‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 63 sur 170 · OSCAR · texte numérisé non relu

OSCAR

Quelle était cette couronne d'épines dont la synagogue sa mére couronna le nouveau Salomon ? Quelle est la terre sauvage et barbare hérissée de ronces et de buissons qui a produit ce fruit lugubre, et quelle est la main cruelle qui l'a cueilli ? Cette terre, je l'ai trouvée, e’est le mont Sion. Cette main barbare, c'était celle des Juifs,

Lorsque nous avons visité le mont Sion, tout près de la porte, nous avons rencontré un arbuste épineux, formant comme un buisson dont il est difficile d'approcher sans se déchirer les mains et les habits. dJ'ignore le nom de cet arbuste, mais je ne doute pas que ce ne soit celui qui a fourni la couronne cruelle, dont on eeignit le front de Jésus. Les branches sont flexibles et armées de pointes aiguës, J'en ai détaché et apporté une avee moi; et, maloré les accidents qu’elle a subis en route, elle conserve sa flexibilité, et ses pointes à moitié brisées sont encore très-piquantes,

La cruauté inpatiente des Juifs avait done sous la main de quoi se satisfaire, et à la promptitude avec laquelle la couronne se trouva prête à poser sur la tête de Jésus, il semblerait que ses accusateurs, en descendant du mont Sion au prétoire, avaient eu la barbare précaution d'en apporter avec eux la matière, Cette couronne, après avoir ensanglanté la tête du Sauveur, est devenue plus précieuse que le diadème des rois. Les empereurs et les princes en ont tour à tour envié la possession, et l’ont regardée comme le trésor le plus sacré.

La sainte couronne fut retrouvée, par sainte Hélène, avec la vraie croix et les autres instruments de la passion, et transportée à Constantinople. A la prise de cette ville par les croisés, Baudouin la trouva dans le palais de Bucoléon, et la garda pour lui, Plus tard, saint Louis la racheta des Grecs, la fit rapporter à Paris, et alla à sa rencontre pieds nus, et en versant des larmes, au milieu d’une

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foule de peuple qui se prosternait sur son passage, Lau précieuse relique fut placée dans li Sainte-Chapelle, Après la révolution, on la restitua à l'église Notre-Dame, où, chaque année, aux derniers jours de la semaine sainte, elle est exposée à la vénération des fidèles,

Nous avons vu, à Rome, à Sainte-Croix, une épine de |

1 sainte couronne, et une autre à Bruxelles, dans l'église de Sainte-Crudule ; et, en les comparant avec celles de l'arbuste épineux du mont Sion, j'y trouve tant de tapports, que je reste convaincu que c'est bien le même qui a fourni la matière de la couronne que Jésus porta jusque sur le Calvaire.

Après la flagellation, Pilate, nous dit saint Jean, emmena Jésus hors du prétoire, et Jésus sortit portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre. Les cris de mort avaient redoublé; Pilate était rentré dans le prétoire, et c'est pour cela qu'il fit sortir Jésus, et qu'il alla placer son tribunal dans un lieu, appelé, en grec, Lithostrotos, en hébreu Gabbatha. Et il dit aux Juifs: Voilà l’homme ; voilà votre roi.

Pilate, cherchant à exciter la compassion du peuple, voulut leur montrer Jésus, dans l’état d'humiliation et de souffrance où il se trouvait après la flagellation ; mais les Juifs ne pouvaient entrer dans le prétoire, et d'ailleurs il n'était pas assez vaste pour contenir la foule qui se pressait à ce douloureux spectacle. Il choisit done un lieu élevé, pour être vu de tout le moude, c’est ce que signifie le mot hébreu Gabbatha (lieu élevé et découvert).

A une centaine de pas du prétoire, on temarque une galerie couverte ayant une double fenêtre et passant audessus de la rue. C’est là que devait être le tribunal du préteur. Cette galerie est profanée aujourd’hui par la présence d’un derviche musulman: mais les chrétiens se prosternent au-dessous; et, à la vue de ce lieu, ils se re-

présentent vivement cette scène déchirante de la passion. Il leur semble voir Pilate, montrant Jésus, conspué, couronné d'épines, un sceptre de dérision à la main, un manteau de pourpre sur les épaules et disant bien hant: Voilà l’homme, ecece homo, et le peuple répondant par ces cris féroces mille fois répétés : Cruciliez-le.

C’est en présence de tout Île peuple, sur cette valerie que Pilate se fit apporter de l'eau et se lava les mains, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste; et que le peuple répondit: Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ; et ce fut alors que Pilate leur abandonna Jésus pour être erucifié. Quel jugement ! M, Dupin, indigné, s’écrie à ce sujet :

‘ Lave tes mains, Pilate, elles sont teintes du sang innocent! Tu l'as octroyé par faiblesse, tu n'es pas moins coupable que situ l'avais sacrilié per méchanceté. Les générations ont redit jusqu'à nous: Le juste a souffert sous Ponce-Pilute. En effet, Pilate restera cternellement cloué au pilori du Credo.”

Un jour, j'étais agenouillé au Heu même qui entendit

les cris de mort de la foule, et l'arrêt inique qui en fut

la conséquence; j'étais entouré des ruines du prétoire et du palais d'Hérode, Je voyais le temple de Salomon détruit, le peuple juif dispersé, sans patrie, sans autel, portant la châtiment du sang du juste, tandis que le divin Crucifié est adoré par toute la terre, et je me demandais, comment on ne répéterait pas, avec le centurion de PEvangile: Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.

lon, CHAPITRE XIII

\an- Voie Douloureuse, ou Chemin de la Croix. Lt :

ce Les quatorge stations.

Et Jésus, portant sa croix, alla au lieu appelé Calvaire, nous dit saint Jean, Les premières fois qu'on lit la Passion, on sent son cœur brisé et ses yeux mouillés de larmes; c'est qu’en effet, il y a dans ce simple récit quelque chose de si touchant que, pour ne pas s’attendrir, il faudrait un cœur dur comme la pierre, Mais suivre Jésus portant sa croix, dans la ville même de Jérusalem, parcourir les mêmes rues qu’il parcourut, suivi d’une populace effrénée ;

in- suivre les traces de ses pas qui, alors, furent marquées de oins son sang; s'arrêter aux mêmes endroits où il s'arrêta,

Les chargé de sa croix, recueillir et méditer, sur cette voie doufert loureuse, tous les souvenirs qu’il a laissés, ce n’est plus

ient un récit touchant qui fait pleurer, c'est un drame sanglant qui se déroule devant vous, et dont les divers actes qui

ndit passent successivement sous. vos, yeux, viennent tour à fut tour remuer la sensibilité de votre âme, jusqu’à ce qu'elle ire soit frappée comme d’un coup de foudre, lorsque le dénon nouement arrive sur le Calvaire, lorsque la croix apparait,

tel, supportant sur ses bras la victime immolée pour le monde. vin Je ne sais comment retracer les impressions que j'ai ais, | éprouvées. Nous allons suivre les diverses stations, telles

an- qu’elles sont marquées dans l'exercice ordinaire du Chemin de la Croix; supprimons tout ce qui serait étranger aux lieux actuels,

Première station.

De la maison de Pilate au Calvaire, on compte environ

mille trois cent vingt pas. La première station devrait se faire dans la caserne turque, au lieu même où Pilate

siégeant sur son tribunal condamna Jésus , inais, comm Pentrée n'en est pas toujours accessible, on se place auprès de l'emplacement de la scula santa, marqué dans le mur de la caserne par la trace d’un escalier, Le pèlerin S'agenouille, dans la rue en face de l'endroit où Jésus fut condamné, et 1l peut méditer à loisir sur liniquité de ce Jugement et adorer celut qui a racheté le monde par sa sainte croix. n'a pas à craindre les insultes et les moqueries des passants qui respectent sa foi, Les riches et les savants fléchissent là le genou sans aucun respect humain, et peuvent s'abandonner tranquillement aux saintes pensées

qui assiégent leur âme.

Deuxième station.

C’estau mêrie endroit que se fait la deuxième station, puisque é’est au bas de lescalier qui conduisait du prétoire dans la rue que Jésus fut chargé de sa croix, Le pèlerin, qui s’est prosterné de, nouveau, se dit : C’est là, indubitablement, que Jésus à passé, portant sur ses épaules sacrées l'instrument de son supplice ; il a pris sur lui je fardeau de nos iniquités. Que n'étais-je là pour le soulager! Avee quel bonheur j'aurais baisé la trace de

ses pas,

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