scène première
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MAURICE, GOBELIN. (il* entrent par la droite en fumant des cigares *.)
GOBELIN. I
Voyons, Maurice, mon bon docteur ! ne parle pas de nous quitter si vite ! tu ne le peux pas 1 ton devoir de médecin s’y oppose. , . / . . ..
, MAURICE, j , j. ....
Ah çà ! mon cher Gobelin, veux-tu me prêter un pou de calme. . , ..
gobelin. , !.. .
Oûi, inais à condition que tu resteras.
MAURICE, lui montrant une lettre.
Voici une lettre que je viens de recevoir de Paris, et où l’on m’apprend qu’un ae mes plus riches clients, le baron de Frênes, vient de succomber à la maladie de langueur qui le consumait.
Très bien ! il est mort, il est mort, n’eu parlons plus ; celuilà n’a plus besoin de toi !
MAURICE. > ; ... i
Au contraire ! il m’a choisi pour son exécuteur testamentaire. , t ,
GOBELIN
Eh bien ?
MAURICE
Son notaire, me croyant dans cette campagne pour toute la saison, m’écrit qu’il va m’y faire parvenir les dernières volontés du défunt.
GOBELIN
Parfait ! te voilà forcé de rester pour les attendre.
MAURICE
Mais elles doivent arriver aujourd’hui même, et je repartirai aussitôt pour Paris.
i r ;• , GOBELIN. » v ' (' | 'VT
Je m’y oppose ! je ne te lâche pas, je t’enferme ! j<t jè séquestre au besoin.
MAURICE
Sois donc raisonnable, que diable! Lorsqu’il y a quinze jours tu es venu me chercher à Paris pour donner mes soins à ^ta petite Jeanne...
GOBELIN, l’iaterrompant.
Je savais bien ce que je faisais... Si j’avais voulu écouter sa mère et sa tante Clary, qui ne voulaient pas entendre parler de médecins !.. et la soigner seules !.. où serait-elle, grand Dieu! où serait mon héritière ! Mais moi j’ai dit : « Il n’y a qu’un grand médecin qui puisse sauver ma fille ! J'en connais un ! C’est mon ami Maurice. Je pars le chercher à Paris !... » Je suis parti, je t’ai ramené, et tu as sauvé ma petite Jeanne, l’espoir de ma race. • /'K' !..• , ; w*j i.'.V
MAURICE
Donc, puisqu’elle est sauvée...
GOBELIN
Et la convalescence donc ? Voyons, Maurice ! encore unè quinzaine ! (n s’assied à droite.) Tu ne peux refuser cela à notre vieille amitié ! car tout jeune que tu es, nous sommes de vieux amis !
MAURICE \ • 111
Mais oui, ça commence à dater ! je t’ai servi de témoin pour ton mariage avec la première madame Gobelin.
'■ GOBEI.IN, se levant. r
Chut! ne me rappelle donc jamais ces accidents-là !
MAURICE
Au fait, tu n’étais pas toujours d’accord avec elle. '
Un vrai chardon pour le caractère... et puis une. femme qui n’a jamais su me donner d’héritier, (n s’assied.)
> , - MAURICE
Toi qui avais la bosse de la paternité!
GOBELIN. • ’ 1
Tu le vois, si je ne m’étais pas remarié, le nom des Gobelins s'éteignait.
MAURICE
Allons donc ! ce nom-là ne s’éteindra jamais, mon bon.
GOBELIN
Je l’espère bien à présent.
MATJItICE.
. D’abord, il y aura toujours la manufacture des Gobelins... qui est productive celle-là... ah! ah!
- gobelin. t|
,! Ah! bien! tu vas recommencer tes plaisanteries, comme du temps de ma première.
•SCÈNË I.
GOUKLIN
Oui, toi... Pendant dix ans tu as répété avec les autres...
« fl en aura ! il n'eu aura pas... »
MAURICE
Oh ! nous avions tort !
GOBELIN
Eh! eh!... la preuve... c'est qu’àujourd'hui, j’ai une petite Gobelin, uhe charmante petite Gobelin !
Maurice.
Charmante, en effet ! le plus heureux naturel ! •
gobelin.
Le mien I
MAURICE
Et je me suis vraiment attaché à cette enfant comme si elle m’appartenait.
1 1 • GOBELIN
Mais, c’est à moi qu’elle appartient.
MAURICE, m mettant A cheval sur uue chaise dèvant Gobelin.
A proposée cela, j'ai été tellement préoccupé dé la maladie de cette chère petite, que je ne t’ai pas seulement encore demandé comment il s’était fait qu’après t’avoir pérdu de vue pendant quelques années,je t’aie retrouvé veuf, remarié, et enfin... enfin au comble de tes vœux! pouvant crier à tous : J’en ai un! j’ai un héritier! c’est-à-dire une héritière.
GOBELIN
Un rêve ! mon cher ami, un rêve !
^ MAURICE.’ . t
Et Un rêve heureux... carta femme...
GOBELIN, -ils se lèvent.
N’est-ce pas? Le ciel dans sa miséricorde venait donc de me 1 priver de mon chardon, quand le président d’Héricourt, un des vieux amis de mon père, me légua la tutelle de ses deux filles, Clary et Marie.
MAURICE
• Ah ! c’est une de tes pupilles que tu as épouséer.. ‘
GOBELIN. “ 1
Je n’y pensais pas, ma parole d’honneur !... car elles étaient pour moi comme deux filles, deux enfants,que j’avais adoptéèè.
, MAURICE
Faute de ndieux !
GOBELIN
Ah! méchant!... mais ça m’est' égal à présent... ma petite Jeanne est là. , . . ,, ...
Bien, va toujours... ' , , ,
' ' ■* - ■* gobeun. ' ■ ■ ,u .
Je les menais donc aux bals, aux spectacles, partout’ ehfin dû
il y avait un plaisir pour elles... et malgré cela, depuis quelque temps, j'étais, tourmenté de les voir tristes et chuchotant ^ensemble avec une inquiétude dont je ne pouvais deviner le mo- tif, lorsque... Ah ! monchrr ami... juge de mou saisissement, quand Marie, l’ainée, me dit un jour... Était-ce un jour? non, c’était un soir. ,
MAURICE. ,
L’heure ne fait rien à l'affaire, va donc.
GOBELIN
Oui ! un soir , au crépuscule enfin ; oui, tu as raison ; pauvre enfant ! Je vois encore son émotion ! sa rougeur virginale en me disant : «Monsieur Gobdin,moii cher et lxm tuteur, je ne saurais « trouver un plus honnête, un plus galant homme que vous,
« voulez-vous être mon mari ? »
» MAURICE
Comment ! c’est elle ?
GOBELIN
Et d’elle-même... d’elle seule.. Tu comprends que, si tuteur qu’on soit !... on ne résiste pas à une pareille passion.
. V, ne passion!' i
* j GOBELIN.
Assurément une passion !.... doutes-en donc encore , lorsqu'elle mit pour unique condition à notre mariage que nous irions .seuls tous lçs deux passe 7 * notre lune de miel à voyager... n’importe où !
MAURICE
Ah !
GOBELIN
Aussi ai-je prolongé cette heureuse lune.,., enfin il y a des gens qui rapportent un las de bibelots de leurs voyages, moi je n’en ai rapporté qu’uue petite fille et qui me fait houneur,je m’en flatte.
j ; , . ‘ ,! MAURICE. ^ ,
Mes compliments.
GOBELIN
Et voilà comment je suis devenu père d’une enfant à mpi, bien à moi, entends-tu ?
» . i . MAURICE. ..
Qui tfe dit le contraire ?
GOBELIN
C’estqu’il ne faudrait pas le dire!... Ah !... mai?,,. ,
MAURICE
Qui y pense? . * , v {
D'ailleurs, c’est tout mon portrait !
MAURICE
Oh! pour ça !... je trouve que heureusement elle ressemble plus à sa mère.
I /Il
-ï.lJ’M SOÉN»! in. 'i'l 7
GOBELIN
En bien! quand cela serait? qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’une ulle ressemble à sa mère ?
' MAURICE
Eh ! qui te dit que je trouve cela étonnant ? (a part.) Il a le diable au corps avec son enfant !
■ ’ GOBELIN, voyant Marie.
Tiens, la voici !
, 1 ,, I MAURICE. 1
ïa fille ? .
GOBELIN. •
Eh ! non ! sa mère !... la mère de ma petite Jeanne.
. MAURICE, saluant.
Madame Gobefin...
, ‘SCÈNE II f