Schmjdt. Tableaux, etc., t. II. (Séance du 3 germinal
vent ion Nationale et les agents de la République. La conduite d'Hébert, lors de la nomination de Paré au ministère, en est une preuve convaincante. Hébert ambitionnait cette place. Ce motif l'engagea à proposer, conjointement avec son associé Vincent, l'organisation du Comité exécutif constitutionnel. Non content de calomnier le ministre, on le vit aussi attaquer par des sobriquets insolents les membres de la Convention Nationale qui n'avaient pas voté en sa faveur. On le vit dénoncer à cette tribune d'autres membres chargés par le Comité de Salut public d'une mission importante pour la République dans les départements. On le vit dénoncer les représentants du peuple près l'armée du Midi et celle du Nord, pendant que l'une chassait les Anglais hors de Toulon et que l'autre délivrait Maubeuge et faisait mordre la poussière aux féroces Autrichiens. Et après avoir ainsi dénoncé les membres les plus énergiques de la Convention pendant leur absence, ne l'avez-vous pas vu avec cette lâcheté et cette fourberie qui le caractérisent, démentir ce que les journaux n'avaient fait que répéter après lui?' ... »
Cet écrasant réquisitoire valait bien celui de Fouquier-Tinville. Et, ce jour-là, Hébert subit, à l'exemple de tant de criminels politiques, la loi qu'il avait faite et qu'il avait imposée aux autres... aux Girondins, par exemple. Les jurés déclarèrent « leur religion suffisamment instruite ». Et, affirmant que les débats démontraient bien l'existence d'une conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple français, ils en reconnurent coupables tous les accusés, sauf Laboureau qui était un espion des Comités.
Celui-ci fut acquitté, les autres condamnés à mort. La femme du général Quétineau obtint un sursis, en raison de son état de grossesse.
t. A c lard. La Société des Jacobins. Séance du 23 mars.
lu
Les dernières heures des Héberiistes par un témoin oculaire. — Quelle fut au vrai, leur conspiration?— Dénonciation de Chabot commentée par Camille. — Le festin funèbre du général Ronsin et du baron Cloots. — La tenue des Héberiistes devant la guillotine. — Ultime vengeance de Camille. — Le geste de Sanson. — La mort de Jacqueline. — Ce que devint la petite bonne amie de Simon.
Laboureau, le mouton qui avait été incarcéré et mis en jugement avec les Hébertistes, afin de mieux surprendre leurs secrets, rédigea, pour ses... patrons, une relation curieuse de l'attitude et des novissima verba des prévenus sous ce titre :
Rapport de ce que fax vu et entendu depuis ma détention \
Ce document, et par ce qu'il dit, et par ce qu'il laisse entendre, est d'une importance trop capitale pour que nous ne le transcrivions pas intégralement :
« Je n'ai commencé à communiquer avec les détenus que quand il a fallu que je me présente au tribunal. Là, en déjeunant, je les ai vus ; mais, de la totalité des accusés, je n'y ai reconnu que Momoro, comme président de ma section ; Ronsin, pour l'avoir vu une seule fois aux Cordeliers, le soir cle sa remise en liberté; Vincent, pour l'avoir vu non seulement aux Cordeliers, mais encore à la société populaire de na section, car il se fourrait partout ; Hébert, pour l'avoir vu ine seule fois à la Commune, où je demandais à parler à Ihaumette sur quelque ebose qui concernait le Comité révo-
1. Bvcm «tRowx. Histoire parlement*** de la Révolution, t. XXXII,
luiionnaire de ma section, et pour l'avoir vu deux fois aux Gordeiiers; et Ducroquet, commissaire aux accaparements, lequel était de ma section1.
« Je n'ai pu tirer aucun renseignement de Vincent, parce qu'il s'est constamment méfié de moi. Depuis ma première entrevue pour le tribunal, jusqu'au moment où j'ai été appelé pour être acquitté, il parlait souvent à l'oreille de Momoro et de Ronsin, et fermait son papier lorsque je voulais y regarder.
« Pour ce qui est de Momoro, il m'a témoigné beaucoup d'amitié, beaucoup de reconnaissance, m'a plaint et a certifié de mon innocence, mais ne m'a communiqué aucune chose qui tint à une conspiration, a affecté même de me faire conserver l'opinion qu'il croyait que j'avais de lui. Comme je lui ai demandé ce que c'était que Pereyra et Dttbuisson,il m'a répondu que c'était la faction Proly ; que c'était un reste de la faction Dumouriez ; que le parti qui lui en voulait avait implanté cette faction dans leur affaire pour les rendre criminels, et préparer une opinion défavorable sur leur compte, c'est-à-dire sur lui Momoro, sur Vincent, Ronsin et Hébert; que c'étaient des fripons et des voleurs ; que, quant à Lanmur, c'était aussi un aristocrate qu'on avait aussi implanté là pour leur donner un air de conjuration, que l'aristocratie leur avait mis cet homme en avant ; et que Westerman, son accusateur, était aussi coquin que lui Laumur ; que, si on faisait bien, on l'arrêterait aussi.
« Ronsin a constamment paru gai, sans que j'aie pu deviner si c'était sa conscience ou l'effet du déguisement, jusqu'au moment où il a dit cette phrase à Momoro :
— « Qu'est-ce que tu écris ? Tout cela est inutile ; ceci est un procès politique. Vous avez parlé aux Cordeliers, tandis qu'il fallait agir. Cette franchise indiscrète vous a perdus. Oz vous arrêta en chemin, et, sur le coup du temps, vous deviez savoir que, tôt ou tard, les instruments des révolution sont brisés. 11 vous restait une ressource, vous l'avez manqué^
«Gependant,soyeztranquilles(s'adressantàHébert,ViDeen: Momoro), le temps vous vengera ; le peuple victimera ks
1. Abch Nation. W 77. Déclarations Dogny, Pigeot, Anne-M*rit, <*c-
juges et fera justice de notre mort. J'ai un enfant que j'ai adopté ; je lui ai inculqué les principes d'une liberté illimitée ; quand il sera grand, il n'oubliera pas la mort injuste de son père adoptif ; il poignardera ceux qui nous auront fait mourir ; il ne faut pour cela qu'un couteau de deux sous.
« Le jour qu'on lut le journal d'Hébert, il lui dit :
— « Tu as verbiagé ; ta réponse était bien simple ; il fallait mettre en parallèle de certains numéros de Marat. Apprêtez-vous à mourir ; je jure que vous ne me verrez pas broncher.
« Hébert n'a rien dit qui portât caractère : il a paru faible, embarrassé ;et la dernière nuit, dans la prison, il a eu des accès de désespoir.
« J'oubliais de dire que Ronsin, poursuivant sa harangue à Momoro, Hébert et Vincent, leur dit en faisant un geste affîrmatif :
— « Il y a déjà longtemps que je me suis aperçu que vous étiez mirés et suivis dans le Sénat par un homme craintif, rusé et dangereux (du moins voilà ce qu'il m'a paru vouloir dire par un terme figuré dont je ne puis me souvenir) ; il vous a surpris parce que vous ne vous en êtes pas assez méfiés. Il faut mourir.
« Et se tournant vers moi :
— < Laboureau, d'après ce que m'a dit Momoro de toi, tu es un bon garçon ; il n'y a rien ici qui te regarde et je te réponds que tu seras remis en liberté.
« Ensuite, parlant à Hébert, qui lui dit qu'il croyait la liberté perdue, il lui répondit :
— « Tu ne sais ce que tu dis ; la liberté ne peut maintenant se détruire ; le parti qui nous envoie à la mort y marebera à son tour et cela ne sera pas long. >
Ce récit d'un témoin, qui n'avait aucun intérêt à n'être pas sincère, montre Ronsin sous un jour presque héroïque et le rendrait peut-être sympathique, si la sauvagerie de son caractère ne se trahissait par des accents barbares. En tout cas, Tex-général de l'armée révolutionnaire ne mâchait pas à ses compagnons leurs vérités et les plaisantait amèrement
LE PÈRE DUCHE9N B
sur les fautes de leur politique. Il est facile de deviner c l'homme craintif, rusé et dangereux » qu'il ne nomme pas ou plutôt que Laboureau n'ose nommer; et, d'autre part, il ne se fait aucune illusion sur le sort qui l'attend ; mais, avec une rare prescience de l'avenir, il a foi dans la justice des vengeances prochaines.
Toutefois, comme bien on pense, Laboureau n'avait pas été emprisonné avec les Hébertistes, uniquement pour recueillir leurs dernières paroles ou leurs imprécations contre leurs juges. Ce qu'il importait au Comité de Salut public de savoir, (et, ici, la mission de Laboureau se lit entre les lignes), c'était si ce complot, fait de toutes pièces, n'avait pas, par hasard, un fond de réalité. Sans doute, — personne ne l'ignorait d'ailleurs — la faction d'Hébert avait travaillé, dès le lendemain du 2 juin 1793, à chasser la Convention, à briser le gouvernement des Comités et à dominer aux Jacobins, pour s'emparer du pouvoir. Mais cette ignoble démagogie n'avait jamais paru penser qu'à elle et ne demander qu'à ses seuls moyens ses élémeuts de succès. Avait-elle le but et les complices que lui supposait l'accusateur public, ou d'autres qui lui étaient inconnus ?
Peut-être le Comité de Salut public se souvint-il ou voulut-il avoir le cœur net d'un fait singulier, que rappellent des notes de Camille Desmoulins sur le rapport de Saint- Just :
« Cette conspiration d'Hébert, qui a éclaté, il y a huit jours, eh bien ! Chabot l'avait dénoncée au Comité (de Sûreté générale) il y a cinq mois. Il avait déposé cent mille livres à l'appui de sa dénonciation. Pour la justifier complètement, il offrait aux membres du Comité qu'ils le fissent arrêter, lui, Chabot et Bazire,à huit heures du soir avec le baron de Batz et Benoît d'Angers, deux principaux agents de la conspiration qui se trouvaient alors chez lui *. »
Le Comité ne fait arrêter que le dénonciateur et les autres s'évadent. < Le Comité, qui avait dans les mains la déclaration de Chabot, déclaration si bien justifiée de point en