SCENE VIT
Germeuil , sJ arrêtant sur le fond , et regardant tristement j St. Albin .
JL e voilà, le malheureux! il est accablé , et il ignore que dans ce moment. . . Que je le plains !...
Saint-Alb i n , en se promenant , à plusieurs repris es;
Oui. . . C’est le seul parti qui me reste. . . Germeuil, vous voilà. Ecoutez , personne ne nous entend ?
G E R M e u IL.
Qu’avez -vous à me dire ? #
Saint-Al bin.
J’aime Sophie ; j’ensuis aimé. Vous aimez Cécile , et Cécile vous aime.
Germeuil.
Moi! votre soeur ?
SaINT-Alb* N.
Vous , ma sœur ; mais la même persécution qu’on me fait vous attend ; et si vous avez du courage, nous irons Sophie , Cécile , vous et moi chercher le bonheur loin de ceux qui nous entourent et nous tyrannisent.
Qu’ai-je entendu ?. . . Il ne manquoit plus que cette confidence. . . Qu’osez vous entreprendre , que me conseillez-vous? c’estainsi que je reconnoitrois les bienfaits dont votre père m’a comblé depuis que je respire ? pour prix de sa tendresse , je rempli rois son ame de douleur, et je l'enverrais au tombeau en maudissant le jour qu’il me reçut chez lui ?
S a in t - Albin.
Vous ayez des scrupules , n’en parlons plus.
L'action que vous me proposez , et celle que vous avez résolue, sont deux crimes. . . ( avec vivacité ). Saint- Albin, abandonnez votre projet... Vous avez encouru la disgrâce de votre père , et vous allez la mériter; attirer sur vous le blâme public ; vous exposer à la poursuite dès lois ; désespérer celle que vous aimez... Quelles peines vous vous préparez ?... Quel trouble vous me causez !... S a i n t - A l b i n.
Si je ne peux compter sur votre secours, épargnez-moi vos conseils.
Tous vous perdez.
Le sort en est jeté.
Vous me perdez moi-même ; vous me perdez... Que dirai-je à votre père , lorsqu’il m'apportera sa douleur ?... A votre oncle ?. . . Oncle cruel /neyeuplus cruel encore !... Avefc-vous dû me confier vos desseins !... Vous ne savez pas. . . Que suis-je venu chercher ici ?... . Pourquoi vous ai-je vu ?
Adieu , Germeuil.
Où courez-vous ?
Saint-Albin.
M’assurer le seul bien dont je fasse cas, et m’éloigner d’ici pour jamais.
s" "CE N~ E V I I I.
j GERMEUIL, seul. .
IL résout d’enlever sa maîtresse , et au même instant son oncle travaille à la faire enfermer. . . Je deviens coup sur coup leur confident et leur complice. . . Le sort m’en veut-il assez. Si je pouvois m’ouvrir à ce père malheureux , à celui-ci. . . Mais ils ont exigé le secret,., Y manquer , je ne le puis ni ne le dois...
Voila ce que Fonde a vu lors qu’il s’est adressé â moi , à moi * qu’il déteste , pour l’exécution de l’ordre injuste qu’il sollicite... En me présentant sa fortune et sa nièce , son but est de m’embarquer dans un complot qui me perde... Déjà il croit la chose faite , et il s’en félicite... Si son neveu le prévient , autres dangers. Et toi, pauvre malheureuse , dont les intérêts ne touchent personne, qui te sauveras de deux hommes violens qui ont également résolu ta ruine ? L’un m’attend pour la consommer, l’autre y court, et je n’ai qu’un instant... Ne le perdons pas... Emparons-nous d’abord de l’ordre. Je m’expose, je le sais; mais il faut faire son devoir et fermer les yeux sur |e reste. Fin du second Acte .