‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 140 sur 170 · EN RL · texte numérisé non relu

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examine de près les ouvrages exécutés par les Tures, on ne trouve rien de solide et de durable; ce sont des décorations de théâtre. On voit que ce peuple se considère comme campé sur le Bosphore, et qu’il s'attend que le christianisme le refoulera daus les régions désertes de l'Asie (1).

Les Turcs sont si indifférents qu’ils n’ont pas encore réparé les brèches faites par eux aux murailles lorsqu'ils prirent la ville, il y a quatre siècles. Tous les murs sont dans le même état, sauf les dégradations causées par les injures du temps. Il serait à désirer qu'ils eussent agi de la sorte à l'égard des églises et qu’ils ne les eussent pas dégradées pour en faire des mosquées. Pour que Stamboul ressemblât à nos capitales de l'Occident, il faudrait presque entièrement la raser et la reconstruire à neuf, Telle qu’elle est, elle ne laisse pas d'avoir beaucoup de choses remarquables. Elle a un caractère tout particulier conforme aux mœurs turques.

Entrons d’abord dans les bazars ; rien de plus pittoresque. C’est une seconde ville dont les rues sont couvertes, riches, animées, J'ai vu tous les bazars des principales villes de l'Orient. Ceux de Damas, qui jouissent d’une célébrité universelle, n’ont pas répondu à ion attente ; mais ceux de Constantinople m'ont frappé. l'resque tous sont spacieux,

propres, bien garnis, et fréquentés par une foule qui se

renouvelle sans cesse. Là, du moins, on rencontre un certain nombre de femmes turques auxquelles on permet de sortir pour acheter; mais, par une anomalie bizarre, pas une seule femme n’a le droit de siéger dans un magasin pour vendre. En Orient, ou plutôt chez les musulmans, la femme ne compte pas.

(1) La population de cette grande cité ne comptait lus, en 1881, qu'environ sept cent mille habitants, pendant qu'en 1851, elle était d'un million. C'est une décroissance énorme et significative | uisqu'elle représente dans l’espace de trente ans seulement une diminution de trois cent

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Les acheteurs se tiennent toujours en dehors du magasin ; la marchandise est en vue, et le vendeur présente ce qu’on lui demande. Chaque état, chaque marchandise a son quartier. Tout est calme, presque silencieux sous ces voûtes immenses dont les sinuosités déconcertent l'étranger. Il faut bien connaître ce dédale, si l’on veut le parcourir sans guide.

Au sortir des bazars, nous nous rendons sur une grande place située dans le lieu le plus élevé. Je n’en connais pas d'aussi vaste à Paris. Elle domine toute la ville et est entourée de brillantes constructions où sont installés les ministères ; plus loin, une seconde place et de jolies mosquées. De temps à autre, on rencontre d'énormes platanes dont l’ombrage répand une douce fraicheur qui contraste agréablement avec les ardeurs d’un soleil brûlant.

Dans toutes les rues, surtout auprès des étaux des bouchers, vous voyez étendus sur la voie publi jue une foule de chiens qui ne se dérangent pas pour les passants et que ces derniers doivent prendre garde de déranger. Les voitures, assez rares, ne circulent que dans un petit nombre de rues. Pas de voitures publiques, sinon un service d'omnibus installé sur un chemin de fer américain, parcourant un assez loug trajet et aboutissant au pont de Top-Hané.

On peut se promener dans Stasboul en toute sécurité ; nous avons parcouru seuls ses rues tortueuses, et, nulle part, l'attitude des Turcs ne nous a paru hostile. Notre soutane ne nous a attiré aucune avanie ; il semble, au contraire, qu’elle inspirait le respect. D'uilleurs, tant de costumes divers traversent les rues ‘le Stamboul qu'aucun ne doit paraître étrange.

La population est nombreuse: mais, si l’on en excepte les bazars, ce n’est pas, comme à Paris, cette foule affairte qui couft, va et vient avec un empressement frénétique. On n’est pas sans cesse coudoyé par des portefaix ou bièn

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repoussé par un flot de voiture. Tout est calme et paisible, Le Turc se plaît dans sa nonchalante indifférence, aussi la physionomie de sa grande ville se ressent de cette noble existence,

Ce jour-là, nous profitons des autorisations de l’ambassade pour visiter tous les monuments de Stamboul, où, sans cela, les infidèles (les chrétiens) n’ont pas le droit de pénétrer. Précédés d’un drogman et d’un cavax, nous nous présentons successivement aux mosquées de Soleyman, d’Akmet, de Sainte-Sophie, etc.

Les grandes mosquées s'élèvent sur les hauteurs de Stamboul et occupent de vastes emplacements. Elles sont flanquées de deux, de quatre ou de six minarets ; entourées de fontaines, d'écoles, d'établissements de charité ; ornées de colonnes enlevées aux temples païens et aux églises, de galeries, d’une tribune grillée pour le sultan, et d’une quantité de lampes ; nous nous sommes bornés à visiter les plus belles.

Dans la mosquée de Soleyman, j'ai surtout remarqué quatre colonnes monolithes d'environ neuf mètres (près de trente pieds) de hauteur. Celles d'Akmet et de Bajazet sont aussi très-belles, mais n'offrent rien de jarticulier. Celle de Sainte-Sophie mérite une attention spéciale.

“ La grande basilique de Sainte-Sophie, dit M. @e Lamartine, bâtie par Constantin, est un des plus vastes édifices que le génie de lu religion chrétienne ait fait sortir de terre.” M. de Lamartine, qui fait de belles phrases, n'aurait pas dû oublier que Sainte-Sophie a été construite, en 532, par l'empereur Justinien. Sainte-Sophie est assurément le plus beau et le jlus précieux monument du vif siècle. Le Panthéon d’Agrippa est plus ancien, mais il n’est pas plus hardi.

Il est fâcheux que la basilique de Sainte-Sophie ait été défigurée à l'extérieur. De sales maisons, d’ignobles murs de soutènement la masquent et la déparent. Je ferais vo-

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louticrs grâce des quatre grands minarets; ils sont le signe d'une religion en l'air, sans corps et sans vie, et ils ressemblent trop à ces longs tuyanx de cheminées qui s'élèvent au-dessus de nos grandes usines. Sainte-Sophie, quoique placée au sommet de la colline, ne se distingue que par sa majestueuse coupole. Qui a vu le dôme de Saint-Pierre de Rome peut facilement se faire une idée de celui de Sainte- Sophie.

Autrefois l’entrée, qui sans doute n’était pas masquée comme aujourd’hui, devait avor un aspect imposant et grandiose, C’est une grande galerie percée de net.f portes, fermées à l'extérieur et vides du côté de la basilique. Nos guides étaient encore sous la galerie, et déjà j'étais seul sous le dôme, dans l'attitude de la stupéfaction, lorsque deux gardiens s’élancent vers moi d’un air menaçant ; c'était pour eux un profane qui pénétrait sans permission dans leur sainte mosquée. Je reste immobile à ma place; ils approchent et se disposent à m’appréhender pour me chasser, lorsque je leur montre du doigt le cavas qui nous accompagnait, et alors ils reculent respectueusement. me laissant contempler à loisir les vastes proportions et la majestueuse simplicité de cet étonnant édifice. En vérité, les architectes de Justinien avaient de hautes et sublimes idées, et ils ont su les transmettre à la postérité.

L'église est carrée, et, au milieu, elle est fermée par une immense coupole de soixante-sept mètres (deux cents pieds) d’élévation sur trente-cinq (cent seize pieds) de diamètre, Elie n’atteint pas la hauteur de celle de Saint-Pierre de Rome, et c’est sans doute parce qu’elle est plus basse qu’elle paraît plus vaste, Au fond est un rond-point ayant servi de sanctuaire, selon l'usage des Grecs. Comme l'édifice est carré, d'immenses galeries règnent sur les quatre faces autour de la coupole. C’est une forêt de colonnes, surtout aux quatre angles qui soutiennent tout l'édifice. Les musulmans avaient recouvert d’un ignoble badigeon les voûtes

et les miaailles décorées de mosaïques sur fond d'or. On a enlevé la majeure partie de ce badigeon, maïs les figures proscrites jar le Coran restent encore cachées.

Pour fixer le mihrub dans la direction de la Mecque, les uusulmars ont placé obliquement les nattes et les tapis qui recouvrent le pavé, ce qui est du plus mauvais effet, et ferait d’abord croire que l'église avait été mal orientée, illusion qui se dissipe promptement.

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Les matériaux les plus précieux entrèrent dans la construction de ce bel édifice. On sait que Justinien avait rassemblé là, comme dans un musée, des colonnes antiques de brèche verte, de porphyre, de granit égyptien, etc., emyruntées à divers temples. On en montre quatre qui proviennent du fameux temple de Diane à Ephèse. C'était une belle et grande idée de l’empereur chr'tien de faire servir au triomphe de la vérité les chefs-d’œuvre de l'erreur ; quand on voit cet édifice sacré défiguré, profané de nouveau depuis plus de quatre siècles par les sectateurs de Mahomet, le cœur est serré et laisse échapper involontairement des regrets,

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