LES DEUX BATEAUX
Le vent soufhait de l'est, et de légers nuages, pareils à des cardées de laine, se dispersaient au firmament. Le fleuve s'agitait dans son lit La mer montait. Debout sur le coqueron de leurs berges, les bateliers criaient aux passagers de. faire diligence. -Et: l'on: voyait accourir vers la grève ou les vaisseaux com-
| mençaient à flotter, les habitants. des diffé-
rentes paroisses, les uns avec leurs ballots de marchandises sous le. bras, les autres avec leurs tinettes et leurs coffres vides.
1l y avait de la gaité à bord de ces petits bateaux où s’entassaient, pêle-mêle, hommes, femmes, garçons et filles. (C'était un bourdonnement de voix incessant, et des éclats de rire qui montaient comme des feux d'artifices. Les premiers embarqués s'emparaient des bancs et les dernicrs restaient debout. Peu à peu l’on se divisait et l’on formait des groupes. Gars.et fillettes se trouvaient ensemble. Les
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femmes faisaient cercle autour de la plus jaseuse des commères,-et les hommes, en prenant un coup, parlaient affaires et politique.
Alors comme aujourd'hui, il y avait deux partis, l’un .bon,: l'autre mauvais. Le bon, c'était le mauvais pour ceux qui n’y appartenaïent pas,’ et le mauvais, c'était le bon pour ceux qui y appartenaient, (Chaeun, : comme aujourd’hui, discourait sûr .des questions de finance’et d'administration, sans connaître. le prénier mot:de Féeonomie politique. Celui quieriaitole plus fort avait raison, ét A se ———— de:son avis. ‘70 «| 10 (102
“Les bateau n'avaient pas obajénosr ‘un; vent favorablé pour voguer, ét souvent: ils restaient à l'ancre durant FEES Higrées lé eu de la côte. sd
Alors débarquäient et se rendaiëént à pied ceux que des travaux pressants ‘appélaient.
Les parésséux et ceux qui ne sont jamaïs pres sés, attendaient le bon vent. C'était une perte de temps sérieuse pour chacun de ces ‘braves cultivateurs ; maïs alois que le sol produisait encore avéc abondance ; ‘alors que le: luxe w’avait pas encore gâté jusqu'à la moelle des o8 notrè heureuse popüiation ; alors que l'or-
la plus en preitique.
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gueïl èt la! vanité de tous lh'ayaiént pas attiré sur n08 clamps la ‘inalédietion du: Seigneur; le cultitateti pouvait plrdte du teip# ot né: glitét sesaffaitoé iéaits se téroire” plus pauvre l'y dvait di sufplils ence texips dé fééondes récoltes ! ‘Aujbutd'hti, Ÿ mes/paatres ie pages, vous ne vous coûrotinez plis de riches moisbhse defromént !....:WVôus n'êtes /plus-sensiblés'aux'durst travthx du labéüreur ! Votre’ sein 'atide £e 1diése én ‘vain déchirer par le sde tranchant ! ‘Lés épis lépérs se tiennent droits cotime lés homiies orgifeilleux, ét ne se cour bent point coïime les humbles que lé’ ciel à remplis de vertus!” Le vet déstructeur rest glissé au cœtr dé la”gérbe de grain comme au cœur dela société! Et quandiile fléau tombe'sar lairée, quand'ls ranneur'erible l'avoirie et' le froinènt, beanedup delballes légères et de drañies mauvaises "sorit jetées à la porte de la grange, Comme béeaucoüp d'œûvres inv tiles'où perverses seront réjetées et condam: nées quand l'Etérelle J'ustioë eribleres le monde.
La brise frabéhibbiit :
Mathurihi, éppareillotié!
Mathutin était 16 ‘tdpithiné dé l'ün des
‘‘Apbäteïllons 1 dit
bateaux. passagers de Lotbinière. Il. en était aussi:-le-matelot et le .couque .: il. formait l'équipage. à lui seul. Paton, était capitaine et-propriétaire, couque et, matelot de l'autre bateau voyageur... Tous deux. avaient beaucoup de:monde.: ils ne'partaient : pas du même endroit :, l’un faisait voile de la Vieille Eglise, l’autre, du ruisseau de Grégoire Houle, juste, une. lieue. plus .bas.., On,,se. rappelle que da berge de. Paton avait un jour chaviré, et que. plusieurs personnes . s'étaient alors noyées.. . Pendant lengtemps. les habitants n'osèrent s’'embarquer avec le malheureux capitaine, et Mathurin fut sur le point de rallonger son vaisseau, en le coupant au milieu. Cependant tout $soublie, les jours de..joie DD comme les jours de peine, les malheurs comme les chances. heuréuses.. Le souvenir de la noyade s’altéra dans le passé brumeux. 1l était comme çes, voiles qui flottent vaguement dans un brouillard, Les gens allèrent de nouveau s'embarquer à la Vieille. Eglise, et, Paton ent encore des jours de triomphe.
Les deux bateaux. partirent ensemble de la ville. Ce fut entre eux une lutte agréable. . Les voiles, gonflées qui yolaient sur 1 les, yagues
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en était formait apitaine e J'auire nt here pas La Et re koule, rappelle 1x chaviré, ient alors habitants Jeureux Câ int de ral-
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LE PÈLERIN /DE:-SAINTE:. ANNE ef 24T à
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grands 4 par: une ‘nuit: venteuse dt l'un à EE he habitants Se bélaiont lere nous une entre tt Holà jo Retourn ue lon vou “à ez-vous à la villé ?' D | ancre ?
Les autres répliquaient:
vous au Vou tres! Tous tant que Fons UE ; ie à, bord,
….,. Vous êtes
de & gens légers !
— Vous êt EN PUS es trop Load qd S, VO lez faire couler votre “Me tre vs
Et le flot d u mont a ré vaisseaux. “ es a dans La à SION rte) tot è avec un bruit qui vs ent d’un. feuillage sec. tr
—Connaiss
ez-vous ©
imande V e jeune homme?
og die Bélanger à ceux qui soit à
bateau de Fun vides, auprès du mât, d pes
un gar : atharin, et il montre ” Tr
en découplé, qui “4 Hs
eg sr pee se. briser sur la du Q on , p 113 ne èd u
pond négativement.
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C'est ui étranger, dit François Leblar.
| a l'air triste.
rire, parlé. à, RR depuis.
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CéGtera sous un Pro uote laure vitoquiik est, d'où’il vient, oùil vai: ::
Etsèbe Asselin: ddr avec les femmes et faisai le galant..
‘+ Exeèbe; dit. Bélanger, laisse. done Le fem. mes tranquilles; viensiei un peu. :
+ Dieu !que vous vieillissez vite, vous aütres! répondit Eusèbe, et: quei vous::êtes : devenus désagréables aux yeux du beau sexe!
C'est bon! disent Jes femmes ne les épargnez point... “aén "
.Eusèbe vient) rejoindre Lee. horatten fr
“‘Qu'y'atlil:pour'votrel service ?:: »Is
“2 Ootmaistt * ce d'poiref Rom demande Bélanger.
Le Rékanjbl:
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asset. !l géte, À l'aCue, ét'saura 1 painès et
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Noù!: (iH8 81 —C'est tout ce que nous voulions de toi.
— Où péut faire sa! connäiséunce | !
— Va donc lui parler. |
—C'est facile.
Et il se, dirige vers. le. jeune étranger dont
les yeux réveurs sont toujours attachés sur les flots.
—]l vente une bonne brise, lui dit Asgolin.
Pèur commencer, une conversation toutes les phrases sont Bonnes, pour la finir les bonnes sont rares, L'inconnu lève sur son interlocutèür un regard doux ét set ui ne de tête en souriant. ‘! ‘
—Vous allez à à Lotbinière ?
Même géste. |
— Vous n'êtes. pas de la paroisse ?
Le jeune homme fait un signe nouveau qui
veut dire. oui!ou non. Eusèbe commence à trouver le jeu ennuyant.
cela passe, souvent, même cela est très-agréable; mais à converser seul l’on s'ennuie: je ny vois qu'un avantage : les sottises que l'on dit ne sont point répétées.
Converser à deux,
“Bélanger et plu-
L'HIME 1 fe 8 À EU LE nn): 250 LE PÈLERIN DE SAINTE ANNE.
EL ET EE sieurs autres regardent Asselin ct rient de son | % { 4 # dépit...
F 4 il — Quel est donc votre nom? demande Eu: pe sèbe à l'étranger. î À 4 | Le jeune homme prend une expression de Qi 28 1 4 ‘ TE profonde tristesse, et mettant un doigt sur sa EE bouche, il fait comprendre qu'il ne parle point. LE TEE — Vous êtes muet? | LYP Il affirme de la tête. ù ER | poil sig) si EE —C'est une grande affliction ! o, x NN À Le muet baisse les yeux et pense : Ce st un 148 punition terrible.
din ER gro re nu : L'intérêt. est excité à un point extraor] RS dinaire. En uninstant tout le monde, à bord AA 2 sait que le beau garçon à demi-couché su
l'avant de la herge est muet. Les jeunes fille [4 trouvent des prétextes pour laisser leurs place hu NE © et passer près de lui. 1l est vite entouré d'un) L. TI cercle de curieux. Il se lève.
—Avez-vous des parents à a° Létoinière Ron demande Bélanger.
—Le jeune homme hésite comme s'il n vait pas bien entendu. di
sera
il Avez-vous des ‘parents ou des connaig {Er sances ? répète l'habitant.
mande Eu-
«pression de doigt sur Si parle point
\$e : c'ef unt
oint extraot:
sonde, à bord, ai-couché su es jeunes fille er leurs placti e entouré d'u
otbinière ?
omme s'il n'
—1Il fait signe qu'il en a, et des larmes roulent dans ses yeux.
—C'est un beau garçon, c'est dommage qu'il soit muet, murmure Philomène Pérusse à l'oreille de Noémie Bélanger.
—Et qu'il a l'air bon! répond Noémie.
Au même instant les: yeux mouillés de pleurs du muet rencontrent les yeux noirs de
la jeunefille,; qui rougit et baisse la tête oomme si elle-eut-été entendue. Le jeune étranger la
[regarde toujours.
— Vous venez en promenade sans doute ?
reprend ‘Asselin.
—Non, fait comprendre le muét.
—Par affaire alors ?
—Le muet simule le geste d'un homme qui
lauche le foin avec la faulx ou coupe le grain à la faucille.
— Vons cherchez de l'ouvrage ? ? Vous savez wuper à la faucille.
[Il approuve.
—$Si j'avais besoin d’un homme je l’enga-
ä gunai rerais, dit Bélanger: il paraît si fort et si bon. 08 à
J'ai besoin de ‘quelqu'un ‘moi: pour m'aider à finir mes récoltes, repart Asselin.
—Engage-le donc, alors.
—J'en ai envie.
| | —Tu peux essayer. Il ne gi tu toujours pas de temps à jaser.
—Voulez-vons venir chez moi, demande Asselin au jeune homme, je vons donnerai quatre piastres par mois et la nourriture ?
Ut 'souriré ‘de satisfaction passe sur la figure sereine du muet, il tend'sa main à l'habitant qui la serre.en disant ; C'est. conclu!
Je ne sais quoi, mais alors ilise- passa quel: que chose de mystérieux .dans le cœur de la belle Noémie Bélanger : elle même ne put 8e rendre compte de ce trouble nouveau.
Les bateaux se reñidirent heureusemiént à leur destination et chacun des pastagere prit le chemin de sa maison.
La chance était pour Asselin, car le muet montait à Lotbinière pour déjouer le complot des volepré
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