‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 89 sur 165 · Feaille de Paris, n · texte numérisé non relu

Feaille de Paris, n

troduite sur l'heure, elle déclare, qu'en présence du complot découvert par le peuple, celui-ci < se lève pour la troisième fois ». Désormais la conservation des propriétés sera sauvegardée par la vigilance des ouvriers patriotes, qui recevront de ce fait un salaire quotidien de deux francs, tant que la contre-révolution ne sera pas terrassée.

Pendant que Guadet, conspué par les tribunes, répond aux pétitionnaires qu'ils sont « les exécuteurs » de ce prétendu complot, une autre délégation se présente à la barre, se recommandant, elle aussi, de la Commune. Celle-ci est la vraie.

Certes, la municipalité parisienne, celle des Pache, des Chaumette, des Hébert, avait consenti à marcher, la main dans la main, avec les meneurs du Club central, cette poignée d'enfants perdus — « le café Corraza » comme venait de le dire ironiquement Lanjuinais à l'aveugle Garât — qui, depuis le 10 mars, croyaient travailler dans leur propre intérêt, en travaillant pour la Commune. Mais celle-ci, toujours méfiante, estimant que ces alliés,munis par les sections d'une sorte d'investiture révolutionnaire, pourraient bien, à l'occasion, la supplanter, avait manœuvré pour confisquer à son profit un crédit qui l'offusquait. Les Jacobins, qui, jadis, avaient désavoué, eux aussi, Varlet et consorts, après leur avoir tout permis, avaient vu, d'un œil soupçonneux, le développement si rapide du Club central et s'étaient entendus avec la Commune pour en réduire l'influence. Dans une réunion qu'ils ménagèrent entre des commissaires des quarante-huit sections et des représentants du Département, ils firent procéder à l'élection d'un Comité révolutionnaire, composé de onze membres, qui, de concert avec le Conseil général, devait travailler à « l'affermissement de la liberté et de l'égalité ». La Commune ayant pris de la sorte la direction du mouvement, les Enragés, qui parlaient de l'action immédiate, se trouvèrent aussitôt bridés. Chaumette prêchait la prudence ; mais l'un de ses contradicteurs le taxant de faiblesse, Hébert — qui l'eût cru ? — se rangea du côté de son collègue. Lui aussi sentait approcher la victoire : irait-il en partager le bénéfice avec ceux que Pache, soucieux du même résultat, appe-

HÉBERT ET Là COMMUNE

lait « des énergumènes et des imbéciles cherchant à égarer le peuple » ?

C'étaient donc les coreligionnaires de Chaumette, d'Hébert et de Pache, les partisans de « l'insurrection morale », les seuls délégués de la Commune, qui venaient, un rameau d'olivier à la main, et non la menace à la bouche, comme les premiers pétitionnaires, débris du Club central, offrir à la Convention d '« établir une correspondance directe entre elle et la municipalité ».

La formule ne laissait pas que d'être captieuse ; car elle tendait à obtenir de la Convention, par la voie de la légalité, un décret d'arrestation contre la Gironde. Et celle-ci consentit «cependant au projet d'entente. Bien mieux, lorsque, en réponse à Guadet qui accusait la Commune de fomenter une insurrection, Couthon montrait la ville calme, paisible, même souriante et gaie au milieu du déploiement de la force armée, Vergniaud abonda dans son sens, et, pour témoigner de sa sécurité, fit décréter que « Paris avait bien mérité de la patrie ».

Cette motion surprit les partis révolutionnaires, mais ne les désarma pas. Elle ne détourna pas davantage les autres Girondins de la tache qu'ils s'étaient imposée de poursuivre les « criminels », qui avaient ordonné la fermeture des barrières de Paris, fait sonner le tocsin, battre la générale, tirer le canon d'alarme. A peine la Convention avait-elle voté cette proposition, qu'un nouveau groupe de pétitionnaires, « les hommes du 14 juillet, du 10 août, du 31 mai », iutimait Tordre à la Montagne de « livrer au glaive de la justice », pour « venger Paris de ses calomniateurs », le Comité des Douze, les vingt-deux, les ministres Lebrun et Clavière. Ces intrépides patriotes demandaient encore, entre autres mesures extrêmes, que l'Assemblée décrétât, « avec la paye de quarante sous par jour, une armée révolutionnaire centrale de sans-culottes ».

Vergniaud, décidément frappé de vertige, fit voter l'impression et l'envoi, par toute la France, de la pétition de ces forcenés.

Au moment où Barère, pour endiguer ce flux de proposi-

lions qui menaçait de submerger la représentation nationale, proposait, au nom du Comité de Salut public, de casser la Commission des Douze et de mettre à la disposition de la Convention la force armée de Paris jusqu'alors entre les mains de la Commune, une quatrième députation demandait à comparaître devant l'Assemblée. Cette fois, c'était toute la municipalité parisienne qui donnait ; c'étaient l'administration du Département, le Conseil général, les commissaires des sections, sous la conduite du procureur général syndic Lullier.

Cet inventeur de « l'insurrection morale *, fonçant droit sur les Girondins, les accuse d'être les seuls conspirateurs, en semant la division entre les Français, en créant des complots imaginaires, en avilissant les autorités constituées de la capitale, et surtout en calomniant cet admirable Paris dont l'orateur fait le plus magnifique éloge — car il semble que tous les partis se soient donné le mot, dans cette journée, pour aduler la grande ville.

Lullier traînait à sa suite une foule considérable. Cette masse d'intrus envahit, comme dans une séance précédente, l'enceinte réservée à la représentation nationale. Et, quand une motion propose l'impression de l'adresse du Département, des milliers de mains se lèvent pour la voter. Valazé proteste, et ses amis crient à la violation de l'Assemblée. Mais Robespierre, qu'avait interrompu l'entrée des pétitionnaires, alors qu'il allait répondre au projet de Barère» est à la tribune. Pour lui, la cassation du Comité des Douze ne signifie rien, si on donne à la seule Convention, c'est-à-dire à la majorité, c'est-à-dire à la Gironde, le droit de requérir la force armée.

— Concluez, lui crie Vergniaud.

— Oui, je conclus et contre vous, réplique Robespierre.

Et il ressasse, dans une péroraison féroce, toutes ces imputations injustes et mensongères dont la Gironde est accablée depuis trois mois par ses ennemis:

« Ma conclusion 1 c'est un décret d'accusation contre tons les complices de Dumouriez et tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. »

Un double décret sanctionna, le 31 mai, la première victoire des ennemis de la Gironde. Si, aux termes du vote, la force armée de Paris était mise en réquisition permanente, le Comité de Salut public devait suivre, d'accord avec les autorités constituées, les complots dénoncés à la barre ;la Commission des Douze était donc supprimée et ses papiers mis à la disposition du Comité de Salut public.

Puis l'arrêté de la Commune, attribuant quarante sous par jour aux ouvriers sous les armes jusqu'à l'extermination des contre-ré v olutionnaires, était adopté par la Convention — menace autrement significative contre l'existence delà Gironde que l'annulation de ce Comité des Douze à qui la vigueur, la résolution, la ténacité avaient manqué autant que le prestige.

La majorité était passée à la Montagne.

La Commune ne pouvait que se réjouir d'un résultat qu'elle avait été la première à provoquer. Mais l'apôtre du Club central, Varlet, qui voyait la direction du mouvement lui échapper, était loin de montrer la même satisfaction.il accusait un peu tout le monde d'avoir contribué à Tavortement de Ja journée. Pache, en sa qualité de maire, se préoccupait trop de la légalité. Dobsent, lui-même, ne trouvaitpas grâce devant son farouche compagnon. « Sans rien suspecter de son civisme , disait Varlet à la séance permanente du 1er juin, je l'accuse d'avoir entravé les opérations du Comité révolutionnaire. »

Aussitôt Hébert « de réfuter les assertions de Varlet. 11 peint la journée du 31 mai comme une des plus belles aux yeux des vrais républicains. Il félicite ses concitoyens d'avoir, par leur réunion, obtenu le redressement des torts qu'ils éprouvent et d'avoir fait connaître à la République entière que les citoyens de Paris comptent plus sur la force de la raison que sur celle des armes. Il termine par annoncer que le Comité révolutionnaire avait pris et continuait à prendre toutes les mesures de sûreté générale *. »

Un certain nombre de sections, celle de Beaurepaire entre autres, regimbaient encore contre les mesures extrêmes

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