LA RUINE DE JERUSALEM
Ou figure de ce qui doit précéder le dernier jugement.
Jésus étant sorti du Temple, s’en allait, lorsque ses Disciples s’approchèrent de lui pour lui en faire considérer
les bâtiments et la maguificence ; mais il leur dit alors eu
LE riîlLERIN
,i>('niis8aiit : Voyez- vous bien tout cela ? Je vous le dis en véi'ité, il lie restera ])as pierre sur pierre, pas une qui ne soit renversée. Cette prophétie fut accomolie à la lettre après la prise de Jérusalem par les Romains, quarante ans après la mort du Sauveur du monde.
Jésus s’étaut assis sur le mont des Oliviers, ses Disciples lui demandèrent quand tout ce qu’il venait de prédire arriverait, et quel serait le signe de sa venus et de la consommation des siècles. Le Sauveur ne jugea pas à propos de satisfaire leur inutile curiosité; il se ontenta de leur faire une peinture vive et frappante de la ruine de Jérusalem ; et à l’occasion de cette désolation générale delà nation juive, en punition du crime qu’ils auront commis, le Sauveur leur fit un précis des signes terribles et des affreux malheurs qui doivent précéder le dernier jugement, dont la ruine entière de Jérusalem fMatth. 24.) et tous ses malheurs n’étaient qu’une faible figure.
La fin de siècles, leur dit-il, étant arrivés au temps que Dieu a déterminé dans ses décrets éternels, on verra un bouleversement général dans toute la nature, laquelle s’armera, pour ainsi dire, pour venger le Créateur du mépris qu’on aura fait de sa toute puissance et de sa bonté. Alors un tas de faux prophètes étaleront partoirt leurs artifices malins pour séduire, s’il était possible, jusqu’aux élus ; to'ut sera dans une horrible confusion; ce ne sua partout que semences de guerre, que divisions, que révoltes ; les nations s’élèveront contre les nations, et la paix sera bannie même des familles : orr ne verra plus que spectres, «[ue phénomènes effrayants, que présages funestes : les vivants n’auront plus que des visages de morts, et le mo.ide ne sera plus habité dans ces jours de tribulation que de squelettes, jusqu’à ce que les secousses fréquentes et violentes de la terre, qui s’ouvrira de toutes parts, fassent assez sentir que toute la masse va se dissoudre : le courroux hoprible de la mer se fera entendre par le bruit de ses flots, qui, s’élevant en mon-
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tagne?, ne pressent eront aux yenx que d’anVeux pvéci|ucea : le ciel tout en feu ne montrera j.lua aucun astre brillant ; tout sera éteint ; et cette nuit i.rofonde, entremêlée, de foudres et d’un feu que la main du Tout-ruissant aura allumé, annoncera, pour ainsi dire, les funérailles du monde : les pleurs, les gémissements, les cris de déses[.oir de. tous les hommes, et les hurlements effrayants de tous les animaux, feront assez sentir que c’est ici la fin du monde : ce ne seront là cependant que les annonces, et comme le prélude du jugement dernier. Figurez-vous, s’il est possible, quelle sera la consternation des hommes à la vue de cet épouvantable bouleversement de l’univers. Heureux alors, non les grands, non les rois de la terre, à (pii leur puissance ne sera plus d’aucun secours, mais les justes, qui seront rassurés par leur innocence, lorsqu’ils verront paraître sur les nues, avec une grande puissance, et dans une grande majesté, le fils de l’homme précédé de sa Croix comme de son étendard, sous lequel se rangeront tous ceux qui, s’étant enrôlés dans la milice du Sauveur, seront morts à son service ; alors tous les hommes étant ressuscités paraîtront devant son tribunal pour y être jugés, et pour y entendre la sentence sans appel de leur éternelle destinée.
Quant au jour et à l’heure de cet épouvantable événement, qui que ce soit, excepté mou père, n’en a connaissance ; ce moment est caché même aux anges : pour vous, ne vous mettez pas eu peine de le savoir, mais seulement de vous y préparer par une vie innocente et riche en bonnes œuvres.
Jésus-Christ connais.sait ce moment, non-seulement en tant que Dieu, mais encore en tant qu’Homme-Dieu, cette connaissance étant due à son humanité à cause de l’union substantielle av^ec la nature divine. Jésus-Christ veut seulement marquer qu’il n’avait pas été envoyé pour apprendre aux hommes ce mystère, mais pour leur enseigner les moyens d’en prévenir les malheurs ; aussi, leur
LE p^:lerin
ayant recommandé d’être en garde contre tant de faux prophètes, qui n’oublieront rien pour séduire les fidèles par leurs belles paroles et par leurs faux miracles, il les exhorte à veiller sans cesse pour n’être pas surpris.
Il leur dit ensuite que, étant établis les intendants de sa maison, ]iour distribuer à son peuple la nourriture de la divine parole, ils devaient s’acquitter fidèlement de ce devoir, ne faisant pas comme l’économe insensé qui, voyant que son maître ne revient point, dissipe en débauches le bien qui lui a été confié, ne se sert de l’autorité qu’il a sur les autres serviteurs que pour les maltraiter, et mérite ])ar cette conduite déréglée d’être précipité avec les hypocrites et les infidèles dans ce lieu de peines où il n’y a que pleurs et grincements de dents; que, puisque le Souverain Juge doit venir sans les avertir du jour et de l’heure, ils veillassent toujours, comme un père de famille veillerait s’il savait l’heure et la nuit où l’on doit venir voler sa maison ; que, connaissant la volonté de leur maître, ils seraient d’autant plus coupables s’ils ne l’accomplissaient pas, et que plus on leur confiait, plus grand aussi serait le compte qr’ils auraient à rendre : qu’au reste, après avoir fait tout ce qui leur aurait été commandé, loin de s’en élever et de s’applaudir, ils se regardassent comme des serviteurs inutiles. 11 les avertit en même temps que, en s’acquittant avec fidélité de leur ministère, ils ne s’attendissent point à être bien venus des hommes ; qu’ils n’en devaient attendre que du mépris ; mais que Dieu, pour lequel seul ils devaient travailler, serait seul aussi leur récompense.
Le Sauveur continuant toujours de parcourir les lieux qui étaient (Luc. 14.) au-delà du Jourdain à l’égard de la Judée, se voyant suivi d’un grand peuple, se tourna vers eux, et leur dit : Celui qui vient à moi, et qui ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses fières et ses sœurs, et même sa propre personne, ne peut être mon disciple, non plus que celui qui ne porte pas sa croix chaque
jour, et ne me suit point. Le Sauveur n’entend point ici une aversion, une haine formelle, par haïr son père et sa mère ; il entend, être disposé à tout sacrifier pour l’amour de lui. Le mot haïr signifie ici, comme dans d’autres endroits de l’Ecriture, aimer moins ; c’est, comme s’explique saint Matthieu (Matth. 10.) : “ Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi.” Le Sauveur établit même le fondement du salut dans ce renoncement général affectif de toutes choses. Ainsi, quiconque d’entre vous, dit-il, ne renonce pas à tout ce qu’il a, lie peut être mon disciple ; comme s’il disait : jC’est en vain qu’on s’engage à me suivre, si on ne dégage son cœur de l’amour des choses de la terre, et si on n’est disposer à se priver de tout ce qu’on a de plus cher, dès que cela peut être un obstacle à la grande et unique affaire du salut.