‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 8 sur 263 · CABINET DU RECTEUR · texte numérisé non relu

CABINET DU RECTEUR

« Mon Révérend Père,

«Voulez-vous me permettre de vous dire, après beaucoup d'autres sans doute, combien ce m'est un bonlieur de lire votre Père Gratry? Je ne puis m'en détacher, et je ne cherche guère à le faire. C'est une étude d'àme, plus encore qu'une biographie : mais quelle àme et quelle étude, mon l'ère! On devine bien, à l'émotion communicative qui s'en dégage, celle que vous-même avez ressentie en l'écrivant, mais elle ne va pas jusqu'à voiler voire regard. L'esprit n'en garde pas moins la liberté, la fermeté, la sérénité de ses vues; et, c'est encore un hommage, en somme, et le meilleur, à rendre à cette noble mémoire .le piètre, que la vérité dite tout entière, sur

RELATIF A CETTE NOUVELLI': EDITION. xi

l'homme et les ouvrages de l'homme qui fit d'elle la passion de sa vie.

« Je n'ai commencé qu'hier cette lecture bienfaisante, reposante, pacifiante, bien faite pour des vacances de Pâques à la campagne. Aussi bien m'était-elle personnellement la résurrection de chers souvenirs de ma jeunesse cléricale. Cette histoire du Père Gratry, j'en ai vu poindre les premiers germes, en 1851, au grand séminaire d'Orléans, où nous arrivèrent assez mystérieusement annonces par lui, vos futursPères Cambieret Lescœur, encore tout frémissants des luttes philosophiques de l'École Normale, auxqu'elles votre VI^ chapitre vient de me reporter ce matin (1). De votre Institut à peine naissant et se cherchant lui-même, que savais-je? Rien, ou presque rien : l'idée mère, le but élevé, l'idéal rêvé? C'était assez pour me le faire admirer et aimer. Que vous me parûtes beaux alors, beaux comme res|)érance!

« Mon cher Père, vous pensez bien que, maintenant que je vous tiens, je ne vous lâche plus jusqu'à extinction de vos 500 pages. Vous serez de toutes nies promenades sous les arbres verdoyants et bourgeonnants de notre Val de Loire, le Père Gratry entre nous deux. Les vieux saules comme moi, qui ne vivent plus que par l'écorce, ne sont pas jaloux, veuillez le croire, de voir monter une si riche sève de pensée, de poésie, d'éloquence, chez de plus jeunes talents pour qui le ciel a été prodigue de ses dons.

« Je vous prie d'agréer les respects tout reconnaissants de votre dévoué serviteur et lecteur charmé.

« Baunard, a Recteur de l'Univ. cath.de Lille. ■

P.-S. «J'ai voulu lire, ce soir, votre chapitre sur le Concile du Vatican. Beaucoup iront là tout de suite. C'est d'une sincérité, d'une honnêteté, d'une vérité parfaites. Ce chapitre vous fera le plus grand honneur. Le cher bon Père Gratry trompé, égaré, poussé, n'en sera pas moins aimé. On le plaindra; puis on l'admirera dans sa belle lin. Ce sera tout. >>

Lettre de M. Paul Thureau-Dangin, de l'Académie française.

10 juillet 1901.

« Mon Révérend Père,

« Je vous ai écrit hier, avant d'avoir lu votre livre. Je ne résiste pas au désir de vous récrire après vous avoir lu.

(1) }iW Dupanloup avait très à cœur l'oeuvre des petits séminaires. Pour la mener à bien, une congrégation spéciale lui paraissait indispensable, et il songeait à la fonder lui-même. En travaillant a la résurrection de l'Oratoire, il avait en vue de réaliser cette pensée. Voir plus loin. p. 148-149 (A. C.)

Page 1