CLUB DES CORDELIERS
hOiAtrt DES AMIS DES I»n0ITS DK l'iiOMME ET DO CITOYEN
Extrait des délibérations de la Société des Cordeliers, séante au Musée, rue de Thiouville, du 25 mai 1793, deuxième de la République :
La Sociélé, instruite que, au mépris de la Déclaration des droits étemels et impérissables qui consacrent la liberté la plus illimitée des opinions , Àeux de ses membres , les citoyens Hébert et Varlct, Apôtres de la liberté, ont été arrêtés
«0 l£ PÈRE DUCHESNE.
L*oii demande qu*il soit fait une circulaire aux quarante-huit sections pour les prévenir de l'arrestation du citoyen Hébert qui a été arraché à sos fonctions de magistrat du peuple. Le conseil arrête qtfe Ton enverra aux quarante-huit sections expi^dition de Tadresse à la Convention sur l'arrestation d'Hébert ; que cette adresse sera portée par des cavaliers qui seront tenus de se rendre à sept heures dans les assemblées générales, et chargés de demander, au nom du conseil, que lecture en soit faite sur-le-champ,
la nuit dernière pour avoir émis libremcul leurs opinions dans leurs discours el dans leurs écrits, déclare :
Qu'elle refjardc comme des actes de tyrannie les attentats commis contre les citoyens Varlet et Hébert; déclare :
Qu'elle re.-sent comme un outrage çanglant lait à ellemême et à tous les patriotes de la République et de l'univers cette conduite illégale et liberticide.
Arrête que dés commissaires pris dans son sein porteront à l'instant à la Commune, aux quarante-liuit sections et aux sociétés populaires de Paris cet Arrêté, avec invitation pressante de prendre dans leur sagesse les moyens les plus vigoureux de résistance à l'oppression.
(Manuscrit). La société à (sic) nommé pour commi>aiies(s/6) les citoyens Boelet et Bouquet. (Signé) Monnin, président, el llusson. secrétaire.
LE PÈKE DUCHESNË. 21
Le conseil adopte la rédaclion de l'adresse relative à Hébert. Une députation nommée à cet effet part sur-le-champ pour la porter à la Convention.
Voici le texte de cette adresse, avec la réponse du président de la Convention (Isnard), réponse célèbre, et qui souleva de si grands orages dans le côté gauche de la Convention.
Uorateur de la dépittalion du conseil fjénéral de la Commune.
« IjCs magistrats du peuple, qui ont juré i< d'être libres ou de mourir, ne peuvent voir « sans indignation la violation la plus manifeste « des droits les plus sacrés. Nous venons vous « dénoncer Tattentat commis par la commis - « sion des Douze sur la personne d'Hébert, « substitut du procureur delà Commune. [Vio- « lents murmures à droite.) 11 a été arraché du « sein du conseil général, et conduit dans les « cachots de l'Abbaye. Le conseil général dé- « fendra I innocence jusqu'à la mort. 11 decc mande que vous rendiez à ses fonctions un
iï LE PÈRE »CCHES!«E.
« magistrat estimable par ses vertus civiques « et par ses lumières. {On murmure.) Nous « demandons qu*il soit promptement jugé. lies « arrestations arbitraires sont pour les hommes « de bien des couronnes civiques. » (On applaudit dans une part'u de rassemblée et dans les tribunes.
Le Président. « La Convention, quia Tait une « déclaration des droits de l'homme, ne soufc< frira pas qu'un citoyen reste dans les fers s'il « n'est pas coupable ; croyez que vous oblien- « drez une prompte justice; maisécoutezles véri- *« tésque je vais vous dire: La France a misdans « Paris le dépôt de la représentation nationale ; « il faut que Paris le respecte : il faut que les c( autorités constituées de Paris usent de tout « leur pouvoir pour lui assurer ce respect. Si « jamais la Convention était avilie, si jamais, « par une de ces insurrections qui depuis le « 10 mars se renouvellent sans cesse, et dont « les magistrats n'ont jamais averti la Conven- « tion (violents murmures dans l extrémité
« gauche, on applaudit dans la partie opposée)^ « si, par ces insurrections toujours renaissantes, « il arrivait qu'on portât atteinte à la représen- « tation nationale, je vous le déclare au nom de a la France entière... (Non, non, dans Textrc- « mité gauche. Le reste de l'assemblée se lève «c spontanément. Tous les membres s'écrient : a Ouiy dites an nom de la France ! )
Le Président. « Je vous le déclare au nom de « la France entière, Paris serait anéanti... » {De violents murmures ^ partant de V extrémité gauche, couvrent la voix du président. Tous les membres de la partie opposée : Oui, la France entière tirerait une vengeance éclatante de cet attentat.)
Marat. « Descendez du fauteuil , Président , « vous jouez le rôle d'un trembleur..., vous « déshonorez l'assemblée..., vous protégez les « hommes d'Etat. »
Le Président. « Bientôt on chercherait sur « les rives de la Seine si Paris a existé. (Mnra mures à gauche, applaudissements à droite.) « Le glaive de la loi, qui dégoutte encore du
2i LE PÈRE DUCHESNE.
« sang du tyran, est prêt à frapper la lète de « quiconque oserait s'élever au-dessus de la re- « présentation nationale. {Applaudissements à « droite.) »
Pendant ce temps, le 25 mai, une députation de la section du Temple communiquait à la Commune de Paris un arrêté tendant à faire nommer par les quarante-sept autres isections des commissaires qui, réunis ce soir à la maison commune, rédigeraient une adresse à la Convention pour lui demander le sujet de l'arrestation du patriote Hébert.
Le conseil arrêtait à l'unanimité que les noms des sections qui avaient pris Hébert sous leur sauvegarde seraient communiqués à ce citoyen.
Seize sections adhéraient à l'arrêté de la section du Temple, et témoignaient leur indignation relativement à l'arrestation du citoyen Hébert.
Chaumette a été voir Hébert dans sa prison, et il rend compte de sa visite : Hébert est tran-
LE PÈRE DDCHESNE. 25
quille, et prio le conseil de l'être sar son compte. Mais, dit Chaumette, on attaque la liberté de la presse en attaquant Hébert comme journaliste: il demande que la chambre ou est Hébert soit appelée chambre de la liberté de la pressej comme il y avait à la Bastille la tour de la liberté.
Le 26 mai, les députés de seize sections de Paris se présentent à la Convention pour réclamer la liberté d'Hébert. L'assemblée décrète le renvoi de la pétition à la commission des Douze ,poijr en faire le rapport le lendemain. Ce décret soulève de nombreuses réclamations auxquelles l'assemblée met fin en levant la séance.
La création de la commission des Douze avait été fort mal accueillie par les sans-culottes et par la Montagne dont aucun des membres ne faisait partie. Dans la séance du 26 mai*, Marat disait : « Je redoute aussi les commissions extraordia naires quand elles sont prî^s dans un seul « côté de l'assemblée. Quel autre, but peut-on a se proposer, si ce n'est l'oppression des patt triotes, si ce n'est de faire tomber la plume
26 «LE PÈRE DUCUESMN.
« d'un écrivain patriote^ Hébert, rédacteur du « Père Duchesne, » etc.
Une insurrection était imminente à Paris.
26 mai. — Des citoyens préviennent le Conseil de la Commune que quelques citoyennes font des proclamations dans les rues et invitent les citoyens qui les approchent à se porter à TAbbaye.
27 mai. — Une députation de la cité se présente à la Convention et demande avec menaces la liberté d'Hébert.
Le président adressé une admonestation à ces députés.
Dans la même séance, Danton s'élève contre la commission des Douze.
Le ministre de l'Intérieur donne sur Hébert les explications suivantes :
« Je crois* devoir passer à un autre fait qui, « quoique particulier, semble mettre la Repu- « biique en mouvement ; c'est d'Hébert que je a veux parler. Les principaux motifs de son « arrestation , et je le tiens de quelques mem- « bres de la commission des Douze, sont quel-
LE PÈRE DUCHESBIE. 27
« qaes feuilles du Père Duehesnt. Comme fonec tionnaire public, j'ai recueilli des notes, sur c ce qui concerne Hébert, de deux persomies « pour lesquelles j'ai la plus grande estime, c L'une de ces personnes est le Maire de Paris^ « l'autre est Destoumelles , mon ami de quinze « ans. Tous deux m'ont attesté que, dans toutes c les assemblées de la Commune , il n'a jamais « Tait que les propositions que peut faire on «bon citoyen. (ApplaudmementSs) \ Végird « des feuilles du Père Thichesne qui sont son « crime, je ne les connais pas ; mais j'ai horreur « de tous les écrits qui ne prêchent pas la raison « et la morale dans le langage qui leur con- « vient. »
A la suite d'une discussion qui se prolongea jusqu'à minuit, la Convention décréta, sur la proposition de Lacroix^ 1* la liberté des citoyens incarcérés * ; 2* la cassation de la commission des Douze.
Mais, dans la séance du 28 , l'appel nominal
* ?«r le journal d'Hébert if 241.
ibu
i» LE PÈKK DUCUESNE.
fut dcinandé sur lu question de savoir si ie décret qui avait cassé la commission des Douze serait rapporté. 1) le fut en effet à la majorité de 21 voix. Il y eut 517 votants : 279 votèrent pour le rapport du décret ; 238 votèrent contre.
Le 28 mai , Hébert entre dans la salle du conseil de la Commune de Paris. De nombreux applaudissements Taccueillent de toutes parts. Tous ses collègues, tous les citoyens présents, l'embrassent et le serrent <)ans leurs bras. Il reprend sa place au conseil.
Chaumette demande alors que la commission des Douze soit traduite au tribunal révolutionnaire. Le conseil adopte cette proposition.
Hébert témoigne sa vive reconnaissance des sentiments que lui ont manifestés les vrais sansculottes de Paris, et des consolations sans nombre qu'il a reçues dans son honorable prison. Il expose les dangers imminents de la patrie , et il demande que l'on y porte de prompts remèdes.
Chaumette lui remet entre les mains une
LE PÈRE DUCflES!SE. 2«
couronne que lui avaient destinée les patriotes. Hébert la dépose sur le buste de J. J. Rousseau, en disant que Ton ne doit aux hommes en place que des encouragements, et qu'on ne leur doit décerner de couronnes qu'après leur mort."
Ije conseil nomme des commissaires pour présenter Hébert, au nom des sections, à celje de Bonne-Nouvelle, qui est la sienne.
Le ministre de l'Intérieur s'exprimait aiqsi dans la séance du 31 mai de la Convention :
« Je ne puis dissimuler à la Convention « qu'il existe une grande agitation dans Paris ; « que tous les citoyens ont été arrachés au rec< pos par le tocsin, au milieu de la nuit. Une « assemblée composée de commissaires de « sections, d'électeurs du 10 Août, etc., s'est a tenue cette nuit à j'Évêché, et paraît avoir « donné l'impulsion à ce mouvement. La « cause de ces troubles est la réintégration « de votre commission des Douze ; on l'accuse « d'avoir calomnié Paris, d'avoir faitlncarcérer
SO LE PÈRK DUCHESNE
« arbitrairement des magistrats, d'avoir forme n le projet d'opprimer les patriotes*, » etc.
Vint [ensuite TafTaire du 31 mai, puis l'arrestation des Girondins.
La popularité d'Hébert se soutint ^ncore pendant longtemps, au moyen de son jonmal.
Ce fut lui qui imputa à la malheureuse reine Marie-Antoinette des crimes que repousse la nature épouvantée *.
* U commission des Dou^e, après ayoir fait décréter que les ciloyens qu'elle avait fait arrêter seraient provisoirement mis en liberté, donna sa démission. La plupart des membres qui Tavaient formée furent proscrits, et plusieurs portèrent bionlM leur tô(c sur Téchafaud,
• Voici sur cette affreuse calomnie les détails révélés par le Moniteur:
TRIBUNAL RÉVOLDTIONNAniB
du 35 du premier mois de l'an II (14 octobre 1793).
Jacques René Hébert, substitut du procureur de la Commune, dépose qu'en sa qualité de membre de In Commune du 10 août il fui chargé de différentes missions importantes qui lui ont prouvé la conspiration d'Antoinette,
Enfin le jeune Capet , dont la constitution physique
dépérissait chaque jour, fut surpris par Simon dans des pollutions indécentes et funestes pour son tempérament ; que, celui-ci lui ayant demandé qui lui avait appris ce manège criminel , il répondit que c'était à sa mère et à sa tante qu'il était redevable de la connaissance de celte habitude funeste De la déckratjon, observe le déposant, que le jeune Capet a
LE PÈRE DUCHESNE. Si'
Hébert était au nombre des commissaires municipaux qui interrogèrent tes malheureux enfants de Louis XVl dans la prison du Temple, et leur firent les questions les plus abominables. Ik firent signer à Tenfant royal un écrit qu'il n'a?ait pu comprendre, et qu'ils appelèrent un procès-verbal. Le tribunal révolutionnaire re-
Taile en présence du maire de Paris et du Procureur de la Commune, il résulte que ces deux femmes le faisaient souvent coucher entre elles deux ; que là il se commettait des traits de la débauche la plus effrénée ; qu'il n'y avait même pas i douter, par ce qu'a dit le fils Capet, qu'il y ait eu un acte incestueux entre la mère et le fils.
n y a lieu de croire que cette criminelle jouissance n'élail point dictée par le plaisir, mais bien par l'espoir politique d'énenrer le physique de cet enfant, que l'on se plaisait encore à croire destiné à occuper un trône , et sur lequel on ToaUit, par cette manceuyre, s'assurer le droit de régner alors sur son moral ; que^ par les efforts qu'on lui fit faire, il est demeuré attaqué d'une descente pour laquelle il a fallu ' mettre un bandage à cet enfant; et, depuis qu'il n'est plus avec sa mère, il reprend un tempérament robuste et vigoureux.
Un juré fait observer que Maric-Ântoinette n'a pas
répondu sur ce fait.
L'accusée, interpellée par le président , répond : a Si je n'ai pas répondu, c'e^t que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. [Ici l'accusée parait vivement émue.) J'en appelle à toutes celles qui peuvent ^ trouver ici. » (Moniteur du 18 octobre 1793.)
:m lk père duchesne.
t'usa de lais^jer lire cet écrit à son audience ; mais Fouquier-Tliinvilie en rendit compte dans son acte d'accusation, et Hébert «n fit la base de sa déposition, qui révolta Robespierre luimême. Ce dernier, qui était à dîner quand on lui en parla, entra en fureur et s'écria en brisant son assiette : « Ce n'était donc pas assez^ « pour ce scélérat, d'en avoir fait une Mes- « saline , il fallait encore qu'il en fit une « Agrippine. » Ces paroles de Robespierre faisaient pressentir qu^à un moment donné Hébert aurait dans le Comité un ennemi terrible.
Ce dernier, qui, d'ailleurs, contrariait les projets de Robespierre, pensa bien que celuici ne tarderait pas à l'envoyer à l'échafaud.
Hébert avait été à la tête du mouvement contre le culte. Ses déclamations furibondes et son influence dans les saturnales dites Fêtes de la Raison augmentèrent les mauvaises dispositions de Robespierre contre lui.
Déjà, au club des Jacobins (séance du 21 frimaire an II), lorsque Hébert fut appelé pour
LE l»ÈnE DUCUESNE. 35
l'épuration, il avait été question de ses opinions religieuses. 11 était accusé d'athéisme.
Ben tabule demande pourquoi Hébert a attaqué Laveaux parce que celui-ci avait parlé en faveur d*un élre suprême. Montant^ qui cherche à justifier Hébert, déclare qu'il pense que ce dernier, lorsqu'il a attaqué Laveaux pour avoir parlé de la Divinité, a entendu parler de la chose en elle-même, et n'a point voulu attaquer Laveaux, à qui, dit-il, on permet de croire tout ce qu'il voudra. H ajoute que ce qu'a dit Hébert, le peuple l'avait fait ; déjà il avait sacrifié les chapes, les chasubles, et tout Taccoutrcment rehgieux.
Hébert répond : « H est de mon devoir de « repousser l'idée qu'on s'efforce de donner de a moi ; on m'accuse d'athéisme, je nie formelle- « ment l'accusation. Quant aux opinions reli- « gieuses que l'on m'accuse d'avoir mises dans « mon journal, je nie formellement le fait, et je « déclare que je prêche aux habitants des cam- « pagnes de Hre l'Évangile. Ce livre de morale « me parait excellent, et il faut en suivre toutes
54 ' LE PÈRE DUCHESWE.
« les maximes pour être un parfait Jacobin, Le « (Ihrist me semble le fondateur des sociétés port pulaires. »
A partir du moment où il soupçonna les intentions de^ Robespierre à son égard, Hébert s'appliqua à fortifier la faction qu'il dirigemt avec Chaumettc. Aidé par Ronsin, chef de Tarmée révolutionnaire, il devint maître de la tri^ bune du club des Cordeliers, qui avait le secret de mettre à volonté la populace en mouvement. Il accusa Danton, fit voiler la statue de la Liberté, ainsi que les tables des droits de Thomme, et appela l'insurrection contre ceux qu'il accusait de les avoir violés.
Le mépris de Robespierre, à peine voilé, dut aigrir et exciter Hébert ; car, dans toute sa vie politique, il parait n'avoir toujours agi que poussé par des questions d'intérêt ou d'amourpropre personnel. Mais, comme il avait conscience de la force de son adversaire, ce fut à Danton qu'il s'en prit ; et ce fut encore une question toute personnelle qui le fit s'attaquer à Danton et au Comité de salut public .: la no-
mination de Paré au ministère de la justice, poste qu'Hébert avait Tambition d'obtenir, et pour lequel il pouvait supposer qu'indépendamment de son rôle pendant la révolution et sa notoriété acquise, les articles publiés par lui sur l'éducation devaient être des titres sufSsanls. Paré avait été secrétaire de Danton lorsque celui-ci était avocat au Parlement ou aux Conseils du roi.
Robespierre et Danton s'unirent pour écraser cette secte. Ce fut en vain qu'Hébert essaya d'obtenir par Tinsurrection la même victoire qu'à Taflaire du 31 mai. Il échoua cette fois, les circonstances n'étant plus les mêmes.
I^ rapport de Saint-Just, au nom du Comité de salut public, fut lu le 23 ventôse anU, et le projet de décret adopté à l'unanimité.
Hébert fut arrêté dans la nuit du 25 au 26 ventôse.
La procédure contre Hébert et ses complices commença le 1" germinal de la même année, ils étaient au nombre de vingt, savoir :
r Ronsin ; T Hébert ; 3" Vincent ; 4° Mon-
y» LE PKRtTDUCHESNE.
moro ; 5** Diicroquet; 6° Kok; 7" Laumur ; 8° Bourgeois; 9** Mazuel ; lO"* Laboureau ; I r Aucard ; 12" Leclerc ; 15" Pereyra ; 14" Latreille , femme Quetineau ; 15" Anacharsis- Clools; 16" Desfieux ; W Descombes ; 1 8" Armand ; 19"Dubuisson; 20"Proly.
Ils étaient accusés d'avoir conspiré contre la souveraineté du peuple français et sa liberté ; et d'avoir voulu rétablir le despotisme et la tyrannie, en usant de tous les moyens pour priver le peuple des subsistances, en projetant de massacrer et faire massacrer les représentants du peuple les plus énergiques et les plus zélés défenseurs de la liberté.
Le tribunal révolutionnaire flétrit Hébert comme voleur. Hébert , sf violent dans son journal, fut sans aucun courage, et tomba plusieurs fois en défaillance devant le tribunal et dans la prison.
11 fut condamné à la peine de mort avec ses complices (sauf Laboureau, acquitté) le 4 germinal an H ^ L'exécution eut lieu le même jour;
* 24 mars 1794.
la femme Quetineau, qui s'était déclarée enceinte, obtint un sursis. Hébert avait alors près de trente-sept ans.
Lorsqu'il fut conduit à Téchafaud, le Père Duehestie entendit la populace lui répéter les horribles plaisanteries dont il s'était servi, dans son journal, contre les victimes du tribunal révolutionnaire \
Sa femme, fut condamnée à mort le 24 germinal an n (18 avril 1794), et exécutée le même jour.
* Nous possédons une sorte de complainte intitulée : His- Unre de la conjuration du Père Duchesne et ses adieux à sa Jacqueline . Elle a treize couplets. En voici quelques-uns :
Adieu, projets, adieu, ma Jacqueline!
Innocemnient j'ai voulu m'agrandir, Pour récompense, on va me raccourcir.
J'ai cru régner... et l'on me guillotine !
Pour réussir mon ardeur fut extrême ; De mes desseins rien n'a pu me lasser, A tout Paris, afin de m'engrais&er, Heureusement je fis faire un earime.
Je ramassais ions les débris du trôné Qu'avec leur sang je voulais réunir, Si le succès eût suivi mon désir, Sur mon chiendent je mettais la couronne.
Sur mon journal une horrible figure Me présentait en perruque de crin ; Mais en effet j'étais un muscadin.
Et seulement sans-culotte en peinture.
38 LE PÈHE DUCHES.NE.
On se représente géQéralemenl Hébert comme un homme fortement constitué, et. aux vêtements en désordre. Il était, au contraire p^it, mince, d'une figure assez jolie, et d'une propreté parfaite, il avait la parole facile, et s'exprimait avec correction.
J'arrive maintenant à son journal.
Le nom du père Duchesne^ était connu de longue date. On trouve dans une réimpression publiée par Caron^ et qui est intitulée: le Plat de Carnaval^ la relation d'une aventure arrivée au père Duchène, potier de terre et marchand de fourneaux, rue Mazarine, qui jure ou est toujours prêta jurer àchaque phrase. En 1789, plusieurs pamphlets furent publiés sous le nom du père Duchène. C'était un type, comme, de notre temps, Ta été celui de Mayeiix.
En 1790, un nommé Lemaire, employé de la poste aux lettres, publiait un petit journal quotidien ayant pour titre : Lettres bougrement
* On trouve ce nom écrit tantôt Duchène, tantôt Ditchesne; mais le plus ordinairement ;^vec cette dernière ortographe.
LE PÈRE DUGHESNË. 59
patriotiqties du père Duchène, qui se distribuait dans les rues. Ces feuilles, écrites dans un style de corps de garde, et c[ui obtinrent un certain succès dans les classes inférieures, donnèrent sans doute, soit à Hébert, soit à Tremblay, ridée du titre de son journTil.
Quoi cpi'il en soit, la publication d'Hébert conunença en 1790, par des feuilles non numérotées^, ayant en lète une vignette représentant le père Duchesnej une pipe à la bouche et une carotte de labac à la main, avec deux croix de Malte à la fin , et portant au-dessous de la vignette cette épigraphe : Je suis le véritable père Duchesfiej foutre ! Ces feuilles sortaient de l'imprimerie de Tremblay, qui très-probablement était propriétaire du journal, dont Hébert était simplement le rédacteur *.
* On en trouve la preuve dans le n* 1", où Hébert dit : « J'ai « nue ei reur k réparer dans ma feuille du Réveillûn du père c Uuchene et de M. Mirabeau ; je me sais plaint fortement « de M. k Touche, chancelier de M. d'Orléans. Je metrom- « ptis, » etc.
Donc il avait paru des feuilles antérieurement à celle numérotés i.
* Dans te Vieux Cardelier (n* 5), Camille Desmoulins, s'a-
40 L£ PÈRE UUCUËSNE.
Au premier numéro de janvier 1791 commença le numérotage du journal , a6n , san$ doute^ d*en faciliter la collection.
Le nouveau Père Duchesne était rédigé dans le même style grivois que les lettres de Lemaire, et il s'en fallait de beaucoup qu^il eût alors la violence à laquelle il s est livré plus fard.
En 1790 et 1791, le Père Duchesne était constitutionnel ; il faisait Téloge du roi, de I^Giyette ; il blâmait Marat et la Reine, qu'il menaçait du divorce, et réservait rarlillerie de ses jurons contre Tabbé Maury et les noirs.
IjOUÎs XVI n'y était représenté que comme
«iressant à Hébert, dit : « Croi$-tu qu'on ne m'a pas raconté « qu'en 1790 et 1791 tu as persécuté Marat? Tu as écrit pour « les aristocrates, » etc.
Hébert, dans sa lettre à Camille Desmoulins, répond : « Re « lis ses feuilles (celles de Marat), et tu y trouveras dans plu- « sieurs Téloge du journal de Tremblay^ que je ■ rédigeais « alorêt et sur lequel il copiait littéralement les séances de « l'Assemblée nationale. »
Le journal de Tremblay dont il est ici question n'est pas le Père Duchesne, qui ne rendait pas compte des séances de l'Assemblée, mais bien le Journal du soir sans réflexions. Voir la Bibliographie. .
LE PÈRE DUOHËSNE. 41
un homme trompé, et non comme un trompeur \
Ce fut à partir du numéro 59 que cette feuille se mit à vomir contre le roi, la reine et la famille royale les plus ignobles injures, dans le langage des mauvais lieux. Et certes ce journal contribua largement à détruire ce qui restait de la monarchie, en préparant les soulèvements de la populace ♦
Après le 10 août, et surtout après le 31 mai, les gouvernants d'alors firent circuler le Père Duchesne avec profusion dans les départements ' ; les armées en reçurent des ballots énormes.
' Voir le sommaire du n<* 42, et dans le corps de la feuille : « On eberche peut-être le sujet de la maladie de notre bon c roi, tandis qu'il est dans son cœur, » etc.
* Nous possédons un exemplaire du n* 334 , réimprimé in-4» sans la vignette du Père Duchesne ^ mais avec celle qui se trouve en tête des actes du gouvernement , et portant : De rimprimerie de la rue de la République. Cette réimpression ne porte pas de numéro.
Dans la séance du 3 brumaire an II, de la Société des Jacobins , Montant s'exprime ainsi : a Je déclare qu'étant < dans Tarrnée que commandait Custine , j'y ai vu les offin riers, tous aristocrales, qui tenaient l'armée dans une tor-
Ai LE PÈRE DUCHESNB.
Au numéro 13, Hébert changea sa vignette, en copiant presque complètement celle d'un autre Père Duchesne qui s'imprimait rue du Vieux-Colombier.
Cette vignette représente un homme à moustaches, ayant tin sabre au côté , et à la main une hache levée sur un prêtre auquel il adresse
« «(icur infiniment dangereuse pour la chose publique. Il fal- « hil un journal écrit avec adresse pour réveiller la curiosité A des soldats. Les représentants du peuple sentirent l'utilité « du Père DuchiSnet le tirent réimprimer aux dépens de la « République, » etc.
Camille DesnMulins , dans le cinquième numéro du Vieux CorieUer (nivôse , 1^ décade , an II de la République], lui adresse le reproche d'avoir reçu, en un seul jour d'octobre dernier, 60,000 livres de Bouchotte, pour six cent mille numéros du Père Dwhesne^ et il ajouie qu'ainsi le fripon d'Hébert a volé 40,000 livres à la nation.
A la séance A\^ club des Jacobins du 16 nivôse an II , le même Camille Desmoulins , répondant à Hébert , dit : a Je « tiens à la main l'extrait des registres de la trésorerie na- « tionale, qui porte que le 2 juin il a été payé à Hébert, par « Bouchotte, une somme de 123,000 livres pour son journal ; « que, le 4 octobre, il lui a été payé une somme de 60,000 lic vres pour six cent mille exemplaires du Père Dtichesne, « tandis que ses exemplaires ne devaient coûter que 17,000 « livres »
Bouchotte donna sur ce fait des explications qu'on trouve dans VHistoire parlementaire de la Révolution française, I.XXXI, pages 236-237.
le famaix mémento mori. La seule différence de la nouvelle vignette d'Hébert avec celle du Père Duchesne de la rué du Vieux-Colombier consiste en ce que, dans ce dernier, la croisée à droite a plusieurs barreaux verticaux et horizontaux, et que celle d'Hébert n'en a que deux placés en croix.
Du reste, l'épigraphe d'Hébert reste la même, ainsi que les croix de Malte et l'imprimerie. *
Ce vol lui a été reproché par Camille Desmoulins dans son cinquième numéro du View Cordelier^ où il lui dit : « Ce qui est certain, « c'est qn 'avant de t'efforcer de voler la suc- « cession de popularité de Marat tu avais déa robe une autre succession, celle d'un Père ^ « Duchesne qui n'était pas Hébert, car ce n'éc( tait pas toi qui le faisais, il y a deux ans, le « Père Duchesne , j> ne dis pas la Trompette « du Père Duchesne \ mais le véritable Père « Duchesne, le mémento mori. C'était un autre
* Journtil rédigé par Lcinoire, pour faire suite aux iMtres bougrement patriotiqties.
U LE l'ÈH^ DUCHESNE.
« que toi dont tu as pris les noms, armes et « jurements, et dont tu t*es emparé de toute la « gloire, suivant ta coutume. »
Hébert avait déjà cherché à se disculper, ou plutôt il était ailé au-devant de Taccusation de vol de la vignette ; dans ses numéros 15 et 16, il terminait sa feuille en disant, après s'être plaint du Père Duchesne de la rue du Vieux- Colombier: « Il faut dire à bas les escrocs , il « m*est libre de me faire graver comme il me « plait. »
Au numéro 23 apparaissent pour la première fois les fameux fourneaux, mais assez grossièrement exécutés. L^imprimeur est toujours Tremblay, rue Basse-du-Rempart, porte Saint- Denis, numéro 11.
La signature d'Hébert se voit enfm, et pour la première fois, sur le numéro 131 , ainsi qu'il l'annonce au numéro 150.
La tête de ce journal, jusqu'au numéro 25, a toujours fort embarrassé les amateurs, à raison du changement de la vignette et de la subslitulion des fourneaux aux croix de Malte.
LE PÈAE BUCHBSNE. 45
Deschiens, dansisa Bibliographie des journaux, s'exprime ainsi :
« Duchesne (Grande colère, grande joie, etc. , « du Père)j par Hébert, in-8**.
« Commencé en 1791, ce journal se distin- « gue des autres Pères Duchesne en ce qu'il « présente à la fin de chaque numéro deux « fourneaux, dont Tun est ordinairement renie versé. C'est le véril2d)le Père Duchesne.
« Il y a deux numéros 26 et deux numé- « ros 27. Les^ doubles sont imprimés à Com> « mune AfTranchie, et signés Damame, Ils « s'adressent aux hsdiitants de Lyon, et ne sont tt pas moins curieux que les numéros d*Hébert. « Il y a deux numéros lS8, l'un signé Hébert « et l'autre Tremblay.
« Finit au numéro 365 en l'an II, époque où « l'auteur a été condamné à mort comme con- « tre-révolutionnaire.
« En tout 368 numéros. »
Autant d'erreurs que de mots, pour ainsi dire.
D'abord, le journal d'Hébert ne commence
16 LE VÈHE DUCHESNE.
pas en 1791, mais bien en 1790; seulement, il n*a commencé à numéroter ses feuilles qu'au r' janvier 1791.
Ensuite il n'est pas le seul qui ait des fourneaux à la Qn.
M. Deschiens a compris mal à propos dans le Père Diichesne d'Hébert, le Père Duchesne publié à Commune-Affranchie par Damame, et qui forme une publication qui lui est complètement étrangère. C'est, en effet, un journal publié à Lyon, qui parait avoir eu trente-deux numéros au moins. J'ai vu les numéros 1, 15, 17, 22, 24, 25, 27, 28, 29, 32. M.Deschiens cite en (»utre le numéro 26. J*ai le numéro 24. M. le comte de la Bédoyère en possède plusieurs autres.
La vignette est semblable à celle des derniers numéros d'Hébert , et les fourneaux , dont un renversé, se trouvent à la fin.
M. Deschiens ne dit pas qu'il y a deux numéros 16 qui font réellement partie de la collection d'Hébert.
Nous allons expliquer les numéros doubles.
LE PÈRE DDCHESNE. 47
signés Tremblay, dont M. Deschiens n'indique mùme pas la totalité.
D'autres personnes, en petit nombre, car il en est peu qui possèdent ces numéros*, ont cru que le journal d'Hébert devait comm^icer par des numéros qui ont la vignette représentant le père Duchesne la hache à la main, terminés par les fourneaux, et qui portent les numéros 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.
Si ce n'était pas une erreur, il resterait encore une lacune du numéro 9 au numéro 23.
Hais ce qui ne permet pas de placer ces numéros comme tête du journal d'Hébert, c'est que les faits dont ils traitent sont postérieurs à ceux qui font l'objet des numéros qui les suivraient.
D'un autre côté , ces numéros sont imprimés chez la veuve Errard j me Pavée Saint-Sauveur. Comment croire que Tremblay, qui était imprimeur, aurait fait imprimer son journal par un autre? D'ailleurs, Hébert parle de ce Père
* Nous en devons la communication à M. le comte de la Bédorère.
Duchesne^ dans son numéro 136, dans des termes qui ne laissent aucun doute f
« Pendant longtemps, dit-il, on a ignoré quel c( était le véritable auteur du Père Ducheme : a il aurait toujours gardé Tanonyme si les perce sécutions qu'il a éprouvées ne l'avaient forcé (X de se faire connaître. Maintenant plusieurs (x faussaires prennent son titre, et sous ce ca- « chet débitent toutes sortes de mensonges et (c d'absurdités ; il désavoue donc hautement <x tous ces bâtards dont il ne fut jamais le père, « et entre autres celui qui se fabrique chez la « soi-disant veuve Errard , rue Saint-Sauveur. « C'est une diatribe dégoûtante, particulière- « ment dirigée contre l'estimable auteur des « Lettres du Père Duchesne. Pour n'être pas « confondu avec le lâche qui a volé notre titre « et l'emblème de cette feuille, elle sera signée « de son auteur. »
Et au numéro 137 : a Le vil plagiaire qui a « volé le titre de mon ouvrage , mon cachet et « la griffe de mon imprimeur, prétend que j'at- « tente à la liberté de la presse, en dévoilant sa
« turpitude. Quoi donc ! la liberté de la presse a s'étend-elle jusqu'à autoriser le premier bar- « bouilleur à s'emparer du titre d'un ouvrage « et de l'invention d^ l'auteur? Au surplus, « son larcin ne lui a pas profité. Aussi mauvais « singe du style du Père Diichesne que de son « patriotisme, il a été contraint de vendre à la « beurrière ses plates déclamations. Sa maia tresse de boutique eut hier avec une dame « de la halle le court entretien consigné dans les « vers suivants :
« Combien vends-tu ton Duchesne bâtard ?
« Rien que deux liards, répond la veuve Errard.
« Mais dis-nous donc le nom et la demeure
• De son auteur, pour le complimenter.
• Point je ne veux, commère, le citer,
« Car n'en voudrois envelopper ton beurre. »
Voici l'explication de l'apparition de ces numéros.
Au numéro 1 38 du journal d'Hébert , une scission parait s'être déclarée entre ce dernier et Tremblay ^ Ce numéro d'Hébert n'est pas
* Hébert , dans son n* 430 , disait : « On nous a prévenu
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imprime à la même imprimerie ; il porte : Imprimerie de la rue des Filles-Dieu, n° 8, cidevant Tremblay. Les fourneaux ne sont plus les mêmes ; ils sont beaucoup plus petits , et n'ont plus le même aspect. En même temps , sans doute pour faire concurrence à Hébert, Tremblay publie un numéro 158, qu'il signe, qui est imprimé à son imprimerie, et qui a. à la On, des fourneaux semblables à ceux du numéro 23.
Il en est exactement de même pour le numéro 139.
Le numéro 140 d'Hébert a encore les petits fourneaux, et sort de la même imprimerie que les deux précédents.
Au numéro 141 apparaissent les nouveaux fourneaux, mieux faits, qui se continuent jusqu'à la fin du journal d'Hébert.
« que cette feuille doit être incessamment contrefaile ; pour « l'en empêcher, elle sera signée dorénavant de celui qui Ta « imaginée et faite sans interruption, depuis les premiers a jours de la révolution. »
Cet avertissement était sans doute donné en vue de la scission prochaine.
LE PÈRE DIJCHESNE. 51
Tremblay publie les numéros 142, 146, 147, 148, 150, 151, toujours en concurrence avec Hébert, toujours avec les anciens fourneaux, imprimés chez lui, Tremblay, et signés par lui.
II est vraisemblable que Tremblay avait déjà voulu continuer le Père Duchesne de la veuve Errard, car quelques numéros sont signés de lui, si ce n'est pas une fausse signature. Nous donnons les sommaires de tous les numéros de la veuve Errard et ceux de Tremblay à la suite du journal d'Hébert.
Voici maintenant les motifs de l'opinion que nous avons avancée sur la tête de ce journal.
A partir du numéro 1" des feuilles qui ont la vignette du Père Duchesne , représenté une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, chaque numéro porte en (in l'annonce de TA/manac/i du Père Duchesne qui se vend chez Tremblay. Cette annonce se continue après le changement de la vignette, et même longtemps après l'apparition des four-
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neaux. Ce fait, indépendamment de ce que dit Hébert à la fin des numéros 15 et 16, prouverait déjà que c'est bien le même journal qui se poursuit, car un autre auteur n'aurait pas voulu annoncer, ou souffrir que l'imprimeur annonçât dans sa feuille l'œuvre d'un autre Père Duchesne. Ces rivaux, en effet, ne s'épargnaient pas les injures, et s'accusaient réciproquement de contrefaçon. Mais une pièce que nous possédons est venue nous confirmer dans notre opinion. C'est un procès-verbal dressé par un juge de paix au sujet de la saisie du numéro 115 du journal d'Hébert. Ce procèsverbal contient des explications qui, suivant nous, donnent la preuve complète de ce que nous avons avancé. En voici des extraits :
« L'an 1792 (IV* de la liberté), le 4 mars, à a huit heures du matin, est comparu devant « nous, Jean Valenlin Buob*, juge de paix « et officier de poUce de la ville et département « de Paris , le sieur Jean- Jacques Guérin, de-
* Buob fut mis à l'Abbaye, d'où il ne sortit que pour être massacré, le 3 septembre 1792.
« meurant à Paris, rue Basse Porte Saint-Denis, « n^ 7, lequel nous a déclaré qu'en sortant « hier, dans raprès-n;iidi, de chez lui, il avait « entendu crier dans les rues par un colporteur, « et offrir en vente une feuille intitulée : Grande « colère du père Duehesne contre madame Veto « qui lui avait offert une pension sur la liste «c dvUe^ etc. , que la curiosité la lui avait fait a acheter, et qu'il n'a pu résister au sentiment « d'indignation ; que les expressions scandaa leuses . qu'il contient sont contraires aux a bonnes mœurs, et la dénonciation contre la a reine des Français un véritable scandale. »
Le juge de paix mande l'imprimeur Tremblay qui, sur la représentation de la feuille, déclare qu'il n'en est pas le rédacteur, mais qu'il convient l'avoir imprimée et fait distribuer hier ; qu'il en a le manuscrit chez lui.
« A lui demandé de nous déclarer le nom et « la demeure de l'auteur de ladite feuille, a a répondu se nommer Hébert, quil était le ré- « dûcteur de la feuille dont est question^ et de c< tous les outres ouvrages qui se sont distribués
M LE PÈRE DUCUESNE.
« à son imprimerie ; que ledit sieur Hébert f< demeurait il y a encore quinze jours chez <x lui, mais que présentement il demeure rue n Saint-Antoine, ^is-à-vis le petit saint Antoine, R maison d*un papetier. »
On fait venir Hébert, qui commence par accuser le juge de paix Buob, qui, dit-il, lui a manifesté une partialité marquée , qui s'est permis de le calomnier et de le menacer de son autorité à raison de différentes feuilles dont lui Hébert était le rédacteur, notamment à l'époque du 14 juillet de Tannée dernière (1791), et de lavoir menacé de la prison s'il se permettait la moindre réflexion dans son journal, etc.
Le juge de paix lui fait observer que ses feuilles tendent à porter le peuple à la révolte et au manque de respect à tous les pouvoirs constitutionnels, et que c'est toujours dans les^ circonstances les phis orageuses que les feuilles, distribuées chez Tremblay provoquaient le peuple contre les autorités les plus légitimes, répandaient des soupçons sur les démarches les plus innocentes, et enfin portaient le scandale
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le plus universel parmi les citoyens paisibles et amis de la loi, etc.
Hébert répond qu'il est faux qu'il ait cherché à semer le trouble et la révolte, que ses actions, ses discours et ses écrits n'otit jamais eu pour objet que d'éclairer le peuple, que de lui dévoiler les complots et les riïachinations de ses ennemis, etc. ; que l'Assemblée législative, qui a applaudi à ses efforts, lui a accordé dans le lieu de 'ses séances, par un décret, un emplacement pour lui et pour trois de ses co-opérateurs pour traduire dans toutes les langues les décrets de l'assemblée, etc.
Le juge de paix lui réplique qu'il ne signe aucun de ces-ouvrages.
Héb^, après des réserves et des protestalions, se décide à répondre. 11 décline ses nom, prénoms, domicile etc. , et déclare que le numéro saisi est de lui, ainsi que tous ceux dont il fait suite ; qu'en composant cette feuille dans un style grivois,' il n*a eu l'intention que de se mettre à la portée de cette classe peu instruite du peuple qui ne pourrait comprendre d'impor-
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tantes vérités si elles n'étaient énoncées avec des expressions qui lui sont particulières ; qu*il ne faut pas confondre cet ouvrage avec plusieurs autres qui ont usurpé son titre pour donner créance à des productions véritablement incendiaires, etc.
Le juge de paix ordonne que Tremblay sera relaxé, et qu'Hébert sera conduit au dépôt du comité central*, etc.
Cette pièce est signée de Tremblay, d'Hébert, du sieur Guérin et du juge de paix, au bas de chaque page, et à la fin de chaque vacation.
Nous pensons quMl résulte clairement et suffisamment de ce procès-verbal que le journal d'Hébert a bien commencé par les feuilles qui portent en tête la vignette représentant le père Duchesne avec une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, puisque Tremblay et Hébert déclarent que toutes les feuilles imprimées chez Tremblay sont d'Hébert*. Nous ajouterons que
* Hébert, dans son n** H6, parle de celle arrestation, qu'il attribue à la reine, et de sa mise en liberté.
* Dans les n- 33, 34 et 35, Hébert, se plaignant des
le série des numéros se suit exactement, et qu'on n'a jamais vu de numéros du père Duchesne avec la pipe à la bouche et la carotte à la main allant au delà du n° 12, ni de numéros aux fourneaux avant le 23% si ce n'est ceux de la veuve Errard, qui sont d'une autre collection.
Aûn que Ton puisse reconnaître facilement les numéros du journal d'Hébert, et les distinguer de ses concurrents ou contrefacteurs, nous donnons le sommaire de chaque numéro, avec toutes les indications bibliographiques qui peuvent être nécessaires pour éviter les erreurs. Nous avons adopté Tordre alphabétique des titres pour les feuilles qui ont été publiées avant le numérotage.
Nous terminerons par les sommaires des numéros qu'a publiés Tremblay, et par ceux imprimés chez la veuve Errard.
contrefacteurs, termine ainsi : « Je préviens le public contre « ces brigandages, et, pour l'en garantir par la suite, je le « prie de se rappeler depuis quel temps ma feuille a paru ; « elle existait plus de six mois auparavant que tous les bi- « lards eussent vu le jour, et elle tCa cessé de se distribuer » chez Tremblay, mon imprimeur. »
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Noas commençons la série du père Duchesne par les feuilles non numérotées, qui ont paru les premières, ainsi que nous l'avons d^à établi.
Nous rappelons que ces feuilles, et celles numérotées jusques et y compris le n*^ 12, ont pour vignette le père Duchesne avec une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, Elles ont deux croix de Malte à la fin, et sont imprimées par Tremblay.
Nous signalerons le changement de vignette, l'apparition des fourneaux, les changements d'imprimerie, et tout ce qui apportera quelque modification dans la composition.
Toute la collection est de format in-S"*, et chaque feuille a huit pages.