‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 65 sur 165 · Courrier français du 14 janvier · texte numérisé non relu

Courrier français du 14 janvier

qui a tenu chez lui une liste de proscription contre la liberté naissante, s'écriait-il, celui qui a contribué à faire un plan de contre-révolution, celui-là peut-il espérer un certificat de civisme? Ces listes ne peuvent être regardées que comme des listes de proscription pour Popinion publique ; et je demande que les certificats soient refusés à tous ceux qui n'en produiront pas un de leur section • ».

Vers la même époque, les représentations houleuses de la Chaste Suzanne avaient suscité dans le sein de la Commune une agitation presque aussi vive que celles de Y Ami des Lois : « Les valets de la ci-devant Cour avaient applaudi aux allusions de la pièce ».

Certains conseillers parlaient de la suspendre; d'autres, tels que Louis Roux, l'administrateur de police, affirmaient que rien dans la loi n'autorisait cette interdiction.

Hébert qui, précédemment, avait voulu arrêter Y Ami des Lois *, en s 'autorisant de la mort de Socrate, démontra une fois de plus comment la démagogie communale comprenait la liberté des théâtres.

€ Je requiers, dit-il, vu que cette pièce trouble la tranquillité publique et qu'elle corrompt les mœurs républicaines, je requiers seulement que le département de la police soit chargé de prendre les mesures que la sûreté publique exigera, et que sur le surplus on passe à l'ordre du jour »

C'était un arrêt de mort, qu'adopta le Conseil, mais qui n'eut pas de sanction.

Cet âpre et perpétuel souci de poursuivre, par toutes les voies possibles, la désaffection de la royauté, allait chez Hébert jusqu'à vouloir bannir de la langue française un vocable consacré par douze siècles d'existence.

Une marchande de cire d'Espagne ayant eu l'imprudence d'envoyer à la « reine » Ma rie- Antoinette des échantillons de ses produits, Hébert s'opposa énergique ment à ce que

\. Feuille de Pari», numéro du 57 janvier. — Bughbz et Roux. Histoire Parlementaire, i. XXIII, p. 433.

2. Courrier français. Séance de la Commune du 11 janvier 1793.

3. Courrier français. Séance de la Commune du 28 janvier 1793. — Bûchez et Roux. Histoire parlementaire, t. XXIII. Bulletin de la Commune.

cetto femme continuât ses offres de service. Des personnes, dit-il, qui qualifiaient de < reine » la veuve de < Louis le Guillotiné » ne peuvent avoir que des intentions perverses. H importe donc « d'éloigner tout ce qui pourrait compromettre la sûreté des prisonniers du Temple 4 ».

Au reste, ces amis, ces partisans de la famille Gapet, Hébert les voyait partout ; et les plus dangereux pour lui, à l'heure présente, c'étaient les accapareurs, parce que leurs manœuvres tendaient à faire regretter l'ancien régime. En effet, des blanchisseuses étant venues, le 22 février, au Conseil général, réclamer la diminution de prix du savon, Ghaumette avait profité de l'incident, pour c s'élever avec force contre les accapareurs », et, dans un langage qui laissait pressentir chez l'orateur un précurseur du socialisme: « Ce n'est plus, dit-il, aux nobles qu'il faut déclarer la guerre, ils sont morts ; c'est à l'aristocratie des richesses ; je requiers qu'on rédige une adresse à la Convention pour lui demander la peine de mort contre les accapareurs >.

Hébert qui avait, depuis longtemps, présenté les mêmes conclusions à la tribune et dans son journal, s'empressa d'appuyer celles de Chaume tte. En même temps qu'il attribuait le renchérissement des denrées aux partisans de Capet, il englobait dans la même accusation d'accaparement Tex-ministre Roland, qui, « quoique déplacé, était encore derrière la toile à faire jouer les marionnettes » et qui travaillait toujours à <c corrompre l'esprit public ».

Jacques Roux voulait que le procureur de la Commune accompagnât cette légion de blanchisseuses jusqu'à la Convention où elles devaient exposer leurs doléances.

— Non pas, fit sévèrement Chaumette ; une seule entrera : « il faut rappeler la loi à ces citoyennes ».

Hébert poussait jusqu'au délire sa haine de la royauté* Estimant que la peine de mort, prononcée contre les partisans du rétablissement de la monarchie, était trop rarement appliquée, il voulut un jour que la Commune permît à tout

1. Annales de la République française, par une société de Quakers . Séance

du 19 février.

Gironde et Montagne. — Griefs réciproques. — La Commune, le club des Jacobins et les sociétés ultra-révolutionnaires contre la majorité de la Convention. — Échauffourée, désavouée, du 10 mars 1793. — La lettre de Dumouriez.— Affiches à la porte des maisons. — Comité insurrectionnel du club de l'Évèché. — Nouveau désaveu des Jacobins et de la Commune. — Manœuvres d'intimidation contre la Convention. — La motion de Marat et le geste de Duperret. — Arrestation et mise en accusation de Marat. — Illégalités de la Commune. — Le Père Dnchesne défend Marat. — Triomphe de Marat.

Le bien public est l'honnête prétexte que mettent toujours en avant les hommes politiques pour justifier leur soif du pouvoir : ambition qui serait au reste fort légitime, si leurs actes s'accordaient mieux avec leurs déclarations. Malheureusement, l'intérêt général devient le moindre de leurs soucis, quand ils sont parvenus à leur but. C'est ainsi que leur ardent patriotisme n'est trop souvent que le masque élégant d'un appétit sans vergogne.

Les Girondins et les Montagnards qui, dès le lendemain de leur réunion sur les bancs de la Convention, se livrèrent

Quand ils dissertaient, à leurs moments perdus, sur la Constitution, ils faisaient étalage des plus nobles sentiments, ils arrivaient même à s'entendre, en langage académique, sur la définition de la liberté, de la propriété, de tous les principes nécessaires à la vie sociale. Mais, lorsqu'il fallait en poursuivre l'application sur le terrain de la réalité, la lutte recommençait plus vive et moins courtoise. C'était la chasse aux fonctions publiques ; c'était la chasse au pouvoir.

Après le jugement et l'exécution de Louis XVI, les griefs réciproques des deux partis s'amassèrent plus nombreux et prirent plus d'acuité. La Gironde en revenait toujours à ces massacres de Septembre, qui n'étaient, bêlas 1 que trop réels, et à ces comptes de la Commune insurrectionnelle, qui ne l'étaient pas assez. En majorité à la Convention et se sentant soutenue par la plupart des départements, la Gironde prétendait frapper, sans recours possibles, ces provocations au pillage, au meurtre, à la révolte, parties des bas-fonds des faubourgs parisiens et encouragées par l'assemblée de l'Hôtel de Ville. La Montagne accusait, elle aussi. Elle reprochait à ses ennemis d'avoir voté « l'appel au peuple », c'est-à-dire d'avoir voulu sauver le roi, et par conséquent d'être des aristocrates, des contre-révolutionnaires, des accapareurs et des partisans de l'étranger. Elle se préoccupait fort peu d'apporter à l'appui de ces imputations des preuves indiscutables, mais elle avait soin de les faire présenter par des auxiliaires ou plutôt par des alliés qui parlaient en maîtres et lui imposaient au besoin leur intervention.

La procédure n'était pas compliquée. Un groupe de sectionnantes, de concert vraisemblablement avec leur représentant au Conseil général, formulait une motion, que ses auteurs faisaient signer, de gré ou de force, par d'autres membres de la même section et portaient ensuite à l'Hôtel de Ville. De là, une délégation de la Commune partait pour les Tuileries, où elle présentait cette motion à la Convention, qui, parfois, la convertissait, séance tenante, en décret. D'ordinaire, le ton du factum populaire était impérieux et menaçant. Aussi, malgré les efforts de l'extrême-gauche où siégeaient Danton, Camille Des moulins, les deux Robespierre, Legendre et Marat, la majorité repoussait-elle avec mépris la proposition. Les clubs, et surtout celui des Jacobins, qui se recrutait parmi les membres les plus avancés de la Convention et de la Commune, tonnaient alors contre l'obstruction de ces ex-Feuillantins, Brissotins et Rolandistes, qui « aspiraient à la tyrannie ». Puis Hébert reprenait (en quelle langue !) la même argumentation dans son Père

les adresses à la population parisienne, lut aux députés une réponse qui improuvait cette manifestation et qui fut affichée dans les quarante-huit sections.

Hébert agitait le spectre de la contre-révolution. « Ce fut, disait-il, par des spectacles que l'infâme La Fayette chercha à accomplir ses perfides projets. » Et, aujourd'hui, ajoutait-il, les malveillants pourraient profiter de la fête f pour s'emparer de tous les dépôts précieux qui sont dans notre enceinte 1 ».

Trois jours après, ces « dépôts précieux » étaient l'objet de discussions nouvelles et d'un rappel de dénonciations. Le 20 avril, Louis Roux accusait les officiers municipaux Toulan, Lepttre, Bruneau, Moelle, Vincent et le médecin des prisonniers, de favoriser les communications des détenus avec l'extérieur et de leur fournir du papier, des crayons, de la cire, des pains à cacheter \

— < Oui, s'écriait Hébert, nous avons connaissance d'autres faits que nous ne pouvons encore divulguer. Des traîtres se sont glissés dans votre sein. Quoiqu'on ait tout enlevé aux prisonniers, ils ont encore encre, papier... Ils chantent !! * » Ils chantent ! Quel crime abominable !

sur l'heure, un arrêté enjoignait de faire apposer les scellés sur les meubles et d'envoyer au Temple des commissaires spéciaux qui pousseraient leurs perquisitions jusqu'à fouiller les détenus.

Le lendemain, ces délégués venaient déclarer au conseil que leurs recherches étaient restées infructueuses.

Mais la suspicion encourue par les commissaires municipaux, dénoncés au Conseil général, les y poursuivait bientôt sur un autre terrain... à propos de bottes, si Ton veut bien nous passer une expression que justifie l'événement. Hébert Seur reprochait avec amertume de condescendre trop facilement aux caprices des détenus. Avisé par le cordonnier, fournisseur du Temple, qui voulait mettre à couvert sa respon-

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