‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 7 sur 50 · LA PETITE FENETRE DU GRENIER · texte numérisé non relu

LA PETITE FENETRE DU GRENIER

Le subrogé tuteur avait insisté sur l'urgence de mettre Joseph à l'école et de le préparer à •sa première communion. Il savait que la ferme des mineurs était mieux cultivée que leur esprit. Et c'était une belle ferme, aussi grande et aussi bonne que celle de leur tuteur. Mais si Grabriel Luliberté, connaissait les habitudes d'économie et de travail d'Eusèbè Asselin, il ne connaissait pas moins son avarice et son esprit de chicane. Il se demandait, parfois, si cet homme . sans scrupule ne trouverait pas moyen d'ébrécher, à son profit, l'humble héritage de ses pupilles.

Eûsèbe avait parlé de l'enfant à Racett è le îûàîtrè d'école. Le pédag<%ue dit : Envoie -lé, ça ira bien. Je le ôorrigerai comme il fàttt Aîi îles ëhfantis! c'est moi qui tes dompte !

• En ce tenîps-Ià, dans hos'ékîoles, oli ne faisait pas l'éducation des enfants ; on les fouettait, on les domptait, comme on dompte un animal» Les enfants n'en étaient, certes ! pas meilleurs.

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C'est par le riusojux^nieut, la douoew et lep bons procédés, que Ton iustruit et corrige des êtres .raisonnables, et non à coups de bâton.

Busèbe Asselin et le maître d'école se connaissaient intimement et se voyaient souvent. Le maître d'école n'atteignait pas encore les hauteurs de la quarantaine, et il paraissait toucher aux rivages de la vieillesse. Ses cheveux n'avaient pas attendu l'automne de la vie pour tomber, et son front était sillonné de longues rides. Son regard. était faux, sa parole, brève. Pourquoi était-il chauve ? pourquoi avait-il des rides ? Anastasie Déchène qui le connut à Québec, avant qu'il s'implantât dans notre paroisse, disait qu'il avait fait la vie. C'est un terme avec lequel on n'est guère familier dans nos heureux villages. Les premières fois qu'elle disait cela, on ne la comprenait point. Alors elle se servait d'une autre expression : Il a fait la noce trop souvent. On pensait qu'il était allé aux noces, et on le jalousait. Anastasie nous trouvait simples, et, une bonne fois, levant de pitié ses larges épanles : Il a trop bu, trop fait Tamour ! dit-elle avec impatience. Trop fait l'amour! pensai-je.longtempa. Moi qui aimftis taiit et .d'we si pure amitié la

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petite Antoinette, je devins chagrin, et sou- Tent je me passais la main dans les cheveux pour voir s'il m'en restait encore beaucoup. Eusèbe allait de plus en plus souvent chez son ami Bacette. La servante aigre, sèche et -sans âge devenait inquiète et défiante. Dès qu il sortait, à l'heure de la veillée, elle montait au grenier, et, debout dans la petite fenêtre, elle le suivait d'un œil jaloux, tant que l'ombre, ^u la distance ne le faisait pas disparaître.

Le maître d'école avait une sœur, et la sœur du maître d'école avait quelques attraits devant lesquels Eusèbe ne restait pas indifiérent. Elle n'était pourtant ni belle ni bonne. Mais il n'y a pas que la beauté et la vertu qui font des conquêtes.

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