‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 94 sur 110 · élément XIII et Clément XIV, t. I, p · texte numérisé non relu

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lutte contre la Compagnie. Ceux de Rouen et de Rennes se mirent les premiers en mouvement *.

Quoique nous possédions beaucoup de documents curieux et inédits sur ce soulèvement presque général des Parlements de France, nous ne les utiliserons pas ici. Ce travail nous ferait sortir du cadre de cette histoire. Qu'il nous suffise donc de rappeler, pour l'intelligence du chapitre suivant, quelques arrêts du Parlement de Paris. Son animosité contre les Jésuites le conduisit, en quelques mois, à une suite d'actes, que les protestants eux-même ont traités de ridicules, injustes, monstrueux, et portant visiblement le caractère de la passion.

Le 1^*" avril 1762, il fait fermer tous les collèges de son ressort. Le 23 du même mois, il place sous le scellé et met en séquestre tous les meubles et immeubles de l'ordre^. Le

\ . Le Parlement de Besançon et les Cours souveraines d'Alsace, de Flandre et d'Artois maintinrent les Pères. Cependant, à force d'intrigues et de manœuvres, on parvin t à obtenir de la Cour d'Alsace la suppression des Jésuites. Le nombre des suffrages dans plusieurs coursa été conservé : à Rennes, 32 contre 29 ; à Roue, 20 contre 13 ; à Toulouse, 41 contre 39; à Perpignan, 5 contre 4 ; à Bordeaux, 23 contre 18 ; à Aix, 24 contre 22. On voit que, dans quelques Cours judiciaires, la majorité contre les Jésuites fut de quelques voix seulement. AMetz, à Dijon, à Pau et à Grenoble, la lutte fut longue et la victoire des ennemis de la Société chèrement achetée.

2. Le duc de Croy dit dans son Journal, t. II, p. 40 : « Les affaires des Jésuites devenaient bien sérieuses. On les regardait comme perdus, d'autant qu'au l*^"* avril ils devaient déguerpir de leurs collèges de Paris... On disait que M. de Choiseul disait qu'il ne fallait pas regarder cela comme affaire d'État et qu'il ne les soutenait pas. Cependant, le 10 mars, le Roi envoya une déclaration au Parlement, qui leur était favorable et allait bien faire du train, car elle ne contentait personne, point les Parlements qui voulaient leur destruction totale, et point les Jésuites à qui 'on voulait mettre des Provinciaux dépendant du Roi, et les séparer presque entièrement de leur général et des autres Jésuites du monde. » — Et p. 58 : « L'arrêt que la Cour avait envoyé, un peu en faveur des Jésuites, au Parlement fut

6 août, dans un arrêt, dont le texte pourrait former un volume, il déclare la Société définitivement dissoute et déchue de tous droits ; ses membres doivent vider tous les établissements qu'ils occupent. Cet arrêt fut suivi de plusieurs autres destinés à en assurer Texécution, à laquelle du reste, rien ne s'opposa.

L'histoire a rendu, elle aussi, son arrêt sur cette monstrueuse sentence du Parlement de Paris, où Thérésie, Tincrédulité et la haine se sont unies pour détruire un ordre qui par ses services avait bien mérité et de la France et de l'Église ; et c'est le publiciste protestant, Schœll, qui s'est chargé de le rédiger dans cette phrase expressive : « L'arrêt du 6 août 1762 porte trop visiblement le caractère de la passion et de l'injustice pour ne pas être désapprouvé par tous les hommes de bien non prévenus*. »

En résumé, l'appel maladroit au Parlement de Paris des sentences consulaires, la condamnation de La Valette et de ses supérieurs comme responsables, enfin Fexamen officiellement ordonné des constitutions de la Compagnie, aboutirent à l'arrêt de proscription des Jésuites en France. Fautil croire que cette immense catastrophe aurait été évitée, si les Jésuites n'eussent pas décliné la juridiction du Grand Conseil, auquel étaient attribuées les causes de tous les réguliers ?

« Le Grand Conseil qui devait son importance, dit Sénac de Meilhan, à l'attribution des affaires ecclésiastiques, avait des égards pour eux ; et lorsqu'il prévoyait une mau-

rejeté. La Cour n'osa ou ne voulut pas les soutenir, n'étant pas la plus forte contre les formes des Parlements qui avaient pris le dessus. »

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