JÉRUSALEM
Ville et Alentours
côtés, elle est entouré»? de ravins profonds. C’est (îoinrne une pre.squ’île qui ne tient à la terre que par le nord-ouest. Elle repose sur trois collines, Sion, Moriah et Akra, dont les terrains ont été mille fois tourmentés par des constructions et des destructions successives.
Une vallée, appelée Tyropœon, divise la ville et les collines. Quoique les fondements de la cité de Dieu, selon l’expression du prophète, reposent sur les Saintes montagnes, elle est dominée par plusieurs .sommets. Au levant, le mont des Oliviers, élève sa cime majestueuse et semble montrer le ciel. Au midi, les monts du Scandale et du mauvais Conseil présentent leurs vastes pentes dé.sertes, aux teintes brunes et grisâtres. Au couchant, le mont Gihon, et au nord, le Scopus ferment cette immense circonférence, et ne laissent, pour approcher de la ville, qu’un étroit passage où se trouve la porte de Jaffa. C’est par ce côté que sont entrés tous les conquérants.
Au temps d’ Abraham, un prêtre du Très-Haut, Melchi- .sédec, jetait, sur une montagne, appelée ensuite Akra, les fondements d’une ville dont il fut le roi, d’une ville célèbre où s’accompliraient les plus graves destinées du genre humain, d’une ville dont le nom serait des millions de fois répété par les échos de tous les lieux et de tous les siècles : c’était Jérusalem (1). Cinquante ans après, elle tomba au pouvoir des enfants de Jébus, fils de Chanaan, qui bâtirent une forteresse sur le mont Sion.'
Sous Josué, les Israélites conquirent Jérusalem ; mais les Jébuséens restèrent dans la forteresse de Sion jusqu’à David, qui s’en empara. Ce fut au,ssi David qui éleva un autel sur le mont IMoriah, dans l’aire d’Oman, pour éloigner le tiéau de la peste qui affligeait sou peuple (2), et c’est dans ce même lieu que Salomon, sou 'iris, bâtit le fameux temple qui porta son nom. Par cette construction.
(1) Geii. XIV 1».
p2) 11. Parai. XXI. 2B.
DK TERRE SAINTE
le mont Moriah se trouva joint à la ville. Quatre siècles après, un châtiment tcriible tomba sur Jérusalem, toujours infidèle, malgré les avertissements de ses prophètes. Nabuchodonosor vint foudre sur elle, détruisit son temple et s’empara de ses trésors (1). Les Israélites captifs allèrent pleurer sur les fleuves de Babylone, et Jérémie resta presque seul pour exhaler sa douleur sur les ruines de sa patrie. Qui n’a pas éprouvé un sentiment de tristesse profonde eu entendant ces paroles : Quomodo sedet sola civitas ! Comment donc est-elle devenue solitaire cette grande ville ? . . . .
Après soixante-dix ans, les Juifs revinrent à Jérusalem, le temple fut rebâti, la ville sortit de ses ruines. Sous la protection d’Alexandre (2) et des Ptolémées, des jours de prospérité et de gloire s’écoulèrent encore pour elle. La tyrannie d’Antiochus arriva, et elle eut à subir de nouveaux désa.stres ; mais la valeur des Machabées lui rendit sa liberté, jusqu’à la conquête des Romains sous Pompée. Hérode lui-même, le cruel Hérode, la dota de plusieurs beaux monuments et rebâtit le temple avec une magnificence extraordinaire. Jésus-Christ vient ; il honore Jérusalem et son temple de sa divine présence et de l’éclat de ses miracles. Mais cette ville ingrate ne connut pas le temps de sa visite ; elle mit le comble à ses forfaits par un horrible déicide ; et, quelques années après, l’an 70, Titus, à la tête des légions romaines, assiégea Jérusalem, brûla le temple et détruisit la ville. Ce fut la dernière désolation prédite par Daniel. De.puis cette époque, le Juif n’a plus de patrie. "''Co!
En l’an 136, Adrien releva quelques ruines de la malh.;ureu.se cité, mais il L.-i ôta sou nom ; il l’app)ela Œlia. Eu 326, .sainte Hélène orna le saint Sépulcre et le Calvaiie, et les renferma dans une magnifiipie basilique^ Jé-
(1) Rois XXIV. 11. . . .
(2) 1. MacL I
rusaleiii sembla renaître ; mais, au commencement du VII® siècle, Chosroès détruisit cette église. Omar vint ensuite, se montra plus tolérant, et, pour ôter aux musulmans l’idée de s’emparer du saint Sépulcre, il bâtit cette laineuse mosquée qui )»orte son nom. Au xn® siècle, les Croisés prirent Jérusalem et en tirent la capitale de leur royaume éphémère, reudunt le peu de temps qu’ils occupèrent la Terre Sainte, ils élevèrent une foule de monuments, dont plusieurs subsistent encore. Depuis six siècles, Jérusalem gémit sous l’oppression des musulmans. Le nombre des chrétiens a diminué ; les ruines se sont accumulées. Cependant, depuis quelques années, la situation est devenue plus tolérable ; la tyrannie tend à disparaître, et le chrétien peut parcourir, sans être inquiété, les rues de Jérusalem et prier partout où il lui plaît, pourvu qu’il ne franchisse pas les barrières de la mosquée d’Omar.
Au milieu de tant de révolutions, il n’est pas étonnant que la population de Jérusalem ait beaucoup varié. Au temps d’Alexandre, elle comptait 150,000 habitants. Quand Titus l’assiégea, les Juifs des environs y avaient cherché un refuge; la nation presque entière avait reflué dans la capitale. Tacite compte 600,000 Juifs renfernés dans ses murs; mais Josèphe, mieux instruit, assure que 1,100,- 000 périrent dans le siège ; ce qui porte, eu cette circonstance, la population à un chiffre extraordinaire; mais il ne faut pas oublier que Jérusalem fut assiégée au temps de la pâque.
En considérant l’emplacement de Jérusalem, ou est porté à se demander comment une pareille fourmilière d’hommes pouvait s’abriter dans une enceinte si resserrée. Dans nos contrées occidentales, ce serait un problème insoluble -, mais en Orient, et spécialement en Palestine, la chose me paraît possible. Les Juifs vivaient sous des tentes à la fête des tabernacles. Le luxe et le bien-être n’entraient
pas dans leurs habitudes. Ils n’étaient donc pas plus difficiles que les Arabes, ces enfants du désert qui sont venue les remplacer.
Or aujourd’hui, en Palestine, quelle simplicité! Un petit appartement garni de nattes suffit pour coucher dix à douze personnes. Les terrasses des maisons servent souvent au même usage ; et dans les grandes réunions, les rues, les cours et les places ne sont pas dédaignées. Je suis même convaincu que, pendant le siège de Titus, beaucoup de Juif passaient la nuit, près des murailles, dans l’intérieur, et peut-être même au dehors. Ces terrains, où l’on ensevelit aujourd’hui les morts, pouvaient alors servir de lits aux vivants qui, là, étaient à l’abri des traits; témoin cet homme qui faisait le tour des murailles, en plein jour, en criant; Malheur à la ville ! Quoi qu’il en soit, on reconnaît aujourd’hui l’emplacement des armées assiégeantes ; on peut mesurer l’étendue de la ville, et, d’un autre côté, il est impossible de contester les chiffres que les historiens assignent à la population pendant ce siège mémorable. C’est donc un fait qu’il faut admettre, malgré tout ce qu’il a de contraire à nos mœurs et à nos habitudes. Les explications que je viens de donner me paraissent suffisantes pour répondre cà toutes les difficultés.
Aujourd’hui, la population de Jérusalem est à peine de 20,000 habitants, et elle peut se mouvoir à l’aise au milieu des ruines du passé. Vue de loin, la ville a quelque chose d’imposant; mais l’iiffiérieur est triste, sombre, silencieux. Les rues sont étroites, sales, mal pavées. On ne rencontre ]ms nue seule voiture. Les bazars ^sont mal tenus, les habitants vêtus pauvrement, sauf les étrangers qu’on reconnait facilement. Ou rencontre pourtant cà et là quelques maisons (lui annoncent l’aisance ; mais presque toujours elles sont occupées [lar des fonctionnaires, ou bien ce sont des couvents. Il ne faut donc pas aller à Jérusa-
lem pour jouir de l’aspect d’une cité brillante ; des motifs d’un ordre supérieur attirent le chrétien, parlent à son cœur et l’attachent à la ville sainte.