‹ Le père Enfantin (volume 2)Chapitre 1 sur 1 · E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR

PALAIS-ROTAL, GALERIE d'ORLÉANS , 13

Toui droits tteecN^a.

PARIS

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prcnnral point queians r"'ler.

ft Eculemenl par mon reçaril, j'ai pu leur blre perdre le cslme qui convenait i leur rOle. S'ils m'aimaient autinl qu'ils me di!>

'e morelc île la etia

Je ne suis pas saint -simonien. Mais si la doctrine de Saint-Simon ne satisfait

4 LE PÈRE ENFANTIiX

coinplétement ni ma raison, ni ma foi, j'aime les saint-simoniens. Ils sont humains, d'un commerce aimable et, de tous les sectaires, les moins dangereux.

Ce ne sont pas ces apôtresj de l'amour qui jamais armeront les citoyens les uns contre les autres. Artistes, ingénieurs, banquiers et journalistes, ils portent galamment la vie, et leur doctrine leur donne à travers la foule l'avantage de l'originalité. Ils ont imprimé à notre industrie nationale, à nos banques, à nos chemins de fer, une impulsion considérable. Le pays leur doit des services réels, sérieux. Ils joignent, en affaires, à une véritable hauteur de vue, un grand sens pratique. Les saint-simoniens se sont enrichis parce qu'ils ont vu plus loin que d'autres dans l'avenir. Ils passent, d'ailleurs, pour se bien tenir entre eux.

Ce sont, dit-on, après les israélites , les gens de Paris qui savent le mieux pra-

LE PÈBE USi^AKIlS Q

tiquer l'art de s'entr' aider dans les petits arrangements de la vie.

Elargissez CCS pratiques fraternelles des Israélites et des saint-simoniens , àtous les membres de lafamille humaine, et vous aurez l'excellent principe de l'Évangile : aidez-vous les uns les autres.

Le soint-simonisme , dont nous esquisserons en quelques mots les phases piincipales , se manifesta sous forme apostolique et monastique aux yeux des Parisiens, le 6 juin 1832. Son Thabor fut la colline de Ménilmontant , où les ivrognes des barrières et les bourgeois de Paul de Kock vont ee divertir le dimanche et le lundi.

Un ciel nuageux, coupé de rayons de soleil et de tièdes ondées, couvrait la vallée de la Seine. On entendait de temps en temps le see pétillement de la fusillade et le grondement du canon.

Paris, à la suite des fuivétasiies, 4a. s^.-

Tandis qu'on se battait a Paris, un groupe d'homme devant une maison de M^ contemplait avec étonnement une quai'antaine de personna barbe et rangés en trois C€ triques.

Ils étaient là, en bon or une compagnie de soldats, cercle était fonné des gens d le second cercle était occii fenmies, le troisième , par d( l'extérieur.

Ouoiau'à cetfp. onocnie la 1

ëvidenunent des gens d'esprit, aptes aux afr^res , aux arts et aux sciences. Il y avait parmi eux un assez grand nombre d'anciens élèves de l'École polytechnique.

Lesautres, moindres par l'intelligence, ne paraissaient pourtant pas apporter moins de componction à l'étrange cérémonie qui les réunissait.

Deux heures sonnèrent. On vit alors arriver deux hommes du nom de Bergier et Peraiekère. Ce dernier était un ancien courtier de librairie. Il dit à k compagnie:

" Le Père va venir. ■■

Celui qu'on nommait le Pè?-e parut bientôt, en effet. Acôtédeluimarchment un ancien ingénieur des mines, M. Michel Chevalier , aujourd'hui conseiller d'État; M. d'Eichtal, le frère du banquier de ce nom; M. Holstein, actuellement syndic des agents de change de Lyon; un ex-garçon boutW,'^."^'«à*i-

ges , et un ancien élève de l'École normale, M. AugU3te Chevalier.

Le Père était un bel homme de trentft»

six ans, d'une physionomie intelligente, bienveillante. C'était le fils d'un banquier de Paris, qui avait joui d'une con^ sidëration méritée.

Ses nom et prénoms étaient Barthélemy-Prosper Enfantin. Il avait passé par l'Ecole polytechnique , en 1812, et s'<^tait conduit en bon Français, en 1814, en défendant la barrière du Trône.

Le Père s'avança, dit une brochure saint-simonienne, aujourd'hui fo rt rare^ à laquelle j*emprunte ces détails, « d'un pas leut, la tête nue. » Une majesté sévère régnait sur sa face.

Dès qu'ils le virent arriver , les trois cercles se mirent à chanter sur un air de la composition de Félicien David, l'un des adeptes de la nouvelle Eglise.

LE PERE ENFA.IITI.V

Le père entra dans les cercles, et ceux qui l'accompagnaient y prirent place. 11 regarda les trois cercles en sitenee. Ce regard parut les charmer, la brochure(l) le constate en ces termes :

- Les enfants,' dont ilavftitét«i éloigné pendant trois jours, tressaillent d'une joie vive, grave, exaltée, profonde : une religieuse émotion se témoigne sur tous les visages et dans l'attitude de tous. ■<

Quand ils eurent fini de chanter, le PÈBE, s'adressant à un des acteurs de cette scène, dit :

" Barrault (2), que yeet-il passé ici pendant mon absence! -

BAfiKAt'LT. — "PÈRE,voici devant vous

(1)' RelToilt dtMénitmoalanl.

(2) Ancien professeux à Sontie , et i-FaTO 'kçivt,.

devant vaod, etiovs, j cm leurs, parce que la paroli avez laissée en partant, germer en nous. Vous n travaillez et méditez ; noi M. Barrault, comparai traite de Menilmontant ; nouvelle , dit que la d abolie , que la famille s s'est étudiée aux labeun la journée du peuple. Il que les allées du jardin toyées, alignées, ratissé^ parations de la maison

LE PÈRE EAfA^TI-N 11

rer de sérieuses réflexions sur la prise de Vhabit apostolique que nous devons revêtir aujourd'hui, ■■

Cette cérémonie n'était, en effet, que la prise d'habit des moines saint-simoniens, voulant ajouter à la docti-ine, à la théorie, à la parole, le culte, le travail, Vacte.

M. BarrauJt continua sa haiangue eu soulevant des points de doctrine sur lesquels nous aurons un mot à dire plus haut. Fmsant ensuite allusion à l'insurleclion, M. Barrault parlait des symjpathies de la faniille saint-siuionienne yjour le prolétaiîat, et de l'apostolat nouveau auquel allaient se livrer les frères, décidés à se jeter au milieu du peuple comme des proclamations vivantes.

Il terminait en demandant, si le Père les en jugeait dignes, l'habit apostolique qui devait être le second symWiS ^^V"w

renoncement au monde : « Que l'habit « attaché à notre corps, disait-il, en soit " l'étendard toujours présent de la mis- " sion que vous tenez de Dieu et que « vous nous confiez. »

Ici se place un dialogue que je reproduis textuellement :

« Le Père. — Où est Stéphane Fia* çhatî...

Barrault. — PÈRE, il s'est retiré.

Le Père. — L'y avez-vous autorisé?

Barrault. — Oui, Père ; mais en se retirant

Le Père. — Assez, je te demande seulement si vous l'y avez autorisé.

Barrault. — - Oui, Père.

Le Père. — Il a bien fait, et vous avez bien fait ; Stéphane reviendra.

Stéphane [dmis la foulé). — • Père, je suis ici.

Le Père. — Stéphane, tu as besoin de recueillement loin de nous ; ta vie n'est

LE PÈHE ENFANTIN 13

pas en ce moment ici ; tu revieiidi-as plus tard, je t'attendrai. "

(Le Pèbe l'cmbraase ; Stépliane, trèe-sbattu et soiilenii pnr Perdre, laiBee tomber sa tSte sur 1r poitrine du Pèbr).

Une autre scène du même genre succède à pDlle-ci. Le P&re appeDe Canel, rédacteur du Globe. Canel est sous la tutelle de Rigaud, son tuteur. Il n'entendra la voix du Père que lorsque Rigaud l'en jugera digne.

Le Piîrc demande ensuite à Caboche s'il se sent la vertu nécessmre pour aller se montrer au peuple du faubourg Saint- Antoine qui se bat. Caboche répond affirmativement ; mais le Père voit LicTi qu'il n'est pas prêt. Caboche demande un homme pour l'accompagner. Il est suspendu de sa fonction et remplacé par Hoart, ex-f*lève de l'École polytechnique, ex-capitaine d'artillerie.

Le bruit de la fusillade et du canon ,

14 I.K PKRE ENFANTIN

scande les diverses péripéties de cette scène singulière.

Le Père dit ensuite qu'il s'est absenté trois jours pour préparer ses enfants à revêtir l'habit d'apôtre. « J'ai hâte , ajoute-t-il, de porter ce costume, signe

de paix et d'affranchissement " Paris

l'appelle de sa voix de mort. Il a pris trois jours, avant de revêtir l'habit, pour revoir sa vie passée.

— « Mon père était loin de moi, ditil, je lui ai écrit de revenir.

" Aglaé, qui est pour moi plutôt une sœur qu'une fille, prend en ce jour mon héritage maternel : mon père viendra près d'elle, et déjà près d'elle se trouve la fille que ma mère avait adoptée, sa nièce.

" Pendant ces trois jours, j'ai visité une femme qui avait été longtemps près de nous, qui s'était séparée de nous, et qui, aujourd'hui, est au milieu de nous, Cécile Fournel.

).K PÈRE ENFA\T(\ 1-5

- En elle, je ne me suis pas fait absoudre ; mais j'ai pu lui donner, à elle qui a tant souffert, pour toutes les femmes qui ne sont plus avec nous, ou qui souffrent encore près de nous, Vexplication des douleurs que j'ai causées dans la marche rapide de notre mâle apostolat.

" Je suis allé chez une femme que je n'avais point oubliée, miùs dont je m'étais éloigné : voilà son fils ! (Le Père prend dans ses bras un enfant qu'il embrasse, il traverse le cercle et le porte vers HoLSTEiN qui embrasse l'enfant :

le PÈRE le caresse encore et le remet à Aglaé). Aglaé le rendra à sa mère qui est en ce moment chez Cécile ; l'affection de ces trois femmes rend mon passé léger ; j'ai l'âme calme. •■

Le Père prend ensuite l'engagement de ne plus signer d'actes en ce monde, voulant se préparer par ce renoncement

ma vie ancienne efet finie, pour vous, Dieu me doni velle. "

Il se retire avec MM. d tein, Auguste, Desloges

MM. Talabot (1) et posent l'habit apostolique enfants reviennent. Apre locution du Père à ses eni

Le Père dépose son l monde, assisté à* Auguste ser\4ce personnel ; il rev( tolique.

LE PKHE ENFANTIN' 17

r— "Tu le vois ; je l'avais demandé une ceinture de cuir comme celles de mes enfants, etj'a^■ais raison; celle-ci ne me va pas. ■■

(Au moment où LE PÈRE achève do sTinbaler, un pavillon atix couleurs ronge, blanche et violette, horizontalement iliaposée^, est hiesé nu milt placé Bur la terrasse.)

Le Père demande ensuite à Avgvste s'il est prêt.

(Il lui t^it donner te costamc et Irn attache de aa main le premier bouton du gilet.)

Le Père. — - Ce gilet est le symbole de \a. fraternité. -

Ce gilet incommode, se laçant par derrière coftime le corset des femmes, nécessitait l'emploi d'un valet de chambre ou d'un ami.

— " Mais si ce gilet, dit le Père, a l'inconvénient de rendre un aide indispensable, il a l'avantage de rappeler

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LK PÈRE KVFANTIK 19

"Voilà le signe de \& fraternité. ■<

Il appelle successivement MM. Michel, Fournel, d'Eichtal, Charles Lambert, et MM. Olivier, Simon, Higaud, Holstein, Brunean, Henry, membres de l'ancien collège, qui prennent l'habit.

Pendant celte cérémonie, la pluie ne cesse de tomber.

Petit déclare que sa m^re, assise au cercle des femmes, ne consent pas encore à ce qu'il prenne d'habit. Rogé ne se sent pas la force nécessaire. Toché n'est pas piét. Franconné veut attendre.

D'autres prennent 'Vhabit ; ce sont :

MM. Bergier, Broeé, Desloges, Pennek^re, Terson, Ribes, Machereau, Rochette.

La pluie redouble ; il tonne.

— "Voici le tonnerre, •■ dit le Pbre.

— " Il y en a deux, ■■ répond Michel.

On entend, en effet, le canon. Michel a fait un jeu de mots assCT. \s«^

placé dans un pareil moment. Les assistants sçnt émus pourtant.

David et Justus prennent l'habit.

Massol demande du temps. Pouyat prend l'habit.

— «Ajoute seulement à ta figure plus de gravité, dit le Père ; elle sied à l'habit que tu vas prendre. »

H se composait d'une timique bleue, ouverte en cœur; d'un gilet blanc, d'un pantalon rouge en hiver, blanc en été. Le tout était complété par un toquet bleu et une ceinture de cuir ^emi.

; Un véritable costume d'opéra (1).

Quand vient le tour de Raymond Bonheur, peintre , que le souvenir de sa femme et de ses enfants affaiblit un peu, le Père lui dit :

(1) Chose assez singulière, c'est que l'armée a adopté la ceinture, la tunique et le pantalon rouge des saint-simoniens, et qu'aujourd'hui beaucoup d^ommes du monde portent la barbe longue.

LE PÈRE ENFANÏIN 21

— ■■ Qui sens-tu ici pouvoir ajouter à ta force t -

— " Mon Père,Talabot, répond Bonheur; quand je regarde sa face, je me sens plus ferme."

Massol ne veut pas renoncer à sa famille. Retouret et Bonheur prennent l'habit, ainsi que TaJabot et Toumeux.

Sur l'ordre du Père, le cercle est rompu. On forme les rangs. Le Père marche en tête et dit :

— " Le jour n'est pas éloigné où nous montrerons notre habit hors de cette maison. Dimanche, nous sortirons. Lorsque nous sommes venus à cette retraite, nous nous sommes arrêtés, dans notre route, à une tombe, celle de ma mère. Nous avons passé silencieux. Mais là oii nous avons été muets, dimanche nous aurons une parole. Nous irons ensuite sur le chemin de Vincennes ; là où, en 1814, i'tù sem "Kta. "^"fe*^ "eraaai

fi ceux qui nous aiment ^is donner un témoignage de le

jftour. De là, nous nous rendrons e

iÇmble à Saint-Mandé. Nous irons \ siter le berceau de cet enfant que j mis au monde de mes mains ; j'étais se auprès de la mère. Et quand j'aurai fî avec vous cette course, qui est une (J^ nière revue de mon passé, nous re^ drons tous ici, afin de nous pré] tous ensemble à notre avenir, chons ! »

— ï^ajftgûlle, ayant le Père à si

LE PÈ&E ENFAKTIN J2S

. ■ 1.1— Un homme afaitl'appel auxlem' me^ : ane des premières, j'ai répondu.

Aujourd'hui, par lui, l'indépendance des femmes commence ; mais , elles ne peuvent se dire vraiment libres,

" Cet homme, le voilà ! Je n'ai jamaîii accepté sa patemitc, et j'ai trouva, dans son appel inCme, !a laison de iria résistance. Si j'ai bien compris l'affranchissement des l'emines, les titres non veanx qui constituent la famille nouvelle ne seront donnés par nous à cet homme qu'à une condition de hiérarchie parmi les femmes , lorsque l'une d'elles pourm s'asseoir à ses côtés. Jusque-là . les nomi^ continués de pèie, de frère et de fils se rattacheront aux anciennes affections, et c'est pourquoi le PèeeEnfantin ayant dit que j'avais été pour lui une SŒUB, qu'il me confiait les jours de son vieux père, je l'appelle encore maintenant mon FRÎSRE. J'tta;eç\ft V\vèx*](i,^

aux femmes. ••

Suit un appel à k femme, ligente et aimante.

I^ Père aperçoit Chéru' dent du schisme OlindesRo charge de dire à celui-ci qi oublié sa promesse de trav^ les boulevards tels qu ils i

traversés seul.

Sur l'ordre du Pfere, oi les i-angs, et chacun retou vice, à son travail.

J'ai analysé longuemen dont les prétentions év!

LE PÈEE ENFAMIV 25

rent peut-être pas ce qvù , selon nous , mérite bien plus d'attention, c'est que des hommes, sortis pour la plupart de celles de nos écoles où l'esprit, sollicité aux sciences exactes, est .le moins sujet à s'égarer dans l'utopie; c'est que des personnes appartenant à des familles bourgeoises et faisant une certîùne figure, aient eu !e courage de braver le ridicule.

Une telle audace ne pouvait être puisée que dans des convictions, disons mieux, que dans une foi profonde.

Reprenons l'esquisse biographique de celui d'entre eux qui se nommait leur Père, et nous verrons par quelle série de faits et d'idées ces hommes se trouvèrent réunis, le 6 juin 1832, sur la colline de Ménilmontant.

M. Enfantin, né à Paris le 8 février 1796, abandonna l'École polytechnique après 1814, et se tourna vers l'hidus* trie. D'abord coimaev^nt à IJjjTOsca

(1821-1823) ; enfin, il revin^ où, jusqu'en 1825, il s occu quidation de Chaptal.

Il fut ensuite employé à h pothécaire avec un traiteme francs, ce qui dénotait déjà d'un aussi jeune homme , \ peu commune.

A la Caisse hypothécai avec le directeur, M. Olindei presque de son âge, et quil tre un homme extraordina du beau nom de Saint-Simoi

C*,p. npnspiir Hnnt. IpsHop.t.i

Ui PÈRE E\rA.\Tl\ 37

formules. Il rêvait l'abolition du légime militaire, la régénération du Chiistianisme, la suppression de la misère, de la fainéantise, de la prostitution et des travaiix improductifs , et la reconstitution du monde sur les bases du travail et de la fratei-nité sociale. Ces théories incohérentes , mais reinai'quables par une grande hauteur de vues et par une critii^ue souvent fort juste des vices sociaux, formaient l'objet d'un grand nombre d'essais et de traités, que M. de Saint-Simon, soutenu par une conviction mer\'eilleuse, avait écrits et imprimés, au prix de souffrances et de privations .sans nombre.

Sur la fin de sa carrière, ce philosophe avait groupe un certain nombre de jeunes adeptes que la hardiesse et la nouveauté de son systùme attiraient. La plupart de cofe jeunes hommes ont laissé un nom dans les lettres et les sftKwi'yes..

On cite parmi les premiers M. Augustin Thierry et M. Auguste Comte.

M Olindes Rodrigues fut du nombre.

Il amena M. Enfantin. Mais, peu de temps après, le comte de Saint-Simon tomba malade et mourut le 19 mai 1825.

Les deux disciples recueillirent l'héritage des principes du maître, et songèrent à en former une école. Avec l'appui des banq[uiers Jacques Laffitte, Temaux et .

Ardouin, qui, tous, avaient aidjé Saint- Simon , ils fondèrent sous ce titre : Le Producteur, un recueil philosophique, industriel, scientifique et artistique.

M. Enfantin fut l'âme de ce journal, auquel vinrent collaborer MM . Bazard (1 ) , Bûchez (2), Laurent (de l'Ardèche) (3),

(1) Fondateur de la Charbonuerie française ; mort le29juiUet 1832.

(2) Président de l'Assemblée constituante, le 19 jjuai 1848.

{3} Pirecteuv dç \a li>\\)V\o^^«^^ ^'^ KjwfôoaX,

LF. PÈHË E\-FA\T[\- 29

Rouen et Armand Can-el. Ces deuxderniei-s ne pei"sévtii'i;rent pas dans cette voie. Mais j] y avait alors en France une soif excessive de nouveauté , jointe à un besoin d'action qui entraînait l'âme ardente delà jeunesse, dans toute direction où apparaissait le moindre symptôme de vie nouvelle.

On sait que ce mouveraenf des esprits fut universel à cette époque, et se manifesta, non-seulement en politique et en philosophie, mais encore dans les sciences, dans les lettres et dans les arts.

Le Producteur ne vécut pas. H se tenait en dehors du courant politique.

Il ne put participer au Ix'néfice de son activité.

La doctrine ne périt pas cependant.

N'ayant point réussi à la produire par le journal, MM. Enfantin, Bazard.Olindes Rodrigues, ouvrirent des conférences rue Taranne. Elles eurent plus de suc-

jL«e proiessorav ot*^...

pandit dans Paris et fut organise «i vaste échelle.

Bientôt lecole prit, sur l'initiât:

M. Enfantin, une grave détermin Elle se transfornna en Église.

Au nonn de Saint-Simon , M. ] gués proclama Père».? Suprêmes MI fantin et Bazard. Un nouveau je V Organisateur, fut l'organe de de cette religion nouvelle.

La Révolution de juillet achj ses excitations, de monter la très du saint-simonisme.

LE PÈRK E\FAMI\ :îl

btttit auciineinent à M. Enfantin. C'était un conspirateur , c'est-à-dire un homme d'action , qui n'avait vu que le sens politique des œuvres de Saint-Simon. Il eût voulu organiser militairement le saint-simonisme , comme il avait organisé la Charbonnerie.

M. Enfantin , au contraire , esprit moins politique, plus philosophe, pIus' contemplatif, gagnait les cœurs par une sympathie dont il aie don, par un esprit de conciliation et de reconfort qu'on rencontre quelquefois chez les prêtres et chez les médecins. Il retenait par l'afTection, par l'espérance, des hommes qui, revenus du premier enivrement, se ftlssent peut-être éloignés.

Il toucha la corde la plus délicate des relations sociales : la femme et le mariage.

M. Enfalntin avait observé, dans les tapports de l'hômnie avec la femitte.

tiques : Othello et

peare, Molière et Byron ne se do

guère qu'ils prêteraient des arme

religion.

Othello, dans la pensée de M.

.tin, ne représentait plus lajalousi le type des hommes qui s'attach< la possession.

Don Juan représentait , au co les natures inconstantes et mol

Les premiers sont les proi seconds les superficiels.

Contrairement aux mon regarder la mobilité

lE FÈBE ENKAATI.\ 33

affections , l'assiette sentimentale de l'humanité. Il supposait un prêtre et une prêtresse, ayant tous deux, non-seulement la domination des âmes par le confessioni!a),raais encore celle des personnes. Le couple prêtre devait , pour accomplir sa double mission, réunir les qualités de l'intelligence à celles de la beauté physique.

Sous ce double rapport, l'un des Pères Suprêmes , M. Enfantin , remplissait toutes les conditions désirables. M.Louis Blanc (1), qui l'a vu dans sa jeune virilité , le représente comme un homme d'une beauté rare , d'une incompai'able sérénité. Il possédait l'art de justifier, par la dialectique la plus serrée , les plus surprenantes théoiies.

La mission du couple piètre consistait à " imposer la puissance de son amour

(Ij HiiMrtit IHxini,

vant a eux i non**...

et pudique tendresse ouTé*ÎH dent amour. Connaissant tou de la pudeur et aussi toute la volupté, il aurait maîtrisé uns et les sens des autres. »»

Il est évident , pour quico; ou moins participé aux pa§ parle ici la doctrine saint-g que le couple prêtre jouail faire assassiner vingt fois

Je ne veux mêler à cet espiit de raillerie ni def -•Uiitç théorie générale nW

M. Proudhon s'écrie : " Si j'étais saintsimonien, la première chose que je ferais serait de souffleter le Père Enfantin. ■■ Ceci est un soufflet , mais non un argument. Ce n'est pas tout de frapper , il faut écouter, et quiconque écoute est »oramé de répondre.

Ijorsqu on songe aux polémiques envenimées auxquelles, malgré le célibat imposé aux prêtres catholiques et la chasteté que leur commande leur ministère, ta confession aui'iculaire a donné lieu, il est permis Je croire que la double mission du couple prêtre, telle qu'elle a été dé&nie par l'Eglise saint-simonienne, soulèverait de bien autres oi-ages.

Le Père Enfantin a lu , coimne noua, un pamphlet de M. Michelet , intitulé :

'■ Le -prêtre, la femme et la famille. •• L'auteur, avec un esprit voltairien trèsaccentué, recherche et grouçe fo\Afi,% V^

prêtre catholique , .v,m.,^^ .«. , M. Michelet, est fatalement D'où il suit que ce mauvais pi au logis des époux le grain de 1 et de la mort.

Supposez, maintenant, rimr couple prêtre du saint-simoni naissant toute la grâce de If dans ces affaires domestiquer lui-même ne doit pénétrer* plus extrême réserve ! Nuly tion de haine religieuse ne!

sentiments que nous fait éj

^^^-^'^ T^e Père KnfaTï

LE PÈHE KNFANTI.N 37

«ans éprouver une révolte intérieure î Ce ne Sont pas seulement des flots d'encre, mais des flots de sang que ferait couler sur la terrele confessionnal saint-simonien. La patience humaine est sans bornes. On peut broyer la chaîr et les os des nations. Mais ne touchez pas au mystère de l'amour ! C'est là que toute misère trouve sa consolation, toute férocité sa tendresse, tout scepticisme sa foi.

C'est là que se retrempe lame des peuples. Ne profanez ni les plaisirs ni les tortures de l'amour. Les uns et les autres sont nécessaires à ce grand jeu de la sympathie humaine d'où découle toute morale. On pardonnerait à l'Inquisition avant de pardonner au couple prêtre du saint- simonisme.

- Dans notre monde critique, nous avons oublié cette divine influence de la dame du moyen âge ou de la vierge chrétienne sur la vie du ma» wi. fes.

surtout la puissaffl^ê^cnne \ resse, d'un religieux baiser, volupté ! il n'en est point Notre chair est plus souillé notre esprit, et cette seule vante un monde qui ignor pouvoir social, religieux et l'avenir réserve à la beauté.

Il y a dans un mauvais li du dix-huitième siècle, le Se billon, un passage où un p religieuse, oubliant leurs ▼»

teté et se laissant entraîîij de défier la chair, ont un )

LE PÈBË E\FAXTI\ -i^

tendons pas faire acte de vertu quand nous aimons, ni faire œuvre pie en donnant un baiser. L'amour nous charme, nous trouble et nous cuit. Nous l'acceptons tel que Dîen nous l'a donné. La tromperie que nous subissons nous remplit d'amertume. Celle que nous infligeons nous inflige des remords. Xous ne croyons pas qu'il faille changertout cela, ni que la chose soit possible.

Quiconque a aime a cent fois voulu fans doute arracher son cœur de sa poitrine, et c'est par quelque sentiment de cette nature, j'imagine, que le Père Enfantin, qui est un excellent homme, aimant la jeunesse, aura voulu trou^^er le secret de nous laisser la rose en nous enlevant l'épine. Nous le remercions de sa bonne volonté. Mais nous croyons le remède pire que le mal. On est saoul de l'amour rien qu'à penser aux faeili- . tés que lui offrent les libres délices de l 'É-

Pourquoi ne pas ressus Phallus et les prostitutions sacn rinde et de la Grèce ? On n'ose j à ce que deviendrait une nation su gée par l'océan du dégoût et de tiété amoureuse.

Tel serait l'amour sans ses dé ment s, sanj ses luttes, sans se?

pêtes, qui émeuvent toutes les cœur, les secouent terriblement sent nos cheveux et nos visage^ nos destinées et nous enseignt gesse par l'expérience du mail "^ ^-«llu un excentriai

IJÎ PKRE Kj\FA\T1\ 41

de la chair jusqu'à trouver un apaisement lé^time des plus sales et des plus grossière appétits. Le Père Enfantin n'alla pas si loin.

Bazard, un esprit politique, recula épouvanté devant la doctrine du Père Enfantin. Ce dernier avait dit dans les Lettres (Tun habitant de Genève à ses cojitemporains, que les femmes pourraient souscrire et être nommées. C'était l'œuf de ce système qui tomba comme un rocher sur ce politique fourvoyé.

M. Bazard était marié, aimait sa femme, avwt des filles, venait d'en ma-

tif de cette aversion, il raooatn qu'en un dîner où il ee trouTBit de compHgnie arec Fourier^ àv]K fort avRucé en âge, il vît ce vieillard, émut respect pour »9fl cheveux blancs et pour la iiiiaBion dont il se di- BBit chargé, pincer sous In table U jarabe de sa voisine. C'était une jeune femme de la cBnipii(n>^ ! elle d'om bouger ni parler ï cause du grand âge et de lacélébiité de M. Foorier. Une honnSte rongeur témoi^a seule de sa bonté et de son ladif^t-vinv .

de recourir aux artifices <

et du langage pour arriva

n se créa des disciples p

mais passionnés. H fit pari

C'était rue Monsigny que

conciliabules. Il s'y pas

étranges où l'exaltation t<

Les portes étaient closes

conclave, les discussions

sées sans relâche, nuit <

épuisement. Ceux qui s

étaient emportés. La dis

rêtait pas pour cela. Caz6

J'ai eu l'occasion d'étudier, dans des réunions purement politiques, les effets physiologiques de ces discussions à htûsrlos. Au bout de trente heures, il y a des hommes dont le cerveau ne résiste pas.

Les plus solides pourraient, en doublant la dose, arriver au vertige.

On essaya pourtant de s'accommoder.

Selon le plan , qui distinguait trois classes d'hommes : les artistes, les industriels et les savants, on imagina pour correspondreàees trois divisions, une disposition générale comprenant la religion, le dogme, le cvUe, c'est-à-dire le sentiment, l'enseignement, le gouvernement.

Enfantin dirigea la religion, Rodrigues le dogme, et Bazard le culte. Mais ce dernier ne put accepter un pareil rôle.

Son cœur et sa raison protestaient. Dans une discussion qu'il eut en présence d'un petit nombre d'aiïidés avec le Père Enfantin, ce dernier l'enlaça dans un tel

44 LE PÈRE EiXFANïIX

réseau d'arguments, que Bazard, vaincu mais non pas convaincu, ne put répondre.

Il tomba comme mi bœuf. On l'emporta mourant. Enfantin, le regardant avec une sérénité qui jie l'abandonnait point, dit :

— « Non, il n'est pas possible qu'il meure ainsi ; il lui reste encore trop de grandes choses à accomplir. »»

Il mourut, cependant, non de suite, mais peu après.

En même temps queBâzard, s'étaient retirés MM. Pierre Leroux, Jean Reynaud, Charton, Jules Lechevalier, Carnet, FoUrnel, Abel Transon. Olindes Rodrigues avait fait scission.

Le Père Enfantin assembla la famille le 19 novembre 1831. Il fallait vaincre ou périr. La réunion était considérable.

Les dissidents entraient en lice.

Enfantin présida comme seul Père Suprême, exposa ses idées sur la réhabili-

LK PÉKli E.NFA.NTIN 45

tatioQ de la chair, sur la inis^iuii du couple prêtre, sur l'égalité religieuse, politique et civile de la femme et de l'homme.

Il jugea prudent, toutefois, de faire une coucessioii. " Ce n'est pas, dit-il, mieloi que je vous donne, une doctrine, un enseignement à faire ; c'est seulement l'opinion d'un homme que j'exprime — La loi morale ne peut être révélée dans l'avenir que par la femme. Jusque-là, je déclare que tout acte qui, aujouid'hui, dans le sein de la doctrine, serait de nature à être réprouvé par les mœui-s et par les idées morales du monde qui nous entoure, serait un acte d'immoralité, car il serait funeste à la doctrine en général, et, pour moi, personnellement, je le regarderais comme la preuve de désaffection la plus grande qu'un de mes enfants puisse me donner. ■■

Cette lésene n'apaisa pas les dissir dénis. MM. Pierre Leroux-, Jules Lï-

que la femme viendra a Itti-même aimoncé, < marche la tête levée. '.

femme lui écrasera la attendre que la femm* avons amené des hon; c'est une responsabi nous. Je crains l'infli fantin sur ces hommei de lui pour le leur mo:

— « Reynaud, répoi voir, Reynaud lui seu]

LE PÈRE EXFAMIN 47

Un gi'and tumulte suivit ces paroles.

Plusieurs femmes crièrent à l'iœmoraiité.

— "Votre doctrine est la réglementation de l'adultère ! - s'écria M. Camot,

— " C'est !a réhabilitation du vice ! »

dit un autre.

M. Michel Chevalier \oit une séparation imminente et cherche à rallier les esprits. M. Duveyrier défend le Père Enfantin.

— "Cet homme est le chef de l'humanité! ■■ s'écria M. Talabot, montrant le Père Suprême.

M. Barrault rappelle au dissident Transon que sa place est près du Père.

Enfantin resta calme au milieu des accusations, et congédia la famille saintaimonienne en déplorant l'inanité de ces querelles.

— " Le fait évident. ajouta-t-ilen fermant la séance , c'est qu'il y a de& ViWSi.-

du Père Suprême, un :

quait la place de la fe Rodrigues siégait, cor à la droite du Père Ei allocution brillante, il de la puissance morale posa les plans adminif ciété saint-simonienne était composé des. biei mille.

M. Reynaud écout; tience mal contenue.

— " L'argent, s'éci avoir de puissance im

Lyon, qui venait d'éclater.) Quel cri se fait entendre sous cet étendard de mort, au milieu de la mitraille ? Rcynaud, Reynaud, ils demandent du pain, et l'argent qui le donne est une puissance morale. -

(Moutriut <lu g«8l« i« l'i'iv fcuprënici

"Dieu n'apaspennis, ajouta-t-il,qu un homme pût se placer en présence des honunes avec cette face calme et sereine, avec cette grandeur et cette beauté, pour qu'il s'en servit afin de les séduire et de les perdre. -

L'assemblée se leva comme un seul homme. Quelques-uns s'étaient jetés dans les bras du PJre Enfantin et l'embi-assaient.

Le schisme eut une dernière phase.

M. Olindes Rodrigues rompit avec éclat et appela à lui la famUle. Il regardait comme une profanation de l'intimli iss

naît le inanq|^. wia u^ i Cette détresse mûrit la

Des dix-sept principe saint -simonisme qui s sous la bannière de MM faatin, et dont voici les Leroux (1), Jeap Reyi son (3), Cazeaux (4), M Lambert, Fournel, d'Eic Margeron, Barrault, Lechevalier (5) , Carnoj

(1) Homme de lettres, mf

constituante, en 1848. \

^^ (2) Homme de lettres, vÀ

LE PÈHE ENFANTIN Çl

Olindes Rodrigues (1] , et enfin M"" Bazard (2| , il ne resta plus que MM. Barrault, Duveyrier, Lambert, Fournel, Michel Chevalier et d'Eîchtal.

Nous ne parlons pas d'une foule d'autres, moins connus alors, et dont quelques-uns devinrent célèbres dans les arts, les lettres et la finance.

Le Père Enfantin possédait à Ménilmontant une mmson et un jardin ; il réunit ses disciples fidèles, au nombre de quarante, leur aijnonça qu'il essayait la publication du journal le Globe, et il leur dit :

— " Chers enfants, ce jour où je parle est grand depuis dix -huit siècles dans le monde. En ce jour est mort le divin libérateur des esclaves. Pour en consacrer l'annii'ei'saîre, que notre sainte re-

(L) Agcut de cbaugo, Q|oi:t.

Ceci se passait le 2U cérémonie de la prise d'h cit forme le début de ce lieu environ deux mois aj Cependant, la justice i la hardiesse des doctrines ses par les saints -simoi / devant la cour d'assises ]

ï à l'article 291 du Code p^

terdit les réunions de plus sonnes, ils étaient, en ( d'outrage à la morale pi bonnes mœurs, et devaien ': ^ vant le tribunal de police

ir PhRF F\F1M[\ i53

la me Moniigm ou it ttait mort léguant '■es biens au P« le Enfantin

IjG'- pi t \ enii'i furent Pro^per Enfantin ; on 1 appeSle le Peie il est âgé de trente-six ans et ancien élève de l'Ecole polytechnique. Michel Chevalier [1), ancien élève de l'École polytechnique , ex-ingénieiir des mines et directeur du Globe, âgé de vingt -huit ans; Emile Barrault, ex - professeur à Sorrfeze et à Paris, âgé de trente-trois ans ; Charles Duveyrier (2), ex-avocat, ex-rédacteur du Globe, âge de ■vingt-neuf ans ; il a été missionnaire saint - simonîen en Belgique et en Angleterre.

Olindes Rodrigues,qui s'est séparé de la famille dont Enfantin est le chef, est le cinquième prévenu. Le Père seul n'a pas de conseil.

(1) Ai^onTd'hui conBeilIei d'Ëtat.

(î) VAndevilIiste, ptiblidMe, hnmmeKwF*.

Les conseils de Michel Chevalier sont :

Charles Lambert (1), ancien élève de l'École polytechnique, ex-ingénieur des mines, vingt-huit ans, et Léon Simon, docteur-médecin, trente-quatre ans.

Les conseils d'Emile Barrault sont :

Bruneau , ex - élève de l'Ecole polytechnique , ex-capitaine d'état - major, chevalier de la Légion d'honneur, trente-huit ans, et Hoart, ex-élève de l'École polytechnique, ex-capitaine d'artillerie, trente-sept ans (2).

Les conseils de Duveyrier sont : Gustave d'Eichtal (3), ex-rédacteur du G/oèe, qui a été missionnaire en Angleterre, vingt-huit ans, et Adolphe Rigaud (4),

(1) Depuis, Directeur de l'Ecole polytechnique du Caire.

(2) A dirigé, depuis, l'École d'artillerie d'Egypte.

(3) Mort.

(4) FîJs d'un \)anc\\ÙQï \sïïi^\\\ft^ ^tVx^ d\m des

- docteur-médecin, qui a été missionnaire dans l'Ouest, -vingt-huit ans.

A leursuite marchent les autres membres de la famille de Ménilmcaitant, et qui sont ;

Mo'ise Retouret, ex-professeur (1), vingt-^eux ans ;

Antoine Olivier , agriculteur (2) , vingt-sept ans ;

Charles-Antoine Duguet, ex-avocat, missionnaire en Belgique (3) , trentetrois ans ;

Alexandre Masso! , missionnaire à Lyon (4), \ingt-six ans;

itdminietrntnira du Crédit Mobilier, et r«dact^ir d'un journnl d'histoire nnturelle.

{!) Mort à Alger, onterri; par ordre du général de limoriciëre, qui fit graver sur son tonihaBu : Il n'y a de Dita que Dieu, et k pire lit h père. { ParOlas rsvorites do Retouret). '

(S) C'eit le premier qni ait vendu stm champ pour lu propagation de 1k foi isitit-iiliionienne-

(3) Aujourd'hui avocat à Dijon.

(4) A royagé en Angleterre, tédftctsvw 4>i '^■^t-

polytechnique, ex-ofïici< vingt ans ;

Antoine Ribes, ex-i naire à Lyon, vingt^neu

Paul Jufitus, peintre,

Jules Toché. ex-élèv( agriculteur (2), vingt-qi ; > Charles Pennekère, e

brairie, trente-six ans ;

Victor Mercier, ex-t dacteur du Globe, vingt

rier de l'Europe; pnîs, en 1848

1£ PKBE EXFAXTIV 57

Dominique Tajan-Rogi^, artiste-musicien llj, \-ingt-neuf ans ;

Auguste Chev-alier, ex-élôve de l'Ecole normale, licencié ès-sciences;

Félicien David , musicien - compositeur, élève du Conservatoire (2), vingtdeux ans ;

Casimir Cayol, ex-négociant à Marseille, trente-deux ans ;

Louis Desessarts , ex- voyageur du commerce, vingf^trois ans;

Raymond Bonheur , peintre (3) , trente-six ans ;

Victor Bertrand, de Metz, vingt ans;

Thomas Urbein, de Cayenne, homme de couleur, vingt ans;

Michel DesSoges , ex - garçon boucher, ex-employé du G/oi^, trente-trois

(1) Professenr k l'École Beethoven,

jS) Antenr du WMrt et de In Perh du BrMI.

(8) Ptoe de Rom BonhetiT. ^^- -,

Alexis Petit, ex-avoc : Rovelle, vingt-sept ans ;

René Rousseau, ex-ag ' ? huit ans ;

; \ Edouard Pouyat, ex-i

dacteur du Globe, vingt

Henri Fournel, anci(

éole polytechnique, ex

mines, ex-directeur des

deries du Creuzot, dem«

me Monsî'gny , 6 (2) ;

■ 1 René Holstein, ex-nd

n f nistrateur de la caisse

<• I ^ Ix. j..^ IA\

LE PKRE E\FANTI\- 59

L'audience eut lieu le 28 août 1832.

Une foule considérable s'y porta. Les

saint-simonietis comparurent en costume. Quelques sifflets les accueillirent.

Ils n'en témoignèrent nul souci.

Le Père Enfantin marchait le premierdisciples de la doctrine sniiit-siinoDieDne, nous pouvons ajouter les noms suivants, puisés dans les relations des dîiFérents procès faits à la Société et publiés n la librairie Saint-Simouiemie et dans luie lettre adressée par le Père Enfantin, le 13 septemlire 1849, à M. de Lamartine ; ~

MM. Stéphane Flochat, ingénieur civil;

Emile Féreire, directeur du Crédit Mobilier;

DecomdemHnche, avocat;

Xavier Raymond, rédacteur du Journal ilei Dé-

Btœt, idem ;

Jourdau, rédacteur du $iir\t :

Bernard, idem ;

Guéroult, rédacteur en chef de In Prtstt ; ClapeyroQ, ingénieur; Laine, académicien; ;

Didion, Borrel, Bacaine, Parandier, Boucanmont, Boulanger, Job, Capella, ingénlenra.

Bac, Allègre, Arlts-DufauT, T>w\iov, îtc*.iîi.

la bizarrene, 1 éléga

fixent tous les regar

On remarquait au

dont les cheveux bl

■ ^ ras sur le front et

Lui seul était imberl talent seulement la h boucle de cuivre.

Un incident singul de l'audience. M.

voulut pas s'asseoir

■ . membres de l'Assemblée c»

• /« Général de Lamoricière

LE FÈHE E^FANT1\ 61

président l'y obligea. Le Père Enfantin lui fit place en souriant.

Les accusés ne voulurent que des conseils et non des avocats.

Le premier témoin appelé, le jeune Moïse Retouret, invité à prêter sei-ment, se tooma vers le Père Enfantin, et dit :

— " Père, puis-je prêter serment? - Enfantin ne répondit pas. Le jeune

apôtre ne détachait point les yeux de lui.

On conçoit l'impatience, l'irritation du président et du ministère public. Rlai^s leure ordres et l'amertume de leur parole ne pouvaient vaincre cette impassibilité.

— " Une jieut pas prêter serment, dit enfin le Pêie Enfantin.

— " Lorsque l'on entend des religionnaires, fit obseiTcr un des conseil», M* Léon Simon, et qu'on leur demande de prêter serment, ils ont droit de prêter serment selonleur religion. ■■

1, rêt, etc.

La scène se rang témoins. L'avocat palme, requit pour fussent pas entendi

— "Mes enfants, viennent de demand pour prêter sermen demande que ce 1 procès-verbal; j'en

Les témoins, ap luèrent respectueus prêtèrent point sern

Des hommes d'esprit purent seuls pousser aussi loin un pareil rôle et se tenir avec autant de fermeté. De simples sectaires eussent succombé.

Un fait inouï signala la défense d Enfantin.

Au milieu de son discours, il s'arrête, soudain et promena silencieusement ses regards sur l'assemblée. Le président lui demanda s'il avait besoin de repos.

— "J'ai besoin de m'inspirer, " i-épondit-U.

li y eut encore une longue pause. Ln Pèi'e regardait toujours.

— " Je voudras, dit-il, vous apprendre quelque chose par mes regards. "

L'avocat- général riait avec un peu d'irritation.

" — J'attache beaucoup d'importance au regard, - poursuivit le Père Enfantin.

Il parla , rendant hommage ù la bsauté, à la bonté, à la sagesse. Il fît

théone de la rehabi combattit Thérédité du choix par capacit ges incompétents. Ai dhon, à Besançon, mie publique.

Le Père Enfantin sistance de deux fe était opposée, et il a^ que tous ceux qui chent que dans une spécialement les fei voulu que deux femr seils de l'accusé. >» Le

comme Je Christ a sauvé l'homme d'un autre esclavage. J'ai à préparer l'affranchissement des femmes par les femmes, comme smnt Jean-Baptiste a préparé l'affranchissement des hommes par les hommes. -

Enfantin, Duvcyrier et Michel Chevalier furent condamnés à un an de prison, Rodrigues et Barrault à 50 fr. d'amende. Les saint-simoniens ne perdirent pas un instant leur sérénité.

Pour l'accusation de captation, le Père Enfantin et Olindes Rodrigues, comparurent le 19 octobre devant la septième Chambre de la police correctionnelle.

Ils étaient accompagnés de ceux de leurs adeptes dont les apports financieis avment été les plus considérables. Ces apports se montent, d'après une brochure saint-simonienne, à 387,000 fi., savoir :

Ale^tis Pctil. . . . 91,000 Ct.

Olivier

Toché 20,(

Barrault 8,(

Un fait remarquable se laudience : tous les témoin qui avaient fourni de l'ar/ comme don volontaire, appo^f rÉglise saint-simonienne, contre le ministère public, sortirent de l'audience avecj de la guerre et un jugemenj j* Attendu qu'il n'est

LE PEEE ENFANTIN t»T

Nous retrouvons, le 8 octobre 1833, le Père Enfantin devant la cour d'assises de la Seine : cette fois, c'est en prose rhythmée qu'il se défend.

C'est probablement à cet étrange plaidoyer qu'est dû l'acquittement du Père, qui retourna en prison oii une nouvelle défection l'attendait. Le 5mai, jour anniversaire de la mort de l'EImpereur, M. Michel Chevalier dit au Père ; " Ce jour j'^ trouvé ma voie, et je cesserai d'avoir le moindre rapport avec vous, " Puis, sans annoncer ce qu'il voulait faire, il demanda sa grâce qui lui fut accordée, et, huit mois après, le Père reçut la sienne par surcroît d'indulgence.

En prison, le Père s'était isolé dans un travail incessant; en seize jours, il composa une œuvre considérable. Rendu à k liberté, il partit pour l'Egypte avec quelques disoples. Plusieurs d'entre eux réussirent dans ce pays nouveau et ob-

du percemeiitdenstt|m^

circulation. .

Le nom du Père Enfjmti taché à ces travaux ainsi q barrage du Nil. Enfin, U re trois ans après, et c'est d'à général Nxigues Saint-Cyi parents, qu'il se reposa àR

ques disciples essayèrent è

sa solitude.

« Je bêche mon jard dit-il; pour vous, soyez li

rt :«. A ParÎR fin 1

LE PEBE EXFAMliV b9

gente impulsion aux recherches relatives à la colonisation. Il publia avec MM. Carette, Vamier et Jourdan, le journal l'Algérie.

En 184-5, le P&re Enfantin se trouvait dajis une position assez précaire ; il eut l'idée de fusionner les dix ou douze compagnies qui briguaient les concessions des chemins de fer, M. de Rothschild, auquel il fit part de ce projet, lui fournit les moyens de le réaliser ; par ses soins, la fusion de chacun des chemins de fer de Paris à Lyon, du Nord et de Lyon à Avignon, fut menée à bonne fin. En récompense de ce beau Iraiail, il fut nommé secrétaire-général administrateur du chemin de Lyon. Il n'était alors que simple chef d'école, et sa signature se trouve sur différents traités montant chacun à plus de deux cents millions, à côté de celles de MM. de Rothschild, Hottinguer et LafRtte.

tate que le chef de 1 TOonienne avait devi en économie, le mo se produire après lui

« Or nous, sain avons cherché un bu térêt de tous les pari fàntin l'a trouvé, et i crée à le faire connaîl

« Ce but, ce n'es1 populaire, ni la légitii gime, ni l'égalité, c'eî de l'industrie, l'orga du travail, l'affranchi

LE PÈRE EXFAXTIN 71

■■ Et nous avons indiqué les moyens actuels de l'atteindre.

" 1» En commençant immédiatement le chemin de fer de Paria à Marseille ;

« 2' En exécutant le projet depuis si longtemps présenté, d'une distribution g<Snérale de l'eau dans Paris ; projet dont l'exécution permettrait en même temps à la ville celle d'un système général d'égouts;

" 3" En perçant une rue du lx)uvre à la Bastille ;

" 40 En envoyant dans les départements de l'Ouest, M. Mathieu de Dombasle à la tête de dix mille hommes pour défricher et mettre en valeur les landes de Bretagne. -

La Révolution de février 1848 amena le rachat par l'État du chemin de Paris à Lyon, et M. Enfantin, dépossédé de son emploi, rentra dans la presse : il dirigea avec MM. Ch. Dijveyrifiï,

L'Habitant, Hameau, Ko White et Guéroult ; depi au chemin de fer de L"' terrande comme administ fonctions qu'il a remplies et qu'il exerce maintenan Son nom est revenu flot de publicité, à propos Père Félix condamnant saint - simoniennes. M.

devoir répondre et souten qu'il professa toute sa v; churcs lui donnèrent la n d'un ton convenable; l'aut

tion et par celle de la plupart de sesdisciples, une certaine influence dans la presse et dans la finance. Parmi les saint - simoriens , nous trouvons, en effet : au Siècle, M. Jourdan; à la Presse, M. Guéroult; à la Pallie, MM. Joncières et Louis Bellet, le premier dissident, il est vrai. Il y a ensuite aux Débais, M. Michel Chevalier, et, ailleurs, tant d'autres c^ue j'oublie. Da^s la finance et l'industrie, nous retrouvons M. Péreire, à la tête du chemin de fer duMidiet du CrMit Mobilier; M. Amaîl, directeur de la Caisse des Actionnaires.

Aidé de quelques-uns de ses élèves, le Pfere Enfantin a refondu les éléments.

de la doctrine , dépouillée cette fois des aspects qui, en 1832, effrayèrent la justice et l'opinion publique. Ce n'est pas une concession , c'est une réserve. Il a éL'iit un très-bon livre sur la colonisation e-i Algérie; de 1835 à 1849, une Carres-

tion d'Orient; d

correspondance p

gieuse-, en 1858,

Félix. Le style d

la fois noble et fa

ginal souvent, jan

quand il dogmatise

A l'époque ou j

clés à la Presse,

teur principal de (

(1) Les saintfi-simoni «eule bibliographie sain Foumel, forme un demi

saint-simonien, vint une fois me prier de l'accompagner chez le Père Enfantin.

Dans le salon d'un petit hôtel formant l'angle de la me Léonie et de la rue Chaptal , je me trouvai en face de cet homme célèbre dont j'avais tant entendu parler. Le PèreSuprème m'accueillit avec une grâce parfaite. C'est un homme de haute taille, de manières nobles et familiëres, comme son style. Il aime toujours la jeunesse, bien qu'il ne soitplus jeune.

Je trouvai là bon nombre de mes amis, des femmes charmantes, des mères de famille, une partie du groupe saint-simonien ; des hommes revenus de loin et qui ont déjà parcouru les deux tiers du pèlerinage de la vie, se retrouvaient encore une fois autour de celui qu'ils nomment du nom de Père, et qui est au moins leur vieil et fidèle ami.

" — Cet homme sera le Platon de notre doctrine, " me dit en çaT\a"[\\. ie, '^.'ïsv-

C2 qu'iJn

mêler le sang dî\TLn à\

mente. Or, il faut a"v

apôtres , les saint-s

leur carrière par un

tyre.

Le trait marquant M. Enfantin est une lance. Sa maison ou^ rappelle celle du b«^ que la décrit Diderci Mlle Voland. Ce nt le temple d'im Di« cénobite ; mais, dal

Lie i'I'IRE EM',\.\n\ ( (

Si M. KidWitin, laissant li: s founulus (5vang<51iqucs, avait produit ses doctrines avec le sans-façon d'un orateur auiéiicain, il ciit, je ci'ois, réuni mi bien plus i^j-and nombre d'adeptes. Car, c'est un fait à consister, qudqucâ-uneâ des idûes émises par cette école célèbre, sont aujourd'hui, sans qu'on y songe, passées dans le courant de 1,' opinion. Tout ce qui concerne les capacités, l'industrie, n'est plus en question et se produit de soi par le développement même de la civilisation.

Le côté moral de la doctrine est plus scabreux. Réagir contre les cruautés du moyen âge, était cbose humaine. Mais il y a danger, en allant Uop avant dans cette voie, de retomber dans le culte des divinités génératrices, qu'on trouve dans la plupart des sociétés à l'enlancc.

C'est le reproche que j'adresserai au nouvel ouvrage que vient de publier

qui lui donne aux yeux monde, un cachet rude f q ui alarme les o reilles , logies tirées du cerveî me paraissent plus ing lides, et cette exaltatic „ outils dont se forge n'est point de saison C'est, au contraire, que l'homme songe è l'idée du vêtement lui deur. N'oublions pas , leurs fonctions peuve

T\nTnf no -17110 loo Qr»/^l-»^

LE PERE ESVA\

Cette réserve faite, je rends juf-ti ce :i M. Enfantin sur la pureté de ses intentions et je ne conçois point )a dénonciation dont il \'ient d'être l'objet.

Un écrivain catholique, se disant philosophe, M-Wallonp^nent, par une lettrecirculaire, de désigner à. la vindicte religieustf et ci\i!c- et à Ifi si^t'iilo de l'Empereur, le nouveau livre de M. Enfantin. M. Wallon détache de cet ouvrage de physiologie des lignes qui, par leuiisolement même, n'en paiaissent que plus choquantes : " Je m'arrête, s'écrie ensuite M. Wallon, demandant jwrdon à Dieu d avoir Iransc^-it ces infamies. - Il fallait vousarrêteravant. Dénoncer, d'ailleurs, n'est point répondre. Appeler sur un livre les foudres d'un archevêque, d'un procureur impérial, du chef de l'Etat luimême, n'est point, comme vous le dites, d'un honitête /tomme, mais d'un homme en colère, oubliant la charité en même

assez belle vis-à-vis peu soucieux des la vous dire en plein d ■« Je suis l'Enfantin

LeprocédédeM.^ venir de ce vieux vei

Tant de fiel euti

{/i^^ or7^v*t-.A^

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