfant que tu avais débarrassé de sa bourse ?

—Ah ! oui ! repart l’un des jeunes gens, pendant que cet enfant achetait, d'une revendeuse, des petits chevaux sucrés ?

Ah !.... fait le battu qui retrouve ses souvenirs !

—Eh bien ! reprend Joseph... c’est moi qui étais le volé, c’est toi qui étais le voleur... comprends-tu ?

Plusieurs se mettent à rire, Picounoc le premier,

— Alors faisons la paix, propose Fourgon, et prenons un coup ensemble.

—C’est bon ! dit Joseph, je ne demande pas mieux, maintenant je suis satisfait.

— Batiscan ! tu tapes dur !....

—Tous donnent la main à Joseph, et luttent de politesse à son égard: Où vas-tu ? Que faistu ?..... Les questions pleuvent.

—Monte donc avec nous dans les chantiers dè M. Mackintosh. Nous partons ce soir, dit Picounoc. |

Autant vaut aller là qu'ailleurs, pp Joseph, partons!

En devenant le beau-frère d’Asselin, le maître d'école, José Racette, n’en était devenu que plus détestable et plus détestÿ. Les enfants se plaignaient disant qu’il les battait pour rien; les parents se plaignaiïient disant que leurs enfants n’apprènaient point, L’un des principaux habitants de l'arrondissement alla trouver ses voisins. 11 leur parla si bien, que tous promirent de le supporter dans la lutte qu'il voulait entreprendre contre le maître d'école. Celui-ci, comme son beau-frère régnait plus par la peur que par l'amour. Il étaitintrigant et habile : il savait se mettre dans la manche des commissaires ; et chaque année, ces messieurs le réengageaient, sans se soucier de son savoir ou de ses mœurs. Mais enfin une ligue se forma. Jean Poudrier en était le chef, Le maître le sut,et les enfants des ligueurs en souffrirent.

L'élection des commissaires eut lieu. La nouvelle ligue du bien public l'emporta, et la majorité des commissaires élus sut lire Le maître d'école se sentit perdu. Il alla voir plu-

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sieurs de ces hommes importants qui tenaient, dans leurs mains, la balance de ses destinées ; mais deux seulement lui firent bon accueil.

Alors il se décida de ne plus faire l’école, Il écrivit en conséquence, au président des commissaires une lettre pleine de fautes, qu'il signa Raselle, et, quelques jours après, il quitta la paroisse.

Dans le même temps une jeune fille disparaissait, Les commérages allèrent leur train.

—Ah !—disait Rosalie Dumais, qui travaillait au métier chez la Paul Durand, où il y avait réunion de voisines, —cela ne me surprend pas !.... cela ne me surprend pas! 1l y avait quelque chose, je le savais bien...

— Qui a bu boira! eh bien! ça c'est pareil!

observait d’un ton judicieux la mère Lozet.

Une autre, la veuve Bernier, reprenait: Si cette pauvre Tellier n'était pas morte, cette fille-là ne serait pas retombée.

—Tu crois? ah! va! c’est malaisé à dire, glapissait une voix grêle: je pense comme la mère Lozet : qui a bu boira ! qui a..…,

—Encore, si c'était un bel homme ! mais il n’est pas si drôle ce maître d'école, risqua, à son

tour, une jeune fileuse qui tournait le rouet d'un pied fiévreux...….

Et quand même, reprit la mère Lozet, quand.

même cet homme aurait toute la beauté d’un ange, et toutes les qualités du monde, tu sais bien que des chrétiens ne devraient pas connaître ces choses-là.

—C'est bien dit, ça, la mère Lozet; c’est ce que M. le curé nous répète souvent. Ah! si la pauvre fille était venue plus régulièrement à la messe et au catéchisme ! Mais que voulezvous? Laissée à elle-même, avec une mère qui ne vaut guère mieux.......Je ne médis pas, vous la connaissez comme moi...

—Oui, oui, on la connaît la Bergeron!

dirent toutes les autres à la fois...

—-La malheureuse enfant, je la plains.

.— Elle est bien à plaindre.

—Kt qui sait ? il l’épousera peut-être,

Se marier avec elle? l'épouser ?......Ah !

c'est alors que l'amitié sera finie, et que le châtiment commencera.

—Des mariages ‘le même, on eh à vu, et vous savez quel enfer c'était.

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aanc.

d'un 1 Sais con-

est ce h! si ‘ment oulez-

mère is pas,

—La paix et ie bonheur ne peuvent exister

dans le ménage qu'à une condition, c'est qne la vertu y règne d’abord.

—C'est cela, la mère Lozet, vous avez raison. L'amour qui n’est pas appuyé sur la vertu est bien capricieux. Il peut disparaitre en un jour comme il est venu. C’est la marguerite qui fleurit dans les champs, un jour de soleil, et qui to'nbe sous les pieds du passant.

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