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nous arrivons au Vieux-Caire, à Ja maison des missionnaires. On demandera, peut-être, pourquoi la mission du Soudan est établie au Vieux-Caire. En voici la raison : 11 y a quelques années, un grand nombre de PP. Franciscains entreprirent d’évangéliser les populations de la Nubie et de l’Abyssinie. Ils formèrent aux extrêmes limites de l'Egypte une mission et se mirent au travail ; mais, dès les premiers mois, le climat meurtrier en moissonna un grand nombre ; les autres, minés par la fièvre, ou succombèrent, ou furent obligés de revenir au Caire. Après bien des essais infructueux, on reconnut qu’il était à peu près impossible de lutter contre un ennemi aussi terrible que ce climat dévorant. Les Pères revinrent, abandonnant un poste si périlleux ; mais la charité ne se décourage pas, La mission ne changea que de lieu.
Au Vieux-Caire, on a établi deux pensionnats pour les nègres, l’un dirigé par les missionnaires de Vérone, l’autre par des religieuses de Saint-Joseph de l’Apparition. On prend les enfants, ou plutôt on les achète, on les instruit et on les renvoie ensuite instruire leurs compatriotes et préparer la voie à l'Évangile. Avec ce zèle industrieux qui ne se rebute de rien, on parviendra assurément à former des chrétientés. Nous avons vu de jeunes nègres de divers âges, dont l'instruction nous étonna. De même an pensionnat des jeunes négresses, nous en avons rencontré plusieurs dont l'éducation est soignée et qui parlent même le français. Les bonnes religieuses n'oublient pas la langue maternelle. J'avoue, cependant, que la vue de ces pauvres enfants de la brûlante Afrique a excité en moi un vif sentiment de compassion. On en instruit quelquesuns, et des milliers croupissent dans l'ignorance. Quand done seront-ils tous chrétiens? Honneur à ces généreux missionnaires qui travaillent, au prix de tant de sacrifices, à les régénérer, À les tirer de l'état de dégradation où ils sont plongés depuis tant de siècles. Tous ces prétendus
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bienfaiteurs de l'humanité, qui ont sans cesse à la bouche ls grands mots de liberté et de civilisation, w'iront pas les seconder dans ce rude apostolat,
Au moment où nous allions quitter cet établissement si intéressant, une pluie diluvienne, plus forte que celle de la veille, nous retient, et nous en profitons pour mieux examiner les travaux de ces étranges élèves, Enfin, nous nous dirigeons par un nouveau dédale de rues vers la urotte de la Sainte-Famille, L'Évangile nous raconte qu'Hérode voulant faire mourir Jésus enfant, un ange apparut à saint Joseph et lui dit: Prenez l'enfant et sa mère, et fuvez en Egypte. Vous y resterez jusqu’à ce que je vous avertisse de revenir dans la terre d'Israël (1). Joseph, malgré la longueur du chemin, maleré les déserts, vint en Egypte, et la tradition a conservé le souvenir des principaux endroits où il s'arrêta et surtout de la maison qu'il habita pendant le long séjour qu'il fit sur la terre étrangère. Le pèlerin chrétien est naturellement avide de visiter ces lieux mille fois plus intéressants que les palais semi-européens que construit le vice-roi.
Nous étions absorbés par ces pensées, lorsque, chemin faisant, nous rencontrons un convoi musulman. Nous nous arrêtons pour le voir défiler. C’est assez grave, c’est même «à gne, au moins en apparence, À la tête marchaient les hommes, chantant continuellement sur un ton bas et monotone ; de jeunes garcons venaient ensuite et chantaient de la même manière, et puis des femmes voilées, Tout indiquait que c'était quelque jeune fille qu’on portait en terre, Sur le devant du cerceuil, s'élevait verticalement un bâton d'environ cinq pieds de hauteur, recouvert de je ne sais quelle étoffe décorée du croissant. Il paraît que, lorsqu'on est arrivé à la fosse, on laisse glisser le corps par un bout du cercueil ouvert, et ce cercueil vide
(1) S. Mat. 11. 138.
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