SYLVE XXII
Le sang de mon cœur, d'une goutte, Peut du glacé Strymon faire fumer la route.
lo ! l'arc qui frappe au loin se bande et tonne D'être à nouveau percé le noir Pjthon s'étonne.
lo ! Dodone ton sommet S'éveille en Vendômois, aux rivages de Seine Courent les feux que Diane allumait Sur la montagne lycienne !
SYLVH XXII
Ore, que dessus ma tête.
Saturne ennemi tempête ; De ses innocentes mains Clothon, du destin instruite, Q,u'active tile la suite De mes conforts toujours vains Sur le luth je ne dirai.
Homme de mauvais courage.
Mon ennui, ou d'un outrage Dépit je ne me plaindrai.
Plutôt, d'une ardeur qui passe Thèbes. Ascrée et la Thrace.
Je sonnerai sons si hauts Que les neuf sœurs étonnées Fuyant le Pimple et Pénée Et de Pégase les eaux.
Feront bruire en la France, Parlantes, dessous ma voix, D'une amoureuse cadence.
Les prés, les antres, les bois.
GALATEE
< Oublie, ô Cyclope, sauve tes vœux
Du réseau gracieux D'un regarder où tu te fis enclore.
Déjà, sous un chef verdissant la source bruil.
Déjà l'églantier se colore.
Déjà l'arbre sylvestre porte fruit.
Oh. pourquoi, Cyclope, en toi l'hiver encore. Et que n'es-tu pressant les pis abondants
De la génisse profitable 1 Vois les taureaux mêler leurs cornes, entends
Bêler tes brebis à l'étable. n
Vieux Mélibée, ainsi tu parles.
« Les autans Soufflent malins aux tiges qui florissent, Maligne est la pluie aux épis qui mûrissent.
Et Tare dEros, si les traits ne partent doubles,, blesse
Soûlas et liesse.
Si la mare, au roseau, si londe pure, au peuplier, il faut. Soupire-t-elle la palombe après le gerfaut, La carpe après l'hameçon ? Après le taon sonore, Soupire-t-il le bœuf? O Cyclope. oublie ore, Dame qui n'a franchise. Sache, plutôt, que le verger D'épices soit garni, ou qu'un feuillage étranger Ente l'antique tronc, et que, dans la corbeille Faite de baguettes de saule, et d'osier léger, Avecque soin le lait se caille. »
Ainsi tu parles, vieille Cotytaris.
Oublie ! oublie ! Euh, foin De vos ihriacles, bélîtres, botteleurs de foin, Langues radoteuses I Qu'il ait
Un bois retors et de mainte coudée
Le front d'un cerf nouvellet, Q,ue. badin, le cerf aux abois frappe
L'herbe, d'un pas alterné.
Ou que, surpris, le chien du Ménale
Par le lièvre soit mené, Que l'homme amputé de sa dextre
Tire l'épée à-deux-mains.
Que le perclus vainque à la course
Atalante aux pieds soudains.
Que la mule rétive et la cavale
Mâchent comme gingembre leur mors, Et qu'elle se rengorge, la taupe,
De deux yeux d'Argus : alors Lorsque vous aurez dit : Oublie, oublie, ô Cyclope ! Vos bouches parleront selon leur nature de bouche, et non Telle la peau d'un vieil onagre
Qui résonne au tympanon
O Méhbée, aussi, Ne disais-tu pas Chariclée
En grief souci De ne voir, dans ma barbe mêlée, Le ruban, dont présent me tit, Par sa main, son cœur déconfît.
O Cotytaris, maquerelle,
134 LE PÈLERIX PASSIONNÉ
Ta face rusée, en son pli
Cèle et décèle :
Comme Corinne serait aise S'elle avait par mes travaux empli De lait, son tétin rose et fraise.
Mieux que Corinne, sous la tunique détorse,
Nulle n'a la cuisse potelée .
Couleur du cèdre dépouillé de son écorce
Sont les cheveux de Chariclée.
Corinne a les cheveux comme une lueur.
Mais Galatée a tout mon cœur.
Chariclé' bonne et doucette et tendre Baisse ses yeux de pierre aventurine .
Telle la bacchante de Thrace sait s'étendre D'audace barbelée, Corinne.
Chariclé' charme par sa pudeur.
Mais Galatée a tout mon cœur.
Galatée, mon beau souci.
Dame. Ma Dame sans merci !
De ce cœur, telle la plaine féconde, M'allez-vous faire un cœur plus dénudé ■
Qiie le bois par Thiver émondé, Et plus stérile que l'onde.
Galatée ! l'osmonde Joliette, L'aneih éclos à la matinale fraîcheur, la sariette, L'ache. si ma main les cueille, Des ronces ne valent la feuille.
Galatée ! l'ambre en chapelet, Le grenat semblable à la flamme, comme lait Les perles sitôt remuées^ Prases, jaconces. si j"en veux Tresser vos boucles de cheveux, En roche bise sont muées.
Chères mains à toutes grâces vouées, Dame douce ! cette guerre cessez.
Et de pitié .comme L'épine porte Tamome) Votre rigueur fleurissez.
Merci crié au vent ; trop durable rigueur : Peu prisée amitié ; cœur en vaine langueur Et dure embûche ;
Mon cœur plus vainement langoureux que l'oiseau Après le haut bocage, alors qu'en un réseau Son vol trébuche.
Ses yeux si clairs, ses fosseleux souris. Son vaillant corps, son venir, son aller, Et les doux mots dont ell' sut me parler. Et le beau teint, de son âge le prix.
Son teint si beau, comme rose en pourpris, Et qui la fais à Cyprine sembler :
Dons sans guerdon ! vous me deviez embler Valeur et l'heur en vos lacs entrepris.
D'amour où n'est ni cautèle ni vice J'avais juré de vous faire service, O Dame, hélas ! las ! félon à moi-même
L'eau, à la fin, la pierre drue perce, Mais non de vous la cruauté extrême Mes tristes pleurs, car trop m'êtes adverse.
Printemps et Mai Ont parfumé Et val et plaine ; Zéphyr haleine.
De-ci de-là ballent, farauds.
Pastourelles et pastoureaux .
Où trouver, las !
Trêve et soûlas A ma grand'peine.
ALCIXOÛS ET RHODOPE
ALCIXOUS ET RHODOPE
Que tu montes au ciel douce et brillante, ô lune, Ce n'est plus le printemps, c'est l'automne importune Le vigoureux été, le printemps florissant Emportent avec eux mon amour languissant. Le feuillage est tombé, l'hirondelle est partie. Ah, viens plus près de moi, Rhodope, je te prie : Un zéphir amoureux, de ta bouche soufflé. Me fera souvenir des beaux jours de l'été, Et je pourrai tromper le temps et ma tristesse En admirant tes seins que hausse la jeunesse.